... à Boulogne-sur-Mer
lundi 5 janvier 2004, par 15 bis
Alors voilà. C’est l’histoire d’une mère qui a courageusement fait la pire des choses qu’une mère puisse accomplir : tuer Vincent, son fils tétraplégique, à sa demande, dans ce qu’il faut bien appeler des circonstances particulières. Ce même fils qui avait alerté le président de la République lui-même sur sa douleur, son envie d’en finir. Fallait-il le laisser ressasser sa tristesse, sa misère, sa détresse, sa douleur, jusqu’à la fin de sa vie, allongé, impuissant, sur un lit d’hôpital ? Ses proches ont décidé que non, qu’il valait mieux respecter la volonté du jeune homme plutôt que de se soumettre à un cadre légal, en la matière, sans doute trop restrictif. Certes, la loi française n’autorisant pas l’euthanasie, il semble logique que personne n’ait eu le courage politique nécessaire pour autoriser une exception. « La porte ouverte aux excès en tout genre », bla, bla, bla. Alors Marie Humbert, ses proches, le Dr Frédéric Chaussoy, sont allés, ensemble, mais tout seuls, au bout de leur intime conviction : ils ont accompagné Vincent comme il le désirait. Pourtant, en cherchant bien, des exceptions à l’application de la loi française, on n’en connaît pas ? Et l’histoire du type qui modifie la constitution pour être inattaquable en tant que président de la République, on ne la connaît pas ?
Prochainement, les 13 et 14 janvier prochains, Marie Humbert et le Dr Chaussoy se présenteront devant le juge de Boulogne-sur-Mer. La première est menacée d’être mise en examen pour « administration de substances toxiques », et risque cinq ans de prison. Le second, qui assume seul la responsabilité de l’acte, risque une mise en examen pour empoisonnement - passible de la prison à perpétuité. Et quand bien même. Même si ces peines sont, a posteriori, amoindries, voire pas appliquées, la mise en examen de ces gens qui ont agi dans la douleur, après en avoir appelé publiquement, mais en vain, à la compréhension des plus hautes instances de l’Etat, serait insultante et hypocrite. La question n’est pas "qui juge-t-on ?", mais "qui est capable de juger" ce qu’à fait cette mère, qui ne l’a pas vécu ? Certes, en France, la justice est censée être séparée du pouvoir politique et personne n’est censé se soustraire à la justice. Nous savons qu’en vérité, ce n’est pas toujours le cas. Au nom de quoi est-il encore utile de prolonger la souffrance de cette mère, de cette famille ? Faut-il encore juger ses actes ? Peut-on penser qu’elle n’a pas longtemps, longuement, mesuré la portée de son geste avant de l’exécuter ? Faut-il encore remuer le couteau profondément dans la plaie, faire comme si elle n’avait pas de larmes, pas de nuits blanches, et l’empêcher de franchir encore un pas, pour faire son deuil autant que faire se peut ? Se trouvera-t-il enfin quelqu’un capable de comprendre la douleur sourde de cette histoire ? Quelqu’un capable d’accompagner plutôt que d’accuser ? Quelqu’un dont le courage consisterait - vingt fois sur le métier… - à repenser le problème de l’euthanasie dans certaines circonstances plutôt que d’envoyer de pauvres gens devant le juge ? Parce que ça se passe encore comme ça, à l’époque qui est la nôtre.