Ca se passe comme ça

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Des dérives du capitalisme omnipotent...

Risquer de tuer ses clients pour accroître ses bénéfices !

mercredi 24 novembre 2004, par 16 bis


- Après l’affaire de la casserole en Teflon cancérigène , voici les médicaments qui collent des arrêts cardiaques, des affections rénales et musculaires, des crises d’asthme ou encore des malformations aux foetus des femmes enceintes !
- On vend (et laisse vendre) vraiment n’importe quoi de nos jours !

L’affaire du Vioxx [1] qui surgit outre-Atlantique illustre à merveille les excès de la course aux profits menée par des capitalistes sans scrupules, laissés libres de nuire par la société ultra-libérale. Le Vioxx, molécule mise au point et commercialisée par Merck sous la fonction d’anti-inflammatoire, génère de graves affections cardio-vasculaires [2]. Comme cinq autres médicaments sur la sellette, le Vioxx a été commercialisé alors que tout le monde, dans les laboratoires et l’administration régulatrice, savait qu’il était dangereux [3].

Le Vioxx... et ses petits frères

Le Vioxx a été retiré de la vente en urgence le 30 septembre dernier, après avoir alimenté la ligne "bénéfices" des comptes de Merck pendant un lustre (5 ans). Cinq autres médicaments sont soupçonnés d’être néfastes pour la santé : [4]
- le Crestor d’AstraZeneca, (officiellement un anti-choléstérol, qui peut provoquer des affections rénales et une rhabdomyolyse, pathologie des muscles),
- le Serevent de GlaxoSmithKline (officiellement un anti-asthmatique, dont l’effet plutôt paradoxal est d’augmenter de 90% les risques de mourir d’une crise d’asthme),
- le Roaccutane (aka Accutane) de Roche (un anti-acnéique très puissant fortement déconseillé aux femmes enceintes puisqu il provoque des malformations foetales dans 25% des cas),
- le Meridia d’Abbott (présenté comme un amincissant, en réalité susceptible de présenter de lourds effets secondaires sanguins et cardiaques),
- le Bextra de Pfizer (un anti-inflammatoire pour ceux qui y croient encore).

Ainsi donc, aux Etats-Unis, les grands labos pharmaceutiques n’hésitent pas à risquer la vie de leurs patients-clients [5] pour gagner un peu plus d’oseille... [6] Les médicaments tuent : on nage en plein règne du faux . Ca se passe comme ça...

Collatéralement, l’affaire montre bien également, la défaillance des administrations de régulation. En l’espèce, la Food & Drug Administration. Mais notre quotidien de l’Economie nous rappelle avec justesse que "le système français n’est pas fondamentalement différent du modèle américain " [7]. Et que ce genre d’histoire à l’américaine, fleurant bon les joutes enflammées d’avocats gominés et les malettes de billets de banque usagés passés à des mains de fonctionnaires [8], pourrait nous arriver dans l’Hexagone. Si ça se peut à l’heure où vous lisez ces lignes, on vous a déjà prescrit un poison remboursé par la Sécu...

Ca nous rappelle une autre histoire d’ailleurs, sur le segment des produits phytosanitaires cette fois : à Casepassecommeca, on avait été intrigué par le déroulement médiatique de l’affaire dite "du Régent et du Gaucho" [9]. En effet, tout le débat (et dieu sait qu’il y en eut des débats : agriculteurs, scientifiques, communication corporate des labos, juges et avocats, journalistes n’y comprenant rien, etc.) se résuma finalement à savoir si les produits incriminés étaient toxiques ou non. Mais la première question, nous semble-t-il, que cette "affaire" posa, était bien celle des conditions d’autorisation de mise sur le marché de tels produits, dont on découvre *a posteriori* qu’ils présentent des effets nocifs patents sur l’écosystème. Le fait que de telles affaires surgissent est problématique, quand on sait que de longues procédures (dont se plaignent assez souvent les labos d’ailleurs) de contrôle, de validation et de tests sont normalement opérées.

Avec de telles symptômes de gangrène, le système capitaliste montre bien qu’il est pathologiquement enfiévré. Il convient donc que le médecin (l’homme politique) intervienne, en prescrivant d’urgence une cure de désintoxication (du goût du lucre) et un traitement ad hoc (une bonne régulation, par un dopage des administrations de régulation).

