mardi 24 juin 2008, par 15 bis
Dérembourser les médicaments des patients souffrant d’affection longue durée : c’est une solution envisagée par le directeur de l’Assurance maladie lui-même, Frédéric van Roekeghem pour redresser les comptes. « Plus les mesures seront mises en oeuvre vite, plus le retour à l’équilibre sera conforté », précise monsieur van Roekeghem. Certes. Mais par delà la simplicité comptable de cette réflexion mathématique, on peut se poser des questions très intéressantes.
D’abord, qu’est-ce que c’est que ces pauvres qui veulent s’offrir des maladies de riches ? Quand on n’a pas les moyens, on ne tombe pas malade, non monsieur. Ou alors des petites maladies qui ne coûtent pas cher et ne durent pas longtemps. Ironie à part, que fait-on de la réalité de ces patients qui luttent déjà pour leur survie au quotidien, et qui désormais vont devoir, en plus, dépenser encore un peu d’énergie pour trouver les moyens de se soigner ? N’est-ce pas nier tout simplement le fondement même de la société humaine que de ne plus aider non seulement les femmes et les enfants d’abord, mais aussi nos malades et nos vieux ? Et que vont faire tout ces gens, premières victimes du coût de la vie lorsqu’elles sont exclues d’un univers professionnel sans les moyens de se soigner ? La réponse juste à cette question n’est pas politiquement correcte, mais il n’y en a qu’une, et c’est : mourir à petit feu, avec encore un peu plus de souffrance, de précarité. Et ne venez pas nous dire qu’on donne dans le misérabilisme, parce que la maladie de longue durée, qui plus est sans médicament, c’est forcément la misère.
Ensuite, qu’est-ce que c’est que cette société qui vend des « droits à polluer » la planète mais interdit maintenant de tomber gravement malade ? Qui rejette de plus en plus de produits bizarres, qui lance des OGM et des ondes sans mesurer réellement leur impact, qui brade le principe de précaution dès qu’un industriel bouge le petit doigt, qui multiplie les occasions de tomber malade et qui, pour finir, met la tête de ses victimes sous l’eau ?
Oui, je sais. La réponse toute faite. « Si on ne fait rien, finie l’Assurance malade, y’aura plus de sous, donc plus de remboursement du tout et voilà ce que vous aurez gagné ». Alors, pour faire simple, disons que chez casepassecommeça, on ne part pas du principe que les caisses sont vides et que l’économie est exsangue. Pas quand des groupes tels que BNP Paribas ou Total affichent des milliards de bénéfices et qu’une société de type générale se permet de se relever d’une blessure de 5 milliards d’euros. A titre de comparaison, le nouveau plan de la Sécu prévoit un redressement de 3 milliards "seulement". Question logique et bête : est-ce, encore une fois, bien le rôle des vieux et des malades de compenser le déséquilibre de la répartition des richesses ? L’idée elle-même est honteuse et met le rouge au front de notre pays donneur de leçons à bien des égards. Et même si elle provoque un tollé, des protestations indignées, des manifestations telles qu’elle ne ne soit demain plus officiellement à l’ordre du jour, c’est trop tard. Une partie du mal est fait. L’idée qu’on puisse laisser crever nos vieux et nos malades (huit millions de maladies longue durée en France, une broutille) a été émise par le directeur de l’Assurance maladie lui-même. Le même qui prône « de passer d’une logique de coût à une logique de retour sur investissement » et qui se considère à la tête d’une « holding ».
Mais comme on n’est pas chien, à Ca se passe comme ça, on a phosphoré dur pour trouver de nouvelles idées, sources d’économies. D’abord, taxer la maladie selon un rapport durée / gravité : plus c’est long et grave et plus ça rapporte. Ce qui permet de justifier pleinement la politique gouvernementale en matière de droit à mourir. D’autant moins question de claboter avant terme que ça créerait un manque à gagner – que l’on pourrait d’ailleurs demander à la famille du mourant de compenser en cas d’accident suspect. Pour compenser cette taxe, on créerait une prime à la bonne santé, ce qui est d’ailleurs un peu déjà le cas dans les compagnies d’assurances et les organismes financiers. Proscrire la douleur sous peine d’amende. Tuer les patients non solvables. Déterminer les risques de longue maladie à la naissance et les inscrire dans un fichier sécurisé validé par la Cnil. A moyen terme offrir une aide pécuniaire, on n’est pas des chiens, pour financer les IVG des femmes dont les bébés seront considérés à risque, etc. Oui, c’est ignoble. Pas forcément plus qu’une politique de déremboursement des médicaments des patients souffrant d’affection longue durée. Ca se passe (déjà) comme ça.