Télé-réalité et capitalisme
Où les jeunes filles sont prévenues qu’il faut savoir donner de soi en affaires
lundi 19 janvier 2004, par 16 bis
Pour ceux qui l’ignorent encore, The Apprentice est un "Survivor-like" qui nous vient, comme c’est surprenant, des Etats-Unis, et qui voit s’affronter des candidats apprentis capitalistes en situation. Il est une équipe d’hommes et de femmes et tous s’affrontent pour remporter -il n’en restera qu’un- un poste de manager dans une société du milliardaire Donald Trump (émoluments : 198000 euros annuels).
18,5 millions de personnes ont regardé le premier épisode... Ce qui n’a pas échappé à Etienne Mougeotte, vice-président de TF1, qui ne voit aucune contre-indication à ce que cette émission soit transposée en France.
Jacques Séguéla, notre fleuron publicitaire -cocorico- français [1], décrypte emballé, dans Le Figaro Entreprises [2], ce nouvel avatar audio-merdo-visuel.
L’article propose en illustration une photographie [3] de l’équipe des filles, toute la gueule stéréotypée de la jeune cadre classe, juste ce qu’il faut bimbo. On ne peut s’empêcher alors de penser que c’est une fille qui gagnera [4], la plus salope, celle qui vendra le mieux son cul. Ca se passe comme ça.
Dans le premier épisode, Donald Trump dote les deux équipes de 250 dollars avec pour mission de monter un stand de vente de sodas dans une rue new-yorkaise. Les hommes échafaudent une stratégie commerciale et décident de vendre le verre un dollar. Après une journée d’intenses efforts de persuasion et de vente, ils réussissent à doubler leur mise intiale. L’équipe des femmes décide quant à elle de vendre le verre de limonade 5 dollars, mais en gratifiant le client d’un baiser. Ce faisant, les filles terminent leur journée avec 1000 dollars !
Pour Jacques Séguéla, cité par Le Figaro Entreprises, c’est tout bonnement génial [5] : "Cela s’appelle une promotion" explique-t-il, en "soulignant le côté pédagogique de l’épisode" nous précise le journaliste du Figaro.
Une promotion ?... Canapé ?
[1] Actuellement vice-président d’Havas.
[2] N° 14491 du lundi 19 janvier 2004. Dans un article de Jean-François Arnaud, page 8.
[3] Signée S. Duncan, AP.
[4] Ou alors, se dit-on, ce sera un homme qui gagnera, depuis le temps que les réalisateurs de telles émissions savent changer leurs plans de scénario en fonction de la réaction du public...
[5] Ce procédé. Et par extension : cette émission, cette télé, ce capitalisme !