Il paraît en effet inconcevable, en démocratie, que les intérêts privés de quelques firmes hyperconcentrées disposent de la facilité d’engranger des profits en intoxiquant les populations !

Moralité

Il n’y en a aucune.

Epilogue

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Source : lesechos.fr

Notes

[1] Un médicament du laboratoire Merck soupçonné d’avoir entraîné plus de 150.000 crises cardiaques depuis 1999 et provoqué 27.785 décès, in "Pharmacie : le procès de la rentabilité à tout prix ", Yves de Kerdrel / Les Echos, 22/11/2004.

[2] Une étude publiée en août 2004 par le professeur David Graham, de la Food & Drug Administration américaine, indique que le Vioxx augmente les risques d’accidents cardio-vasculaires. Une autre étude, menée par Merck en interne montre que les patients utilisant du Vioxx présentent deux fois plus de risques d’accident vasculaire après 18 mois. In Les Echos , 22/11/2004.

[3] Ainsi, "Bayer aurait continué à commercialiser son anticholestérol Baycol pendant des années tout en ayant connaissance des risques d’effets secondaires graves, accuse une étude publiée aujourd’hui par le « Jama » (« Journal of the American Medical Association »)". Par ailleurs, "David Graham, directeur adjoint du service à la FDA chargé d’évaluer l’inocuité des médicaments, a affirmé lors d’une audition devant une commission du Sénat que ses supérieurs « avaient fait pression sur lui, voire l’avaient menacé, pour qu’il modifie les conclusions et recommandations » de son rapport en août" in Les Echos , 24/11/2004 et Les Echos , 19/11/2004

[4] Cité par David Graham, directeur adjoint de la FDA chargé d’évaluer l’innocuité des molécules mises sur le marché, in Les Echos , 22/11/2004.

[5] Des clients qui de surcroît ne choisissent pas forcément les produits qu’ils achètent, puisque nous sommes en présence d’un bien de consommation, spécial, régulé et prescrit...

[6] En 2003, le Bextra a rapporté à son propriétaire 687 millions de dollars, le Serevent 618 millions d’euros, l’Accutane 340 millions d’euros, le Meridia près de 300 millions de dollars...

[7] "En France, les autorisations de mises sur le marché (AMM) des médicaments se font sur la base d’études scientifiques similaires et avec moins de transparence qu’aux Etats-Unis. Une directive européenne impose cependant un réexamen d’AMM tous les cinq ans". Chapo de l’article ci-lié , par E.L., in Les Echos, 22/11/2004.

[8] A moins qu’il ne s’agisse de manoeuvres bassement plus politiques, en service rendu pour financement de campagne électorale par exemple...

[9] Souvenez-vous de ces produits utilisés massivement en agriculture que le JT nous a d’abord présenté en une histoire touchante d’abeilles décimées... En réalité, ces produits sont très vraisemblablement toxiques pour l’homme également, mais les abeilles, ça passait mieux dans la lucarne bleutée...

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4 Messages de forum

  • Je tombe sur votre article entièrement par hasard mais je suis entièrement d’accord avec ce que vous écrivez ; j’apprécie aussi le ton sardonique - et bien écrit - de l’article.

    Je viens moi-même de vivre quelques chose de semblable. Je " prends " du Cordarone ( fibrillation) et du Zocor ( statine contre le mauvais cholestérol) en même temps. C’est par hasard que je viens d’appprendre que ces deux médicaments sont incompatibles entre eux et que les éffets secondaires ( en ce qui concerne les muscles) sont négatifs. Ces effets sont même mentionnés dans la notice. Google + interaction + Zocor + Cordarone : ça donne : faites fort attention.

    J’ai donc stoppé d’urgence l’usage de Zocor. A signaler que Zocor est pratiquement le même que crestor qui vient d’être dénoncé par David Graham, de la Federal Drug association.

    Or, je souffre d’une grave fonte musculaire qui ne parvient pas à guérir. J’ajoute que Lipitor, encore une statine, a du être abandonné d’urgence par un de mes amis : il avait aussi de graves difficultés de marcher. Maintenant il court !

    Merci pour la " science " des médecins , incapable de vérifier soigneusement les interactions des médicaments. ! Heureusement, Internet a parfois du bon.

