lundi 4 février 2008, par 15 bis
4,9 milliards d’euros : c’est la perte record imputée au trader de la Société Générale, Jérôme Kerviel. Un scandale financier, sûrement, mais finalement du même ordre que l’annonce des résultats du groupe BNP-Paribas qui affiche en 2007 un bénéfice record de 7,8 milliards d’euros. On dira que ces chiffres font de la France une nation compétitive dans un contexte de mondialisation économique avancée, et oui, certes, sans doute. Mais à quel prix ? Parce qu’enfin, 5 milliards d’euros, pour arrondir, qu’est-ce que cela représente ? L’info suivante nous apprend que « Le prix moyen d’acquisition d’une maison ancienne (habitée depuis plus de 5 ans) ressort à 247.645 euros en grande couronne (Seine-et-Marne, Yvelines, Essonne, Val d’Oise). » A cette aune, la perte de la SoGé permettrait d’acquérir 20.190 bicoques en région parisienne, et les gains de la BNP 31.496 d’entre elles. Cash, et sans crédit ! Ah, j’oubliais : combien de Français aujourd’hui n’ont juste même pas les moyens d’envisager acheter une maison à 247.000 euros (1,6 millions de francs, vous vous rappelez ?). Qu’importe le trader malveillant : parce qu’il s’agisse des pertes de la SoGé ou bien des gains de la BNP, le Français moyen ne verra pas la couleur de cet argent. En revanche, il sait que ces bénéfices sont aussi réalisés grâce à une banque de détail très rémunératrice et qu’il contribue à ces bénéfices en payant des agios à chaque fois qu’il est à découvert et des intérêts à chaque fois qu’il emprunte pour consommer. Alors forcément, ce genre d’info, ça déprime le moral des ménages à son plus bas niveau historique en janvier. Youpi !
Et si on continue dans la comparaison, puisqu’on en est à parler de milliards, on peut relever que François Fillon, premier ministre, vient d’annoncer le déblocage de 250 millions d’euros supplémentaires pour 2008. Evidemment, (même pour les nantis qui gagnent jusqu’à des 3.000 euros mensuels, 250 millions, c’est une somme. A relativiser toutefois, puisque les pertes de la Société Générale auraient pu, par exemple, financer… 20 plans tels que celui-ci. Ce genre de comparaison aussi, ça aurait tendance à fausser légèrement le moral des ménages. Notamment de ceux qui, comme l’a annoncé France-Info, viennent de faire leur entrée parmi les prétendants au titre de mal-logés, j’ai nommé : les classes moyennes. Et oui. Déjà que certains d’entre-eux venaient piquer le pain de la bouche des pauvres aux Restos du Cœur, v’là-t-y pas qu’ils prétendent aujourd’hui au titre de mal logés, ces riches de la classe moyenne. Non mais vraiment. Faudrait voir à ne pas pousser le bouchon trop loin et à ne pas planter sa tente dans la rue, étant donné que le délit de vagabondage, supprimé en 1994, repointe le bout de son nez. Bon.
Après les milliards et les millions, on peut passer aux milliers d’euros. 80.000 €uros, c’est la somme estimée des cadeaux échangés entre le Président de la République et sa première dame de France toute neuve, pour déclarer leur flamme. Bon. Divisé par 12 mois, ça ferait pour un couple un salaire net annuel de 6.666 €uros (diabolique, non ?). Allez, par 13, disons 6.150 €uros. Et là, il est peut-être temps de reparler du fameux « pouvoir d’achat » des Français qui n’ont pas le moral. Parce que si les caissiers et caissières de la grande distribution se mettent en grève, c’est peut-être qu’à 950 €uros mensuels, il leur faudrait quasiment trois ans sans se loger, ni manger, ni se vêtir, pour offrir 40.000 €uros de cadeaux à leur bien aimé(e). Et qu’ils en ont, comme d’autres, ras la casquette de rythmes effrénés à des tarifs qui ne bénéficient qu’à la productivité censée rendre la France « compétitive dans un contexte de mondialisation économique avancée ». Parce que, qui on oublie dans tout ça, quand on chiffre tout en termes de productivité, de rentabilité, etc. ? Des hommes et des femmes, des vies, des histoires, des p’tits bonheurs mais aussi des situations malheureuses qui touchent de plus en plus de monde. Un vieux dicton populaire (chez CSPCC on n’a pas étudié que Platon) dit qu’on fait bien de ne pas compter son argent devant les pauvres. C’est ce qu’on appelle une sagesse populaire. C’est sans doute un peu creux, mais c’est peut-être pour ça que la cote du Président de la République a du mal à tenir la route en ce moment.