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RSF semble avoir choisi le camp sarkozyste

jeudi 7 juin 2007, par 16 bis


- Aujourd’hui Reporters sans Frontières "charge" le couple Royal/Hollande dans une affaire de plainte en diffamation contre un livre au vitriol sur sa vie privée.
- Par contre, l’organisation de Robert Ménard n’a pas bronché hier, quand "l’ami" de Nicolas Sarkozy censurait un article hongrois dénonçant un comportement "soviétoïde" de la police française.

L’association Reporters sans Frontières (RSF), que tout journaliste bien-pensant digne de ce nom soutient et que le grand public considère comme oeuvrant pour une noble cause (ce qui est le cas) en toute objectivité (ce qui est loin d’être le cas [1]), vient de publier aujourd’hui la lettre qu’elle a envoyée hier à François Hollande et Ségolène Royal, stigmatisant l’action devant les tribunaux intentée par le couple contre le livre "La femme fatale" des journalistes Ariane Chemin et Raphaëlle Bacqué.

Ce qui fait dire aux principaux medias du pays [2] que "RSF soutient les auteures de "La femme fatale". Ce qui en conséquence laisse à l’opinion vaguement informée (et de plus en plus désinformée) que le couple Royal-Hollande est un inquisiteur qui opère des pressions sur la liberté d’informer [3].

Il est curieux de constater que ce "coup" de RSF intervient aux lendemains de la fin du débat sur une affaire de censure, celle du papier hongrois ayant été "trappé" (= censuré) par Bolloré Medias dans Matin + (lequel titre a finalement bien dû le publier sous la pression des internautes). D’autant plus curieux que RSF n’a pas bougé l’ombre d’un petit doigt dans cette affaire (avérée) de censure [4].

Une affaire en chassant une autre, la lettre de RSF est de nature à donner du grain à moudre aux commentateurs de tous bords, et particulièrement aux spécialistes des rubriques médias. De quoi faire oublier (un tant soit peu) l’affaire de la censure par Bolloré... Peu importe finalement que la lettre de RSF soit très creuse, l’association ne trouvant à reprocher qu’une seule chose au couple socialiste : le montant des dommages et intérêts qu’il réclame [5], l’essentiel est bien de marquer le coup, de poser un "acte fort". Suffisamment fort en tous les cas pour générer du buzz dans les médias (presse, Google News, blogs, TV...), buzz qui assénera au final le message important à faire passer : "Les leaders socialistes font pression sur la liberté de la presse" (en miroir, cela donne : le clan Sarkozy ne fait pas plus pression que quiconque). A trois jours des élections législatives, cela peut toujours être utile...

De la différence fondamentale entre demander à la Justice de trancher a posteriori et intimider a priori

Il paraît donc utile de rappeler ici deux choses, qui espérons-le, sont simples à comprendre :

- Hollande et Royal attaquent un livre qui colporte des rumeurs sur leur couple APRES sa publication. Ce qui n’a rien de choquant, tout auteur d’une publication étant amené le cas échéant à répondre de ses écrits devant la Justice.

- Bolloré (ou Nicolas Sarkozy dans le cas de la biographie de Cécilia Sarkozy [6]) attaque un article (ou un livre dans le cas de la biographie de Cécilia Sarkozy) AVANT sa publication en dissuadant de publier.

Dans le premier cas, la justice tranche, c’est le droit qui s’applique, la démocratie. Dans le second, Bolloré (ou Sarkozy, dans le cas...) inflige, c’est la loi du plus fort, l’autocratie.

Et ne parlons même pas du fait que Raphaëlle Bacqué est une sarkozyste notoire... Une journaliste au Monde qui affichait sans vergogne (pire même : avec grande légèreté), il y a quelques années dans une émission d’"Arrêts sur images", toute son admiration pour Nicolas Sarkozy, qui, disait-elle en substance, avait tout compris à la presse et à ce qu’attendaient les journalistes. Elle déclarait ensuite fièrement sans ciller que ce n’était sûrement pas son rôle de lui porter la contradiction ou d’enquêter sur Sarkozy... [7].

Notes

[1] Les financements de RSF posent de graves questions sur l’indépendance de cette organisation, et sur ses objectifs indirects, qui percent derrière la défense de la liberté de la presse...

[2] A l’heure où nous entamions la rédaction du présent article, il n’y avait quasiment que le site web du Monde à distiller l’info dans Google News (il y avait déjà plusieurs autres sites au moment de la publication). Le web du Monde reprenait (on imagine via un flux automatisé) une dépêche de l’AFP. N’est-il pas amusant de constater que les tout premiers relais de cette information RSF furent "Le Monde" (qui salarie les deux auteures du livre "défendu" par RSF) et l’AFP (dirigée depuis fin 2005 par un sarkozyste notoire, élu à la tête de l’agence alors qu’il restait seul en lice après un bras de fer entre "chiraquiens" et "sarkozystes") ?

[3] Note à nos auditeurs habitués : nous avions voulu, à l’époque de la parution du livre de Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin juste aux lendemains de l’élection de Nicolas Sarkozy, vous faire une brève (on n’avait pas eu le temps à l’époque) du genre "Un livre comme l’estocade finale à Mme Royal", où l’on aurait rappelé qu’une des deux auteures du livre est une sarkozyste affichée... Juste histoire de préciser le contexte... Par ailleurs, il est de notoriété publique que le livre des journalistes du Monde colporte un paquet de rumeurs infondées... Fin de la note à nos auditeurs habitués.

[4] Ironie de l’histoire, Alexandre Lévy suggérait lui-même ironiquement d’appeler RSF, avant de répondre "Quand même pas...". Ce qu’un internaute, "Tous aux Balkans", a relevé en suggérant le contraire...

[5] "Bien entendu, vous avez le droit, comme tout le monde, de porter plainte contre quiconque si vous vous sentez diffamés. C’est votre droit le plus absolu. En revanche, nous comprenons moins le montant exorbitant des dommages et intérêts -150 000 euros- réclamé aux deux auteurs" écrit RSF, qui semble vouloir ici se substituer au juge. Plus loin, RSF se contorsionne pour tenter de légitimer sa démarche (y compris en sollicitant laborieusement l’adhésion du couple Royal/Hollande !) : "Permettez-nous de vous rappeler qu’en vertu de la plupart des normes internationales en la matière, il doit exister une certaine proportionnalité entre le préjudice subi et le montant de la réparation pécuniaire demandée. Or, dans ce cas précis, cette proportionnalité ne nous semble pas respectée. Je pense que vous pourriez en convenir".

[6] Si, si, rappelez-vous, c’était bien avant le 6 mai 2007...

[7] A l’époque, nous avions bondi en entendant cet aveu de la part d’une journaliste encartée au quotidien de référence... Si elle (avec les moyens dont elle dispose au Monde) estime que ce n’est pas son devoir, on se demande bien de qui cela pouvait être le devoir ! Désolé, mais à cspcc.com, nous n’avons pas la même capacité d’investigation que "Le Monde"...

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