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    • Je lis le message sur l’association des médicamens Cordarone (fibrillation) et Zocor (statine contre le mauvais cholestéol) et je me pose des questions, après avoir lu plusieurs articles sérieux émanant de médecins ou de pharmaco-vigilance, et en relisant la notice explicative sur les médicaments genre Zocor ou Lodales (ou leur générique Simvastatine...) Dans des cas rares (mais existants, ces statines auraient déclenché des neuropathies ou polynévrites (atteinte du système nerveux périphérique) dont les symptômes sont une fonte musculaire, fatigue, engourdissement (en "chaussettes") des pieds.... Or, mon époux prend uniquement en traitement Simvastatine, il n’est soigné pour aucune autre maladie, il ne prend jamais d’anti-inflammatoire même lorsqu’il a mal aux dents .... Après un IMG et de nombreuses analyses complètes de sang, on ne connsait pas pour l’instant l’origine. On attend une biopsie de nerfs, le neurologue nous dit que pour 30 % des cas, l’origine n’est pas connue et qu’il n’y a donc aucun traitement à envisager. Si les statines en sont la cause, comment peut-on le savoir, à part l’arrêt de ce médicament, peut-on faire "une cure de désintoxication" du corps pour éliminer l’effet latent de ce médicament. Quelqu’un peut-il m’apporter une réponse plausible ? Merci

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  • Première condamnation pour prix prédateurs
    [LAURENT FRANÇOIS-MARTIN ET FRÉDÉRIC PUEL - Les Echos 04/04/07]

    Le Conseil de la concurrence sanctionne GlaxoSmithKline à hauteur de 10 millions pour avoir freiné l’arrivée des médicaments génériques dans les hôpitaux.

    Le Conseil de la concurrence vient de sanctionner le laboratoire GlaxoSmithKline pour avoir freiné l’arrivée des médicaments génériques dans les hôpitaux grâce à des pratiques de prix prédateurs concernant l’antibiotique Zinnatreg (1). Cette décision intervient dans un contexte très sensible, celui des dépenses de santé en milieu hospitalier. En effet, la politique d’achat de génériques, moins chers que les spécialités princeps, permet aux hôpitaux de faire baisser le prix moyen des médicaments achetés.

    C’est la première fois que le Conseil prononce, en France, une condamnation pour prix prédateurs. Un prix prédateur est un prix anormalement bas pratiqué par une entreprise en position dominante sur un marché donné. Plus précisément, le prix est inférieur à ses coûts variables, dès lors qu’il a pour objet d’éliminer ou d’empêcher l’arrivée de concurrents sur le marché en cause et de permettre à l’entreprise de remonter par la suite ses prix et de récupérer les pertes consenties pendant la première phase. Le Conseil a considéré que Glaxo avait vendu le médicament en cause, le Zinnatreg, à un prix inférieur à ses coûts pour contrer l’arrivée de génériqueurs et ce dans 43 marchés hospitaliers, de 1999 à 2000. L’autorité de concurrence française a ainsi constaté qu’une fois le concurrent génériqueur évincé du marché, en l’espèce Flavelab, GlaxoSmithKline avait remonté ses prix de manière profitable pendant les deux années suivantes, ce qui lui a permis de compenser les pertes subies pendant la période où il avait pratiqué des prix prédateurs et donc non rentables. Deux situations

    Selon le Conseil, « la prédation peut être définie comme la pratique par laquelle une entreprise en position dominante fixe ses prix à un niveau tel qu’elle subit des pertes ou renonce à des profits à court terme dans le but d’évincer ou de discipliner un ou plusieurs concurrents, ou encore de rendre plus difficile l’entrée de futurs compétiteurs sur le marché, afin ultérieurement de remonter ses prix pour récupérer ses pertes ».

    Ainsi l’entreprise dominante s’engage volontairement dans une politique de pertes en sacrifiant sa rentabilité dans le but premier d’évincer des concurrents ou d’empêcher leur entrée sur le marché, cette volonté d’éviction étant associée à la quasi-certitude de récupérer à plus long terme les pertes ou les moindres profits subis.

    Comme l’explique le Conseil c’est « cette récupération - possible - des pertes après disparition ou affaiblissement des concurrents qui explique pourquoi les autorités de concurrence, dont le but est de protéger le bien-être du consommateur final, prohibent la prédation : le consommateur souffrira en effet de prix plus élevés ou d’un choix moins large dans la période suivant la prédation ».

