Ca se passe comme ça

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Lettre anonyme

vendredi 12 septembre 2008, par 15 bis

Parce que des arbustes dépassaient de son chez soi sur le trottoir, un membre de casepassecommeça a reçu dans sa boite aux lettres une lettre anonyme. Un modèle du genre. Ca valait bien de passer à la postérité - cf document ci-joint.

Chers passants excédés, oui car c’est ainsi que vous vous appelez. Je ne sais ce qui, de ce patronyme, constitue votre nom ou votre prénom, aussi vous me pardonnerez de vous citer entièrement. Je ne resiste pas au plaisir de publier votre petit mot dans le cyber-monde. Il est temps, en effet de faire connaitre plus largement l’aspect brut et subtil à la fois de ces sortes d’haikus occidentaux qui n’ont pas leur juste place dans la littérature française au vu de l’ampleur de leur production.

Certes, nous ne nous connaissons que par arbustes interposés, mais déjà, en quelques lignes, vous me montrez des signes de proximité sous la forme de menaces, culpabilisations et intimidations à peine voilées. C’est, je vous le dis comme je le pense, une sacrée performance de votre part, chers passants excédés.

D’ailleurs, votre courrier ne laisse pas de m’interroger. Ce pluriel, que j’imagine de majesté, sous entend-il que vous avez formé une coalition, un syndicat, que dis-je, une armée, une milice, une brigade, pour remédier au problème ? Avez-vous imprimé plusieurs exemplaires de votre prose en caractères majuscules soulignés par endroit, afin de les distribuer dans les boites à lettres alentours, chez tous ceux dont les feuilles rebelles se refusent à rester derrière un grillage ? Avez-vous prévu, en bon soldat, suffisamment de munitions pour mener la guerre jusqu’au bout ? Arme blanche, grenade, lance-roquette, arme atomique ? Je passe sur le procédé [1] qui, de quelque côté que je le prenne, me mène irrévocablement au point Godwin.

Chers passants excédés, je vous annonce, qu’en bon casepassecommecien, je m’en vais écréter mes arbustes délinquants dans les plus brefs délais. Non à cause de vos menaces dérisoires, mais plutôt par conviction, conscient que la liberté de chacun s’arrête là où commence celle d’autrui. Vous voyez, tout cela ne méritait pas que vous dépensiez tant de bile, ni ce fichier Word qui doit stagner quelque part dans les eaux croupies de votre ordinateur anonyme autant que décomplexé.

Pour finir, chers passants excédés, je soulignerai simplement que non loin de la boite aux lettres que quelqu’un a pris soin d’enfoncer ce jour dans son logement, figure une sonnette en état de marche. A la prochaine de vos doléances, je vous suggère de la presser. Ainsi, nous pourrons deviser autour d’un café ou d’un petit vin chilien. Vous verrez, de l’autre côté du mur, les frondaisons sont agréables, en cette saison.

Portfolio

Notes

[1] J’me sens coupable d’imaginer la tête laborieuse de certains de mes voisins, de certains de mes proches, de certaines de mes connaissances, de certains petits vieillards crapuleux, baveux, bavards, envieux et dérisoires, appliqués à écrire consciencieusement ce genre de chef-d’œuvre de l’anonymat J’me sens coupable d’avoir une gueule à être dénoncé
- Paroles : Hubert Félix Thiéfaine, "Exercice de simple provocation avec 33 fois le mot coupable"

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3 Messages de forum

  • Lettre anonyme

    17 septembre 2008 18:36, par Tagada
    Wouah ! J’ai reçu la même une fois... C’est tristounet la bêtise.

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    • Lettre anonyme 3 octobre 2008 10:38, par areuh

      bonjour,

      je decouvre le site...

      En effet, tristounet la bêtise, mais une photo de l’arbuste aurait permis aux lecteurs de se faire leur propre idée.

      a+

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      • Lettre anonyme 14 octobre 2008 22:52, par miroir, joli miroir...

        Le procédé n’a rien à voir avec le problème, qu’il soit sérieux ou pas.

        C’est le procédé (menacer de dénoncer plutôt que parler) qui est critiqué, pas l’objet de la critique (les arbustes n’ayant pas appris à pousser en fonction du cadastre).

        Mais le texte publié ici a-t-il été placardé au droit des arbres taillés ?

        Car face à la connerie, un miroir peut être efficace. Et après coup, peut-être que des excuses des "passants excédé" (par les fautes de grammaire sans doute) permettront de lutter aussi contre la médiocrité du geste.

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