Chez nous, à Ca se passe comme ça, on n’est pas forcément une culture cinématographique très pointue, mais il nous arrive parfois d’avoir un avis sur ce qu’on est allé voir. En l’occurrence, en sorte de la projection Fahreinheit 9/11, le film nous est resté sur l’estomac. Pourquoi ? Pas parce que c’est un un mauvais film, mais parce que c’est un documentaire violemment triste qui nous montre un monde pathétique, et que ce monde n’est pas un monde de fiction inventé par un créateur visionnaire, mais qu’il est celui dans lequel nous vivons. Fidèle à sa méthode, Michael Moore engrange l’information, oppose de façon parfois comique ou parfois insoutenable les situations, les puissants et les faibles, les riches et les pauvres, les militaires gradés bardés de médailles et les chômeurs qu’ils recrutent sur les parkings de supermarchés... Efficace. Bush en prend plein la gueule, mais ça on le savait avant d’aller voir le film. Les images drôlatiques, pathétiques, du début laissent finalement la place à l’insoutenable spectacle de la guerre, du sang, de la bidoche, c’est pas histoire de dire qu’il y a des bons et des mauvais, c’est histoire de montrer que tout le monde saigne, dans cette affaire. Au nom d’intérêts économiques posés en première partie de film.
Cannes à donc a-do-ré Farheinheit 9/11, en dehors de toute considération politique, ont-ils dit. Est-ce seulement possible ? La critique a parlé de brulôt, a célébré l’humour grinçant de Michael Moore... oubliant pour beaucoup au passage le contenu pas souvent drôle de ce documentaire poing dans la gueule qui, à notre avis, ne se regarde pas en queue de pie. Tout simplement parce qu’on ne va pas remettre la palme du meilleur acteur au bébé ensanglanté qu’un irakien jette au fond de son camion charnier. En sortant de la salle obscure où nous sommes allés voir ce film, notre question n’était pas "est-ce que j’ai aimé ou non Farheinheit 9/11", mais plutôt : est-ce que c’est bien la dedans qu’on vit ?