    Seules des entreprises puissantes ont la capacité de mener avec un risque faible une telle politique. Aussi, ce ne sont que ces entreprises, c’est-à-dire celles en position dominante au sens du droit de la concurrence, qui peuvent être sanctionnées pour de telles pratiques. Les autorités distinguent deux situations : la première, où les prix de vente de l’entreprise dominante sur le marché en cause sont inférieurs à ses coûts moyens variables ; dans ce cas l’objet anticoncurrentiel de la pratique est présumé. La seconde, où les prix de vente en cause sont inférieurs aux coûts moyens totaux de l’entreprise mais supérieurs à ses coûts variables ; dans ce cas, cela ne constitue qu’un simple indice et l’autorité de concurrence doit apporter la preuve que le comportement de l’entreprise s’inscrit dans une stratégie de prédation visant à décourager ou à éliminer des concurrents.

    En l’espèce, si la pratique de prédation ne portait que sur un marché de taille modeste (marché du céfuroxime sodique représentant environ 1 million d’euros), le Conseil constate qu’elle avait en réalité un objectif plus général de décourager les petits génériqueurs d’entrer sur le marché des spécialités hospitalières, tel que l’atteste l’élimination du laboratoire Flavelab et l’abandon par le laboratoire Panpharma et le laboratoire GGAM du développement d’autres génériques, comme le Zoviraxreg injectable, médicament phare de ce dernier.

    Le Conseil conclut qu’il s’agit de pratiques « très graves » qui « ont freiné le développement des médicaments génériques en milieu hospitalier et ont ainsi porté une atteinte grave à l’économie du secteur » ; il sanctionne Glaxo à 10 millions d’euros pour un marché qui ne portait que sur 1 million d’euros.

    S’il s’agit d’une première en France, la Commission et les juridictions communautaires ont depuis longtemps sanctionné ce type de pratiques (2). La décision du Conseil de la concurrence détaille les différentes étapes du raisonnement qui l’ont conduit à qualifier la pratique de prédatrice ; cette décision constitue une grille d’analyse fort utile pour les entreprises pour vérifier si leurs pratiques sont susceptibles ou non d’être qualifiées de prédatrices.

    (1) Décision 07-D-09 du 14 mars 2007, relative à des pratiques mises en oeuvre par le laboratoire GlaxoSmithKline France.(2) CJCE, 3 juillet 1991, Akzo, aff. C-62/86.(*) Avocats, Fidal Bruxelles-Paris.

    Voir en ligne : Première condamnation pour prix prédateurs

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  • Alerte sur l’utilisation du Protelos

    22 novembre 2007 20:49

    (LE MONDE | 22.11.07 | 16h34) • Les agences européenne et française du médicament ont lancé, lundi 19 novembre, une alerte sur des risques de "réactions allergiques graves" - pouvant aller jusqu’au décès - chez des patientes utilisant le Protelos. Commercialisé en France par les laboratoires Servier depuis janvier 2006, ce médicament est indiqué dans le traitement de l’ostéoporose des femmes ménopausées afin de réduire le risque de fractures.

    Dans les seize cas graves rapportés (dont treize en France), les symptômes sont apparus dans les trois à six semaines après le début du traitement sous la forme d’une éruption cutanée et d’effets sur les poumons, le foie ou les reins. C’est pourquoi les autorités sanitaires demandent aux patientes "d’arrêter immédiatement et définitivement" la prise de ce médicament en cas de problème cutané et de consulter leur médecin.

    Déjà, mi-octobre, l’agence européenne du médicament avait annoncé le retrait de l’autorisation de mise sur le marché d’Agréal, un produit neuroleptique utilisé dans le traitement des bouffées de chaleur de la ménopause. Les femmes étaient alors appelées à interrompre "progressivement" leur traitement en raison "de risques indésirables psychiatriques et neurologiques, dont certains sont potentiellement irréversibles".

    La publication, depuis 2002, d’études scientifiques mettant en évidence un risque majoré de développer un cancer du sein chez les femmes prenant un traitement hormonal de la ménopause (THM) semble avoir entraîné un report de prescription sur de nouveaux médicaments pour prévenir l’ostéoporose et traiter les bouffées de chaleur. "Face aux enjeux de sécurité sanitaire et de santé publique, nous allons examiner les conséquences des modifications de prescription", indique Anne Castot, responsable du département de surveillance des médicaments à l’Afssaps.

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