Ernest-Antoine Seillière est heureux, et il l’a fait savoir dans le journal "les Echos", daté de mardi 21 janvier dernier. Au cours de cette discussion, le baron haut perché sert la soupe à la louche, et se félicite de ce que "La société française est capable, enfin, d’éliminer les spécificités qui la distinguent des autres pays européens". Pour le moment, elle a surtout du mal à éliminer ses déchets, la société française. Cette "France, capable enfin" de se réformer, plaît beaucoup à M.le Baron, qui félicite l’action du gouvernement. Hardi, les gars, délestez-vous du gras, de ces petites gens qui nous plombent le budget, de ces bouches à nourrir qui nous grèvent le marché, et allons de l’avant. Marchons vers une France des patrons, un Hexagone des apparences et du fric.
Bon. C’est son truc, au baron. Si reprise économique il y a, si la croissance s’affirme, son job, c’est que ce soit les plus riches qui en profitent. Mais enfin, quand même. Au moment même où l’assemblée générale du Medef se tient à Lille, les Restos du coeur annoncent dans la région une hausse de 30% des repas distribués. Surtout des femmes seules avec enfant, des familles nombreuses et des retraités. "On s’aperçoit depuis deux-trois ans qu’il y a une augmentation croissante de la population qui vient vers les Restos du coeurs. Mais cette année, c’est beaucoup plus flagrant", commente Dominique Lobjois, membre du bureau national. Et de citer comme cause première de cette augmentation l’arrivée dans les centres des 180 000 chômeurs privés de leurs droits au premier janvier dernier. Ben voui, c’est indécent, mais ça se passe comme ça. A Lille, comme ailleurs, tandis que les plus riches se félicitent, d’autres se cassent la gueule. Peut-on croire que ces derniers préfèrent aller quêter un peu de bouffe dans le froid plutôt que d’aller bosser ? Qu’ils sont heureux de leur situation ? Que, comme le pense - parfois tout haut - une bonne partie de la population qui a les fesses rivées à son fauteuil de bureau, s’ils s’en donnaient la peine ils en trouveraient, du travail, ces fainéants ? Non pas. En revanche, dans un monde où le Medef félicite le gouvernement, les gars des Restos du coeur ne sont pas près d’être au chômage.