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Ayant survécu aux preneurs d’otages, elle manque d’être assassinée par l’armée US

Giuliana Sgrena trop gênante pour Washington

Un membre des services secrets italiens, Nicola Calipari, meurt à sa place

dimanche 6 mars 2005, par 16 bis


- Fidèle à sa stratégie de ne plus s’encombrer des lois de la guerre, l’armée américaine en Irak a tenté d’assassiner la journaliste italienne Giuliana Sgrena, qui en savait décidément trop sur les crimes de guerre commis à Falluja.
- Le dictateur en chef du monde libre, G. W. Bush a exprimé ses "regrets" et a promis une "enquête complète", lors d’un entretien de 5 minutes avec son complice Silvio Berlusconi. [1]

En cette affaire comme en 100, il importe, pour dissiper les foutaises diplomatiques de l’hôte de la Maison Blanche [2] comme pour refuser l’intoxication médiatique qui commence [3], de se poser une question toute simple, une question de bon sens, qui à elle seule suffit le plus souvent à contrecarrer le règne du faux .

Une question simple contre le règne du faux

Cette question est celle que l’on apprend à tout étudiant-enquêteur, aux policiers, détectives, médecins-légistes, journalistes, etc.

Cette question c’est : "A qui profite le crime ?".

Cette question est phénoménale de puissance face au rouleau compresseur de la désinformation, face à la réalité-mensonge officielle, face à l’inflation/dispersion documentaire qui caractérise ce genre d’événements [4]. Si elle ne permet pas d’affirmer que la réponse correspond à la réalité (parfois la réalité est plus complexe), elle permet de constituer une bonne base de travail. Et hélas, dans le monde manichéen dans lequel nous vivons désormais, il s’avère de plus en plus souvent que la réponse à cette question constitue la réalité. Même en l’absence de toute preuve ! Pire encore, des fois contre les preuves elles-mêmes !

Cette question permet de balayer les pseudo-efforts réflexifs de certains journalistes dépassés par la désintermédiation, qui pour se raccrocher à leurs espoirs de monopoles perdus, refusent de voir des évidences sous prétexte qu’elles seraient trop simplistes, ou que parce qu’elles sont "trop évidentes", et donc forcément fausses, et ce même si la vérification méthodique du journaliste corrobore la ficelle initiale.

Ainsi cette question permet, de façon tout à fait salutaire, de voir sous un angle différent bien des "affaires" récentes, de l’empoisonnement à la dioxine de Viktor Iouchtchenko en Ukraine [5], en passant par l’assassinat à la voiture piégée de Rafic Hariri au Liban... [6]

Mais revenons donc à notre chère Giuliana Sgrena... L’objet de notre article n’est évidemment pas de s’attacher à reconstituer les faits, nous ne ferons pas insulte à tous nos confrères sur le terrain et nous affichons bien évidemment sans honte notre incapacité, à Casepassecommeca, à travailler décemment la couverture de l’événement, d’autant plus que notre site s’appuie le plus souvent bien évidemment sur le travail des agenciers (comme pour le présent article d’ailleurs).

Non, notre objectif est ailleurs, il est très simple, et il consiste simplement à rappeler quelques faits sur notre consoeur italienne, qui appartient à une race de journalistes en voie d’extinction (et ce d’autant plus que tous les extrêmes, résistance islamique et armée US s’acharnent dessus).

Pour aider à comprendre qui Guiliana pouvait vraiment déranger, la dépêche AFP signée Andrea Bambino (ROME (AFP), le 05-03-2005 ) est la plus pertinente.

On y apprend de Giuliana Sgrena, qu’elle est :

- fille d’un ancien résistant italien
- ex-militante d’extrême gauche
- engagée contre la guerre
- journaliste depuis 1988 dans un quotidien de gauche indépendant (Il Manifesto)
- membre de Controparola (association d’écrivains et de journalistes féministes)
- spécialiste du monde arabo-islamique et de l’Irak depuis 1990
- opposée "avec vigueur" à la seconde guerre d’Irak
- une journaliste tout sauf "embedded" (intégrée avec les militaires sous conditions)
- l’auteur d’une chronique militant pour le droit à l’information dans un pays en guerre. "Pour faire connaître une réalité qui ne s’inscrirait autrement que dans les bulletins de guerre ou les pamphlets de propagande" selon elle.

On y apprend que Giuliana Sgrena :

- a écrit en 2004 un livre détaillant les conséquences de l’invasion américaine pour le peuple irakien : "Il fronte Iraq, diario di una guerra permanente" (Le front Irak, journal d’une guerre permanente) ;
- travaillait en février 2005 (moment de sa prise en otage) sur un reportage sur des rescapés de Falluja réfugiés à Bagdad après l’offensive US sur le "bastion sunnite" (offensive de plus en plus soupçonnée d’avoir servi à expérimenter des armes interdites ) ;
- avait auparavant publié des reportages sur le calvaire d’une Irakienne détenue dans la prison d’Abou Ghraib (où l’armée US s’illustra par des actes contraires aux lois de la guerre ) et sur la période pré-électorale à Sadr City (banlieue chiite de Bagdad, pressurisée par l’armée US) ;
- cherchait le contact de gens et de classes sociales dont on parle peu.

