Ca se passe comme ça

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Quand les journalistes se prennent pour le peuple...

Un populaire ?

mercredi 14 juillet 2004, par 16 bis


- Fait passé inaperçu pendant deux-trois jours dans les rédactions hexagonales. Par un curieux mystère, les journalistes se sont mis à remplacer toutes les occurences "Nicolas Sarkozy" ou "ministre de l’Economie" [1] par les occurences "le populaire ministre de l’Economie" ou "le plus populaire des ministres" .
- Ceci à l’occasion du traitement du feu vert contraint de Jacques Chirac à Nicolas Sarkozy pour briguer la présidence de l’UMP. Une façon déguisée pour les massmédia de graver dans les esprits que Nicolas Sarkozy est l’idéal, en lui accordant le "P" de UMP ? [2] Cela pourrait être bien plus dangereux que ça...

Est-ce une dépêche de l’AFP qui a été "truffée" en premier, répandant son flot en autant de duplications quasi simultanées dans toutes les rédactions ? Les premiers à bombarder furent les radios et les télés généralistes comme France-Info, TF1, etc. [3] Puis 24 heures plus tard, une fois fabriqués, imprimés et diffusés, les quotidiens ont enchaîné, Le Figaro était leur leader...

Quelle avanie que ce bombardement ! Que peut avoir d’informatif ce terme "populaire" ? Qu’apporte-t-il ? A quoi sert-il ? Reprenons donc un dictionnaire de base... [4]

Deux sens donc, sans compter les expressions dérivées que nous laisserons de côté ici, les partis de gauche n’ayant rien à faire dans notre histoire.

Le premier sens est neutre, il ne concerne pas l’affection, évoquée dans le second sens. Dès lors que quelque chose ou quelqu’un se rapporte au peuple, il est populaire. Ainsi les bâtiments abritant le Parlement (Assemblée nationale, Palais du Luxembourg, Château de Versailles...) sont par essence populaires. De même que le sont toutes les parcelles de forêt domaniale... De même que tout élu de la République, qui devient populaire par la grâce de l’élection et du process démocratique. Et à ce titre Nicolas Sarkozy est populaire, mais tout autant que n’importe quel autre élu [5]. C’est donc pléonasmatique que d’écrire "un ministre populaire" [6], et c’est faux que d’écrire "le plus populaire des ministres", tous les ministres élus étant populaires. A moins de dire que les citoyens des Hauts-de-Seine ont une valeur supérieure aux autres Français. A l’évidence donc, ce n’est pas ce sens que les rédactions ont voulu utiliser.

Ils ont donc voulu signifier le second sens, tellement commun dans un tel contexte que ça en devient l’exemple du dictionnaire [7] Passons sur la facilité... On attend toujours une justification à l’emploi totalement gratuit de ce terme qui profite directement à l’intéressé, en étant ainsi matraqué. S’il n’a pas commencé sa carrière de façon très populaire, [8] Nicolas Sarkozy a su se rattraper élection après élection. Son dernier mandat remporté est la présidence du Conseil général des Hauts-de-Seine.

Pas populaire mais médiatique

Et c’est là que le bât blesse. En effet, Nicolas Sarkozy est populaire, mais populaire dans les Hauts-de-Seine, dans les salons feutrés de Neuilly, les sièges sociaux des multinationales de La Défense, etc. Sa popularité se cantonne à une population très spécifique, celle des Hauts-de-Seine. C’est le premier point : Nicolas Sarkozy s’est peut-être concilié l’affection de certains, mais pas de tous loin de là. On se souvient encore de ces images [9] montrant un homme, visiblement à bout socialement, s’en prenant très violemment à un Sarkozy encore ministre de l’Intérieur lors d’un déplacement. Fallait-il que ce "marginal" [10] soit désespéré pour invectiver à ce point le ministre malgré son empoignade musclée par les hommes de la protection des personnalités ? [11] Un ministre ne doit-il pas s’interroger à partir du moment où il évolue dans une cage dorée pour se protéger du "bas peuple", où il est obligé d’étoffer les crédits affectés à sa protection ? Assurément peu populaire comme situation... Reste à déterminer avec exactitude le nombre de Français qui donnent leur affection à Sarkozy et le nombre de ceux pour qui ce n’est pas le cas [12], ce qui est évidemment chose impossible, on se contente donc des sondages et... des élections.

