Abstention : danger. C’est le slogan du moment, repris par les radios, les journaux, et les télés. Ben oui, forcément. Vide de propositions politiques concrètes, remplie de phrases creuses politiciennes et d’agressions personnelles, la campagne précédant les élections régionales ne passionne pas les foules. Délaissés par des électeurs qui ne trouvent pas de réponses concrètes dans les discours actuels, les hommes politiques rament pour rappeler à eux des ouailles qui, avec les premiers jours du printemps, préfèrent aller à la pêche.
Grosse campagne de presse, donc : soyez civiques, allez voter, pour ou contre untel ou untel, mais allez votez, qu’on vous dit. Pourquoi ? Parce qu’un suffrage sans votant, ça discrédite quand même pas mal la classe politique.
Mais attention : donner sa voix à un candidat, n’est pas un acte anodin. Il faut quand même se dire que ce même candidat, d’une humilité irréprochable sur les marchés dominicaux, se réclamera élu par le peuple dans quelques mois. Au nom de quoi il prendra des décisions qui concernent ce même peuple. C’est à ce moment-là qu’il faudra se demander si on a voté pour lui, ou contre son adversaire. La nuance est de taille.
Pour accroître les statistiques de participation aux régionales, une petite ville de Meurthe-et-Moselle a trouvé la parade : demander aux enfants de faire voter leurs parents. Les 230 élèves des écoles primaires d’Ecouves ont reçu une petite carte qu’ils vont devoir faire tamponner dans les bureaux de vote au cours du scrutin. En échange de ces coups de tampons, ceux qui auront correctement rempli leur office se verront remettre un jeu de cartes d’éducation civique. Vouaiche. Bon. Ca se passe comme ça.
M’enfin, est-ce que ce n’est pas un peu instrumentaliser les chères têtes blondes, ça ? Et est-ce que ça les regarde vraiment si papa n’a pas envie d’aller voter où si maman vote dans une autre circonscription qui ne lui tamponnera pas son bout de carton ? Et les mômes de retour à l’école sans jeu de cartes, ne risquent-ils pas d’être montrés du doigt ? Et pourtant, c’est de leur faute, à eux, si papa maman se sont abstenus ?
Faut peut-être pas tout mélanger. L’éducation civique, pourquoi pas, mais faire voter les parents, c’est pousser un peu loin le bouchon. D’ailleurs, c’est pas une loi Sarkozy qui interdit le racolage ? Parce que dans ce cas, ça ratisse quand même très large. Enfin, bon, rappelons tout bonnement que la meilleure solution pour intéresser ces foules de la France d’en bas au débat politique, c’est quand même d’en instaurer un, de débat politique.
En tout état de cause, Bernadette Chirac avec un porcelet dans les mains, ce n’est pas un débat politique, et ça ne résoud les problèmes de personne.