Maintenant que vous connaissez mieux Giuliana, saurez-vous répondre à la question "A qui profite le crime ?".

Notes

[1] Source : LE MONDE .

[2] "L’action de feu n’était pas justifiée par l’allure de notre véhicule. Notre véhicule roulait à une allure normale et non susceptible de malentendus", a dit Giuliana Sgrena, citée par l’agence italienne Ansa. "Ce n’était pas un point de contrôle, mais une patrouille qui nous a tiré dessus juste après nous avoir illuminés avec un phare", ont précisé aux enquêteurs Giuliana Sgrena et l’agent des services secrets italiens rescapé. "La voiture roulait vite et pouvait faire croire à une tentative d’attentat suicide, les soldats US ont d’abord agité les bras, fait clignoter des lumières blanches et procédé à des tirs de sommation pour stopper le véhicule" fut, en substance, la position officielle de l’armée... Source : LEMONDE.FR .

[3] A l’heure où nous écrivons ces lignes, nous sommes à un peu plus de 24 heures de la tentative d’élimination de notre consoeur italienne, à environ 12 heures des premières déclarations de son compagnon Pier Scolari indiquant que l’Armée US avait délibérément voulu la supprimer (AFP ), et nous venons de récupérer via GoogleNews, le communiqué le plus frais sur le sujet (Reuters ), qui écrit "Son compagnon Pier Scolari a estimé pour sa part qu’il était impossible de reprocher quoi que ce soit aux soldats américains dans cette affaire", en se basant sur les déclarations anti-guerre qu’il a fait sur le bouquet Sky Italia. En quelques heures, le message de Scolari a été retourné partiellement ! Qu’en sera-t-il dans douze heures ?!

[4] 499 articles connexes sur le sujet dans GoogleNews au début de la rédaction de cet article, 517 articles connexes arrivé à la présente ligne...

[5] Alors à votre avis, sont-ce les Russes ou les Américains qui l’ont empoisonné ? Pour le savoir, demandez-vous à qui profite le crime ! Indice : l’empoisonné a finalement été élu, et la Russie a perdu son influence sur l’appareil d’Etat ukrainien...

[6] Alors, selon vous, à qui profite le crime ? Indice : c’est une question piège parce que le résultat profite à la fois aux Etats-Unis (raisons politiques) et à Israël (raisons logistiques)...

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4 Messages de forum

  • Le fait que Giuliana Sgrena soit d’extreme gauche, opposée a la guerre, etc. ne prouve aucunement que les soldats US aient tiré sur sa voiture volontairement. En effet, si elle avait été si gênante, il aurait été facile pour eux de l’éliminer plus discrètement, en faisant retomber la faute sur les jihadistes ou les résistants.

    Il est certain que les soldats, comme dans toute guerre, n’hesitent pas à tirer et à cartonner tous ceux qui passent à leur portée. Il est certain également que certains d’entre eux utilisent les Check-points comme stands de tir. Il suffit de voir combien d’Irakiens, civils, voire femmes et enfants, sont tombés sous les balles de la coalition parcequ’un GI trouvait que leur voiture arrivait trop vite ou que le chauffeur avait une "tête de terroriste" (sic).

    Les Italiens affirment que ce chef des services secrets en Iraq qu’ils pleurent (c’était un militaire, mort en mission, qu’y a-t-il de choquant ?) avait prévenu les autorités américaines : ce n’étaient pas les autorités américaines qui étaient sur le check-point mais un simple militaire. Et il faut être bien naif, ou bien mal connaitre à la fois l’armée et la situation sur place pour seulement penser que l’information était arrivée, à travers toute l’administration, jusqu’au planton en charge du check point. Sans vouloir excuser qui que ce soit, le soldat qui a tiré ne savait certainement pas quelle était cette voiture qui arrivait vers lui, trop vite, a-t-il dit.

    Les Italiens se sont défendus de cette alégation en parlant d’une vitesse de 40-45km/h. Face à un check-point à Bagdad (la ville la plus dangereuse du monde selon un classement récent), il est fortement recommendé d’arriver au pas. Soit en dessous de 10km/h. Une voiture arrivant à 40-45km/h semble donc arriver à pleine vitesse pour un homme arrêté en face...qui plus est lorsque celui ci est nerveux et paniqué. Parceque malgré les beaux discours de W et Rumfeld les soldats sur place ont peur de mourrir a tout instant...

    Tout cela pour dire qu’il existe un grand nombre de complots ou d’actions cachées en Iraq et ailleurs, mais qu’il faut arrêter de voir des volontés politiques partout et dans toute situation. Le risque zéro n’existant pas, il y a quelque fois de simples erreurs/dérapages humains et cet accident en est bien un. La seule chose qui m’ait réellement surpris, c’est que la voiture ne soit pas blindée. Voire même qu’elle n’ait pas été en convoi sécurisé par blackwater ou toute autre compagnie de sécurité du même accabit (ces compagnies sont, en nombre, la deuxième armée - une armée privée - en poste en Iraq).

