Ca se passe comme ça

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...dans les médias

Détournement de mineurs...

jeudi 29 avril 2004, par 15 bis


- C’est l’histoire d’un métier qui meurt sous les feux des caméras.
- C’est vrai, c’est toujours télégénique, une agonie.

"Vous allez me prendre pour un dérangé, mais quand je suis passé devant la haveuse, pour la dernière fois, j’ai eu le sentiment de laisser quelqu’un de cher derrière moi". Victor, 46 ans, a le moral en vrac.

La haveuse, c’est l’énorme mastodonte mécanique qui arrachait le charbon au fond de la mine, dans un enfer de poussières noires. Victor l’a maudit des centaines de fois, son métier. Mais là, depuis l’instauration du plan charbonnier en 1994, plan qui visait à éteindre l’extraction du charbon en France, et la fermeture de la dernière mine de France, on sait que plus un mineur, jamais, ne descendra "au fond".

C’est juste un métier qui meurt, un métier où les hommes, à cause de la peur au ventre, de la peine, des blessures, des maladies, du courage quotidien qu’il fallait amasser pour aller gagner des sous, ont su développer une solidarité exemplaire. Un métier où les gens, en remontant de la mine, se nettoyaient le dos façon frères Ripolin : le dernier lave le dos du précédent qui lave le dos du précédent qui lave le dos... Dos noir, dos rouge, dos juif, dos rebeu, dos polonais, dos alsacien...

C’était pas le paradis, c’était même loin d’être idyllique, attention j’ai pas dit ça. Mais ça semblait plus solidaire qu’une assemblée nationale chahutée par des ministres en culottes courtes qui s’invectivent pendant que leurs conseillers en communication s’embrouillent les portières dans les quartiers chauds.

Sur le carreau

Alors si quand même. Y’a quand même un ministre qui est venu sur le site de la Houve, déployant gendarmes et gyrophares pour descendre à cinq cents mètres sous terre contempler le dernier morceau de charbon extrait. Pour info, les mineurs descendaient plutôt à neuf cents mètres au bout d’une heure de transport, et pas en costard. Mais bon, ça se passe comme ça.

Et puis il y a eu les festivités, un grand spectacle consacré à la mine, et joué par des bénévoles et des mineurs. Voui. Des discours sur le dévouement de ces hommes. Voui. Sur la nécessité économique d’abolir l’extraction du charbon en France. Voui, sans doute. Mais ces mineurs qui se sont relayés au fond pendant 110 ans ont été enterrés en une journée. La haveuse, c’est une femme, l’auteur de la pièce consacrée aux mineurs, qui l’a arrêtée définitivement. Symboliquement. Voui. Sauf que le symbole, les mineurs l’ont pris dans la gueule.

"Dix fois, vingt fois, cent fois on a engueulé le chef de taille parce qu’il faisait partir la machine trop tôt, ou trop tard", raconte Victor. Et le jour où les caméras sont là, on met un autre chef de taille à la manoeuvre parce qu’il passe mieux à la caméra. Notre gars, il n’a même pas pu éteindre sa machine lui-même". Ca s’appelle la communication, ça s’appelle répondre aux besoins des médias, ça s’appelle grimer l’information pour mieux la vendre. Et ça n’a fait qu’ajouter à la peine et à la frustration des mineurs dont certains ont cru sentir qu’ils étaient les dindons d’une grande farce médiatique.

Après être allés toute leur vie au charbon, ceux-là vont désormais rester sur le carreau, loin de France-Info. Les caméras aussi sont reparties. Le ciel est bas, les jours sont vides du bruit de la mine. Ca se passe comme ça, hors champ...

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