Ca se passe comme ça

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...au nouvel an

Voeux pieux

lundi 5 janvier 2004, par 17bis

"Les promesses n’engagent que ceux qui les font". Vieil adage connu partout. Sauf en politique.

On a de la chance. Personne n’a assez de mémoire pour se souvenir un an après de ce que qui a été dit. Pas même la presse. Alors les voeux de fin d’année pour les douze mois à venir... Ca ne mange pas de pain. De toutes manières, l’an prochain, personne ne vous rappellera sournoisement que vous aviez déjà promis ça pour l’année écoulée.

Prenez les voeux du président par exemple. Ce n’est pas la presse qui irait rechercher les voeux de fin 2002 pour savoir si ceux de 2004 ont des chances d’êtres exaucés... Jacques Chirac y parlait par exemple de "responsabilité" : "La responsabilité personnelle, c’est d’abord le civisme, le respect de l’autre, le respect de la différence, le respect dû aux plus vulnérables. C’est bien sûr le contraire du mépris, de l’indifférence, de l’inconscience, qui font tant de victimes." Notre bon président parlait également l’an dernier de "justice" : "L’effort de la Nation sera d’autant plus facile qu’il sera équitablement partagé. Il y a là un impératif de justice entre les Français, un impératif dont je veux être le garant. Primauté de l’intérêt collectif, responsabilité, équité : voilà comment nous réussirons !" Il parlait enfin de grands projets de réforme (santé, décentralisation, retraites) et des dangers qui nous menacent (terrorisme, guerres). Tout cela est plus ou moins au menu des voeux 2003 pour 2004. Un problème ? Ca ne s’est pas passé comme il l’imaginait en 2003 ? Pourtant, ça se passe comme ça dans notre beau pays.

Insufflées par notre président, justice et responsabilité sont au menu des chômeurs en ce début 2004. Bon appétit ! Fin décembre 2001, Jacques Chirac évoquait dans ses voeux le rôle de l’Etat : "il est en charge de la solidarité, une solidarité vigilante qui ne doit oublier personne. Solidarité pour l’emploi et en faveur des plus vulnérables". T’as raison Jacques. A y regarder de plus près, les voeux du 31 décembre 2003 pour 2004 font un peu penser aux tirades du grand méchant loup dans le lit de mère-grand. "J’ai de grandes dents ? C’est pour mieux te manger petit chômeur rouge". Exemple : "J’ai demandé au Gouvernement de Jean-Pierre RAFFARIN d’ouvrir, dès le début de l’année, les concertations avec les partenaires sociaux en vue de faire voter par le Parlement une grande loi de mobilisation pour l’emploi.". La dernière fois qu’ils ont fait cela, cela a abouti à la situation actuelle qui va voir au minimum 600.000 chômeurs de longue durée se faire sucrer de manière inique jusqu’à sept mois d’indemnités.

Vous avez dit contradiction ?

Et notre dirigeant suprême n’en est pas à une contradiction prêt : "Se mobiliser pour l’emploi, c’est permettre aux entreprises de donner leur pleine mesure, car ne l’oublions jamais ce sont d’abord les entreprises qui font l’emploi. C’est pourquoi de nouvelles décisions seront prises pour alléger les procédures inutiles et les charges excessives qui entravent leur dynamisme et qui suscitent, chez trop d’entre elles, une sorte de réticence à embaucher. [...] Se mobiliser pour l’emploi, c’est donner aux Françaises et aux Français de nouveaux atouts. [...] Renforçons la prévention des licenciements et des plans sociaux." Allégeons les procédures inutiles tout en renforçant la prévention des licenciements. C’est probablement un peu comme de dire : "L’effort de la Nation sera d’autant plus facile qu’il sera équitablement partagé. Il y a là un impératif de justice entre les Français, un impératif dont je veux être le garant. [...] responsabilité, équité : voilà comment nous réussirons !" Etre garant de la justice ça se traduit par : balancer 600.000 personnes sur la voie de la plus grande précarité.

A chacun son bilan

Mais bon, demain tout ira mieux. D’ailleurs ça commence puisque le nombre de chômeurs a baissé en novembre de 0,2% (0,1 point de pourcentage). "La bonne nouvelle c’est que pour la première fois depuis deux ans le chômage baisse", a d’ailleurs déclaré François Fillon. "C’était exactement ce que le gouvernement avait annoncé depuis plusieurs mois mais ça ne m’avait pas semblé être très souvent relevé par les analystes et par les commentateurs", a-t-il ajouté. "2004 verra le chômage baisser. Je vous l’ai toujours dit et vous pourrez le constater." Quand de 180.000 à 600.000 chômeurs quittent les listes de l’ANPE, probablement. Tout ça grâce à l’efficace action de Jean-Pierre Raffarin. Rien à voir avec une modification des méthodes de calcul de la période d’indemnisation des chômeurs. Rien.

Quant au ministre des Affaires Sociales, il aura sans doute oublié de relever, comme il le reproche aux analystes et aux commentateurs, la hausse sur un an : le nombre de chômeurs reste en hausse (+6,2% ou 0,4 point de pourcentage) et la France est toujours le pays de l’Union européenne le plus touché par le chômage après l’Espagne où le taux atteint 11,2%. Si l’on s’en tient à la méthodologie Insee, le taux de chômage est passé de 9% fin juin 2002 à 9,6% fin novembre 2003. Il était temps que Jacques Chirac parle d’une "grande loi de mobilisation pour l’emploi".

François Fillon oublie également que sous le gouvernement Jospin, juste avant l’arrivée de l’improbable Jacques Chirac et du sidérant Jean-Pierre Raffarin, le taux de chômage avait baissé à plusieurs reprises, comme en février 2002. Ou encore, de manière régulière lorsque de 8.9% fin novembre 2000, il était revenu (en baisse constante chaque mois) à 8,6% fin juin 2001. Au sens BIT (Bureau International du Travail), une mesure un peu plus réaliste, le taux de chômage est passé de 12,2% à la fin du mois de juin 1997 (date de la nomination de Lionel Jospin comme Premier Ministre) à 9% fin mai 2002 (soit une baisse de 3,2 points de pourcentage). Depuis, ce taux est passé de 9% à 9,6% fin août 2003 (soit une hausse de 0,6 point de pourcentage). Chacun son bilan, les Français ont choisi l’équipe gagnante on dirait. Ca se passe comme ça sur le front de l’emploi. Demain ou un autre jour, on parlera des autres "statistiques" économiques et de ce que l’on peut leur faire dire... Ca n’est pas triste non plus.


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