Ca se passe comme ça

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"11 septembre espagnol"

ETA Feuilleton

jeudi 11 mars 2004, par 16 bis


- Le traitement médiatique de l’attentat de Madrid est consternant pour les journalistes télé.
- Pendant ce temps, les politiques préparent le scénario qu’il vont adopter.

Ne parlons même pas de TF1, ce n’est même plus la peine... De son côté, comment Daniel Bilalian peut reprendre les assertions du ministère espagnol de l’Intérieur comme des faits acquis ??... A quelques heures des explosions, comment peut-il dire ainsi au 13 heures que "c’est-sûr maintenant, ce sont les Basques !" [1] ?

On notera que quelques minutes plus tard, la radio venait au secours de la piteuse télé. Ainsi sur France-Info vers 14 h 25 : les faits, le bilan. Puis : "Batasuna (aile politique de l’ETA, aujourd’hui interdite) a dit : "Nous condamnons cet acte. Nous ne pensons pas que des ettaras aient commis cela. Voyez plutôt en direction du terrorisme islamiste." Le ministère espagnol de l’Intérieur a dit : "Nous sommes certains que c’est l’œuvre d’ETA. Ce sont les mêmes explosifs". Conclusion : rien n’est encore sûr pour le moment". France-Info, ça mâche et ça hache aussi mais au moins, y’a des formes...

Messieurs les journalistes de France Télévisions (et consorts), comment pouvez-vous ériger en certitudes de telles accusations en responsabilité ? [2] Monsieur le ministre de l’Intérieur espagnol, nous attendons que vous fournissiez alors des preuves [3].

Rappelons-nous tout simplement que la piste islamiste n’est pas forcément totalement stupide, au vu de la nature du soutien espagnol à l’administration Bush lors de l’engagement en Irak. Et que le mode opératoire [4] est précisément celui de la nébuleuse Al-Quaeda (aux Etats-Unis, au Pakistan, en Irak...).

Supposons simplement aussi que comme tout bon acte terroriste d’ampleur, cela va amplifier la pression sur le politique, et qu’évidemment, Aznar préfère sans doute gérer un acte de l’ETA justifiant sa politique (répressive) qu’un acte d’Al-Quaeda stigmatisant les conséquences de son mépris de l’opinion espagnole [5].

Efforçons-nous d’agiter quelques neurones, et constatons que l’attentat survient à 3 jours d’élections espagnoles (législatives), à deux semaines d’élections françaises (régionales/cantonnales) et à quelques mois d’élections européennes (législatives) et américaines (présidentielles). Electoralement, le crime profite à la droite. Ca se passe comme ça.

Et posons comme préalable qu’à l’heure actuelle, l’enquête ne fait que commencer. Oh pardon, le feuilleton plutôt...

P.-S.

Welcome back David Pujadas qui semble soutenir le fond des articles de casepassecommeca.com. Tout un vingt-heures de la 2 passé à prouver l’indubitable culpabilité de l’ETA de reportage en reportage sans beaucoup plus de de discernement. Pour se simili-rétracter en fin de journal : une camionnette aurait été retrouvée avec des explosifs et une cassette en langue arabe contenant, semble-t-il, des versets du Coran. "Je n’ai pas le droit à l’erreur ", affirmait David Pujadas il y a quelques jours à peine. De même qu’aux autres médias, on ne lui en demande pas tant. Simplement de ne pas asséner des conclusions sans savoir et de faire preuve d’un peu de discernement. Ca fait pas vendre, mais c’est la base du journalisme.

Quinzebis

Notes

[1] A noter que dans le sujet, le correspondant à Madrid de RMC, Frédéric Hermel, confirmait bien (depuis le terrain coco, un fax à en-tête du SIG local...)

[2] Par simple exemple, avez-vous réfléchi une seconde qu’ETA allait peut-être réagir officiellement après un tel acte ? Et que votre devoir était de prendre toutes les précautions de base ?

[3] Et pas des trucs dont Word nous dira qu’il ont été créés par votre service d’élite de fabrication de faux et dont nous pourrons retrouver le contenu via Google !

[4] Plusieurs bombes -13 dont trois détruites par la police avant explosion aux dernières nouvelles ??- synchronisées pour exploser simultanément ou presque, pour maximiser les dégâts, la panique et l’impact. De même, l’utilisation systématique des réseaux (ici ferré mais ailleurs aérien, postal, d’aération, etc.).

[5] Aznar a soutenu la guerre en Irak contre l’avis de l’opinion d’une large majorité des Espagnols. En fin de carrière politique, il a agi là comme un vrai adepte de l’expression "Après moi le déluge".

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