Le deuxième point vient en complément du premier : Nicolas Sarkozy n’est pas populaire, il est médiatique. Et la nuance est énorme.

Epilogue

Tant qu’on est dans une logique sémantique, reprenons un instant notre Larousse 1979, sur quelques autres termes...

Et maintenant si vous fermez les yeux un instant, et que vous pensez à un homme politique français... Lequel est-ce ??

Notes

[1] Voire "le locataire de Bercy", "le seul ministre d’Etat du gouvernement"ou autres...

[2] UMP est l’acronyme de Union pour un mouvement Populaire, après avoir initialement signifié Union pour la majorité Présidentielle. Maintenant, devinez auquel des "P" Nicolas Sarkozy doit-il le plus penser pas qu’en se rasant...

[3] On en attendait pas moins d’eux...

[4] En l’occurence, un Larousse / Sélection du Reader’s Digest 1979.

[5] Vous noterez qu’on ne peut pas écrire ici ministre à la place d’élu... Ainsi Dominique de Villepin, s’il est ministre, n’a jamais été élu.

[6] Et les journalistes, ceux de "flux" particulièrement, sont normalement dressés à éradiquer le pléonasme, source de bruit...

[7] On suggère d’ailleurs au passage aux éditions Larousse -qui viennent de fêter dignement le centenaire de leur oeuvre phare en nous gratifiant d’une magnifique édition spéciale- de revoir pour les prochaines éditions la formulation, en remplaçant "|| Qui se concilie l’affection du peuple : ministre populaire." par "|| Qui se concilie l’affection du peuple : Nicolas Sarkozy.".

[8] En 1983, le 1er mandat électif décroché par Nicolas Sarkozy, la mairie de Neuilly, l’avait été par le vote du seul conseil municipal, suite au décès du maire précédent. Sarkozy n’est devenu populaire -dans le premier sens du terme- qu’en 1985.

[9] Merci la télé !

[10] C’est heureusement encore marginal, les agressions de ministres.

[11] Sa rage déborda même les gorilles, si bien que l’homme réussit même à caillasser la berline ministérielle qui partait...

[12] Sur la base d’un raisonnement arithmético-démocratique consistant à accorder la popularité à Sarkozy si plus de 50% de la population le trouve populaire.

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2 Messages de forum

  • > Un populaire ?

    3 septembre 2004 04:50

    ’lut

    Dans le journal du soir sur la 3, le 2 septembre, le journaliste a dit "son médiatique ministre de l’économie" en parlant de Sarkoman...

    quelques journalistes de france television surferaient-ils sur casepasscommeca ??  ;)

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  • Comment le Monde vient à Sarkozy : petit exercice de sarkoflatterie ordinaire


    En ces beaux jours de septembre Jean Birnbaum, du Monde, est confronté à une cruelle situation. En effet, cette rentrée aurait logiquement dû être celle de la consécration de Nicolas Sarkozy, soigneusement préparée à grands renforts de communiqués et de dépêches AFP, annonçant le prochain outing du messie autoproclamé de la droite, en fait le non-événement par excellence, à savoir l’annonce, que tous savaient inexorable, de sa candidature officielle à la présidence de l’UMP. Or, il se trouve que les Français n’en ont que faire : le kidnapping des deux journalistes occupe les devants de l’actualité, la rentrée scolaire s’ouvre sur fond des menaces terroristes quant à la loi sur la laïcité, la prise d’otage en Ossétie du Nord émeut les esprits, et l’affrontement des candidats à la présidentielle américaine nourrit les commentaires de la presse. Bref, la tâche est rude pour M. Birnbaum : devant cet embouteillage médiatique, comment donner du lustre à la candidature de Sarkozy ?

    Voir en ligne : La suite en cliquant ici

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