Le premier à réagir fût Daniel Vaillant qui, en tant qu’ex-ministre de l’Intérieur, est bien placé pour poser les lourds enjeux à peine cachés derrière le Sarkoshow : "Cela me choque. C’est un ministère qui dirige les préfets, qui a la tutelle sur les collectivités locales, qui dirige la police et même la gendarmerie, et il est chargé de l’organisation des élections. Il doit être le garant de l’impartialité de l’Etat. Le cumul serait une dangereuse dérive" prévient Vaillant, dénonçant "une incompatibilité démocratique". [4]
Même inquiétude chez Henri Emmanuelli, le grand vainqueur du référendum au PS, qui estime que ce cumul pose "un certain nombre de questions déontologiques". [5]
Pour Jean-Marc Ayrault, il y là "un problème d’éthique républicaine". [6] Le député-maire de Nantes et président du groupe PS à l’Assemblée voit Sarkozy comme un Fouché "contrôlant la police et tous les services de renseignement", qui va de surcroît prendre en charge "le charcutage électoral " de 2007. [7]
Bruno Le Roux, secrétaire national aux élections du PS, estime que c’est "une terrible confusion des rôles", et interroge : "Quand il devra consulter les partis politiques, qui recevra-t-il pour l’UMP ? Le chef de son secrétariat particulier ?". Et lui aussi rappelle l’évidence, qui pend aux nez des Français : "Dans une démocratie, il n’est pas très sain non plus que le chef du parti majoritaire soit aussi le chef de la police". [8]
François Hollande, 1er secrétaire du PS, lisse en sa resucée consensuelle typique ces problèmes graves, de la façon suivante : "Il n’y a jamais eu dans nos institutions autant de confusion", trouvant bizarre la situation de "deux Premiers ministres poursuivant deux politiques différentes", et dénonçant la "confusion entre l’UMP et le gouvernement". [9]
Mais qu’en pense l’intéressé cumulard ? Eh bien tout le contraire de casepassecommeca, rêvant de moeurs politiques à l’Américaine . Le 6 avril dernier à Nantes, pendant que la campagne référendaire battait encore son plein, il avait lâché cette confidence à un proche, à propos de la rumeur insistante qui donnait déjà Villepin à Matignon : "Dans une démocratie normale, c’est le chef de la majorité qui serait appelé à la tête du gouvernement. Là on est à envisager de nommer à Matignon celui qui apparaît comme le mieux à même de le combattre". [10]
Celui qui a déjà le loisir de mettre en place ses réseaux dans l’appareil d’Etat, lors de son précédent séjour à la place Beauvau, celui qui déclarait encore récemment devant une salle exaltée que le 1er parti d’opposition était inutile , est donc redevenu ministre de l’Intérieur. Aussi pour se prémunir des coups tordus de la Chiraquie, expliqua-t-il en privé devant quelques députés UMP. Ca sent le dévouement républicain à toute épreuve...
Gageons qu’il va pouvoir continuer son travail de détournement à son profit exclusif de ses mandats publics, qu’il va continuer à asservir l’Etat, doucement, tranquillement jusqu’en 2007... Comment réagiront les Français ?
[1] Le seul dit "d’Etat", on appréciera la distinction, cf. Règne du faux et consorts.
[2] Ainsi que celui de président des Hauts-de-Seine, mais ça les gens de là bas l’ont choisi... Et ça nous intéresse moins dans notre histoire. A part le fait qu’il soit le conseil général le plus riche de France... Ceci étant une autre histoire.
[3] Pour mémoire, les trois mamelles du fascisme sont le culte du parti unique (Sarko à l’UMP), l’exaltation nationaliste (Sarko à l’Intérieur) et le corporatisme (Sarko à Bercy).
[4] Le Parisien, 01/06/2005.
[5] Cité par M.L. / Le Figaro, n° 18919, 02/06/2005, p.3.
[6] Cité par M.L. / Le Figaro, n° 18919, 02/06/2005, p.3.
[7] A Casepassecommeca, on est instinctivement hostile aux bidouillages sur les calendriers électoraux. C’est pas qu’on est borné, on veut bien comprendre si il y a une raison, mais là, précisément, on n’en voit aucune.... Toutes les dictatures commencent par de petits arrangements sur le calendrier électoral...
[8] Cité par M.L. / Le Figaro, n° 18919, 02/06/2005, p.3.
[9] Cité par M.L. / Le Figaro, n° 18919, 02/06/2005, p.3.
[10] Cité ("avait soupiré Sarkozy") par J.W. / Le Figaro n° 18917, 31/05/2005, p.2