Ayant survécu aux preneurs d’otages, elle manque d’être assassinée par l’armée US
Un membre des services secrets italiens, Nicola Calipari, meurt à sa place
dimanche 6 mars 2005, par 16 bis

En cette affaire comme en 100, il importe, pour dissiper les foutaises diplomatiques de l’hôte de la Maison Blanche [2] comme pour refuser l’intoxication médiatique qui commence [3], de se poser une question toute simple, une question de bon sens, qui à elle seule suffit le plus souvent à contrecarrer le règne du faux .
Cette question est celle que l’on apprend à tout étudiant-enquêteur, aux policiers, détectives, médecins-légistes, journalistes, etc.
Cette question c’est : "A qui profite le crime ?".
Cette question est phénoménale de puissance face au rouleau compresseur de la désinformation, face à la réalité-mensonge officielle, face à l’inflation/dispersion documentaire qui caractérise ce genre d’événements [4]. Si elle ne permet pas d’affirmer que la réponse correspond à la réalité (parfois la réalité est plus complexe), elle permet de constituer une bonne base de travail. Et hélas, dans le monde manichéen dans lequel nous vivons désormais, il s’avère de plus en plus souvent que la réponse à cette question constitue la réalité. Même en l’absence de toute preuve ! Pire encore, des fois contre les preuves elles-mêmes !
Cette question permet de balayer les pseudo-efforts réflexifs de certains journalistes dépassés par la désintermédiation, qui pour se raccrocher à leurs espoirs de monopoles perdus, refusent de voir des évidences sous prétexte qu’elles seraient trop simplistes, ou que parce qu’elles sont "trop évidentes", et donc forcément fausses, et ce même si la vérification méthodique du journaliste corrobore la ficelle initiale.
Ainsi cette question permet, de façon tout à fait salutaire, de voir sous un angle différent bien des "affaires" récentes, de l’empoisonnement à la dioxine de Viktor Iouchtchenko en Ukraine [5], en passant par l’assassinat à la voiture piégée de Rafic Hariri au Liban... [6]
Mais revenons donc à notre chère Giuliana Sgrena... L’objet de notre article n’est évidemment pas de s’attacher à reconstituer les faits, nous ne ferons pas insulte à tous nos confrères sur le terrain et nous affichons bien évidemment sans honte notre incapacité, à Casepassecommeca, à travailler décemment la couverture de l’événement, d’autant plus que notre site s’appuie le plus souvent bien évidemment sur le travail des agenciers (comme pour le présent article d’ailleurs).
Non, notre objectif est ailleurs, il est très simple, et il consiste simplement à rappeler quelques faits sur notre consoeur italienne, qui appartient à une race de journalistes en voie d’extinction (et ce d’autant plus que tous les extrêmes, résistance islamique et armée US s’acharnent dessus).
Pour aider à comprendre qui Guiliana pouvait vraiment déranger, la dépêche AFP signée Andrea Bambino (ROME (AFP), le 05-03-2005 ) est la plus pertinente.
On y apprend de Giuliana Sgrena, qu’elle est :
fille d’un ancien résistant italien
ex-militante d’extrême gauche
engagée contre la guerre
journaliste depuis 1988 dans un quotidien de gauche indépendant (Il Manifesto)
membre de Controparola (association d’écrivains et de journalistes féministes)
spécialiste du monde arabo-islamique et de l’Irak depuis 1990
opposée "avec vigueur" à la seconde guerre d’Irak
une journaliste tout sauf "embedded" (intégrée avec les militaires sous conditions)
l’auteur d’une chronique militant pour le droit à l’information dans un pays en guerre. "Pour faire connaître une réalité qui ne s’inscrirait autrement que dans les bulletins de guerre ou les pamphlets de propagande" selon elle.
On y apprend que Giuliana Sgrena :
a écrit en 2004 un livre détaillant les conséquences de l’invasion américaine pour le peuple irakien : "Il fronte Iraq, diario di una guerra permanente" (Le front Irak, journal d’une guerre permanente) ;
travaillait en février 2005 (moment de sa prise en otage) sur un reportage sur des rescapés de Falluja réfugiés à Bagdad après l’offensive US sur le "bastion sunnite" (offensive de plus en plus soupçonnée d’avoir servi à expérimenter des armes interdites ) ;
avait auparavant publié des reportages sur le calvaire d’une Irakienne détenue dans la prison d’Abou Ghraib (où l’armée US s’illustra par des actes contraires aux lois de la guerre ) et sur la période pré-électorale à Sadr City (banlieue chiite de Bagdad, pressurisée par l’armée US) ;
cherchait le contact de gens et de classes sociales dont on parle peu.
Maintenant que vous connaissez mieux Giuliana, saurez-vous répondre à la question "A qui profite le crime ?".
[2] "L’action de feu n’était pas justifiée par l’allure de notre véhicule. Notre véhicule roulait à une allure normale et non susceptible de malentendus", a dit Giuliana Sgrena, citée par l’agence italienne Ansa. "Ce n’était pas un point de contrôle, mais une patrouille qui nous a tiré dessus juste après nous avoir illuminés avec un phare", ont précisé aux enquêteurs Giuliana Sgrena et l’agent des services secrets italiens rescapé. "La voiture roulait vite et pouvait faire croire à une tentative d’attentat suicide, les soldats US ont d’abord agité les bras, fait clignoter des lumières blanches et procédé à des tirs de sommation pour stopper le véhicule" fut, en substance, la position officielle de l’armée... Source : LEMONDE.FR .
[3] A l’heure où nous écrivons ces lignes, nous sommes à un peu plus de 24 heures de la tentative d’élimination de notre consoeur italienne, à environ 12 heures des premières déclarations de son compagnon Pier Scolari indiquant que l’Armée US avait délibérément voulu la supprimer (AFP ), et nous venons de récupérer via GoogleNews, le communiqué le plus frais sur le sujet (Reuters ), qui écrit "Son compagnon Pier Scolari a estimé pour sa part qu’il était impossible de reprocher quoi que ce soit aux soldats américains dans cette affaire", en se basant sur les déclarations anti-guerre qu’il a fait sur le bouquet Sky Italia. En quelques heures, le message de Scolari a été retourné partiellement ! Qu’en sera-t-il dans douze heures ?!
[4] 499 articles connexes sur le sujet dans GoogleNews au début de la rédaction de cet article, 517 articles connexes arrivé à la présente ligne...
[5] Alors à votre avis, sont-ce les Russes ou les Américains qui l’ont empoisonné ? Pour le savoir, demandez-vous à qui profite le crime ! Indice : l’empoisonné a finalement été élu, et la Russie a perdu son influence sur l’appareil d’Etat ukrainien...
[6] Alors, selon vous, à qui profite le crime ? Indice : c’est une question piège parce que le résultat profite à la fois aux Etats-Unis (raisons politiques) et à Israël (raisons logistiques)...