    Pour information, la route de l’aeroport est interdite depuis plusieurs mois aux civils/diplomates US, qui utilisent l’helicoptère pour aller à l’aéroport...

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    • > Giuliana Sgrena trop gênante pour Washington 31 mars 2005 12:02, par 15 bis
      Merci de ce message visiblement bien renseigné qui replace dans son contexte une situation de guerre qui, malheureusement pour Bush, n’obéit pas aux règles strictes d’un scénario Hollywoodien. L’erreur est humaine et par dessus tout soldatesque (on repense à Farheineit 9/11 et la peur au ventre des soldats ricains au soir de Noël...) Perso, vu d’ici, je doute de tout et n’ai aucune certitude. 15bis.

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  • 1er mai 4:04

    Affaire Calipari : un rapport disculpe les soldats américains

    BAGDAD - L’armée américaine a publié samedi un rapport confirmant qu’elle ne sanctionnerait pas les hommes qui ont tiré sur l’agent italien Nicola Calipari, tué en Irak lors de l’évacuation de l’otage Giuliana Sgrena. Rome publiera lundi son propre document. Dans ce texte, l’armée US affirme que les agents italiens n’avaient pas prévenu les militaires américains de leur intention de se rendre à l’aéroport de Bagdad et qu’ils ont fait fi des avertissements lumineux leur enjoignant d’arrêter leur véhicule. « L’enquête a conclu que le véhicule qui s’approchait du barrage avait omis de ralentir jusqu’à ce qu’il soit la cible de tirs ». Les soldats en poste au barrage auraient agi « conformément aux règles d’engagement », dit un communiqué de l’armée américaine accompagnant le rapport. Le rapport américain évalue à 80 km/h la vitesse de la voiture à l’approche du barrage et il dit dit qu’elle n’a pas tenu compte de deux tirs de sommation. Selon le rapport, le conducteur, qui a été blessé lors de l’incident, n’a ralenti que lorsque les balles ont commencé à toucher le véhicule. « Une coordination préalable aurait vraisemblablement pu prévenir cette tragédie », conclut le texte. Il « recommande qu’aucune mesure disciplinaire ne soit prise contre aucun soldat » impliqué dans cet incident. Le rapport américain a été diffusé lorsqu’il est apparu que les désaccords avec les Italiens empêchaient la publication d’un rapport commun. s’exprimant à titre personnel, le ministre italien de la Réforme institutionnelle Roberto Calderoli a déclaré : « Si les soldats américains ont vraiment respecté les règles d’engagement (...) cela signifie que les règles d’engagement sont mauvaises ». © ATS

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  • Tir aux pigeons aux check-points

    31 juillet 2007 09:04

    La fusillade, à un « check point » de Bagdad en mars 2005, qui a coûté la vie à l’agent secret italien Nicola Calipari, qui escortait une otage libérée, cependant, a incité les autorités militaires à sévir et à durcir les règles, dit le sergent Campbell, qui était de garde à ce barrage. « Inutile de dire que notre unité était particulièrement surveillée, pour que cela ne se reproduise pas, a-t-il dit. Une des choses a été de nous dire « Chaque fois que vous tirez sur quelqu’un ou sur un véhicule, il faudra remplir un formulaire d’ouverture d’enquête ». Mais c’était tellement compliqué que les officiers supérieurs ont tout simplement cessé d’envoyer des rapports. Il n’y avait aucune incitation à dire « Nous avons ouvert le feu sur la voiture d’Untel » ».

    Le sergent Campbell a dit qu’il pense que le nombre de fusillades aux barrages a diminué après l’incident très médiatisé de la mort de Calipari, mais que c’était dû principalement au fait que les soldats ont été équipés de viseurs laser pour la nuit. « Entre le moment où nous sommes arrivés et notre départ, a-t-il dit, le nombre de civils irakiens tués à des « check points » est passé d’un par jour à un par semaine. Mais je précise que ce chiffre, comme toutes les statistiques, ne tient compte que des fusillades qui ont fait l’objet d’un rapport officiel ». Craignant les conséquences de ces incidents, le lieutenant Jonathan Morgenstein, 35 ans, de la 2ème brigade de Marines, a donné fin 2004 un briefing aux officiers et aux sous-officiers de son bataillon à leur QG de Ramadi, pour leur demander de se mettre à la place des Irakiens. « Je leur ai dit l’évidence, qui est qu’à chaque fois que nous tuons ou blessons quelqu’un qui n’est pas un insurgé, cela nous cause du tort, a-t-il dit. Je vous le garantis, cela veut dire qu’un Marine ou un soldat sera blessé ou tué. Un, c’est une bonne chose de ne pas tirer sur quelqu’un qui n’est pas un insurgé. Mais, deux, par souci de notre propre préservation, nous ne voulons pas que de telles choses se passent, parce la vengeance nous retombera dessus ».

    Voir en ligne : Extrait des témoignages de vétérans US recueillis par "The Nation"

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