Ca se passe comme ça

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... à Méru

Des consignes... oiseuses.

mercredi 3 mars 2004, par 15 bis


- A Méru, la gendarmerie distille ses informations avec parcimonie.
- La police municipale aimerait bien en avoir plus, elle, d’informations.

Située dans l’Oise, à une soixantaine de kilomètres de Paris, Méru est la capitale de la nacre. Mais ce n’est pas pour ça que cette ville de 14000 habitants a défrayé la chronique. C’est plutôt parce que Nicolas Sarkozy a été obligé de s’y rendre par trois fois. La première fois pour inaugurer une gendarmerie flambant neuve. Et deux autres fois à cause des violences commises dans le secteur - du style l’Intermarché du coin qui brûle où le caillassage en règle de la nouvelle gendarmerie à la suite d’une interpellation musclée en décembre dernier.

Mais bon. Après coup on ne sait plus trop qui fait peur à qui. Est-ce qu’un ministre qui débarque en Puma -l’hélicoptère de l’armée, pas les baskets- pour féliciter ses troupes n’est pas tout aussi apeurant qu’une cinquantaine de casseurs s’en prenant au commissariat ?

Parce qu’après avoir ainsi « apaisé » les esprits, il s’en va, le ministre, il rentre chez lui. Et chez lui, ce n’est pas forcément le quartier de la Nacre à Méru.

Bon. Alors qu’est-ce qui reste, à Méru ? Ben des gens qui ont peur. Et comme le ministre est parti, ben ils ont peur des jeunes. Normal, quoi.

Dites nous tout, on dira rien

Surtout qu’ils sont pas bien informés, les Méruviens. La preuve : ce filet dans le journal « 7 jours Méru, Chambly et Neuilly » daté du 28 mars 2003, que nous recopions mot pour mot : « La gendarmerie de Méru nous a signifié cette semaine que, dans le but de ne pas affoler la population, elle ne nous communiquera plus désormais que les faits divers « importants ». Nous laissons nos lecteurs juges de cette situation... ». Ben voui, tant qu’à faire, autant laisser aux gendarmes le soin de faire le tri dans l’information, y’a plus qu’à dormir tranquille.

Oui, mais, quand même, s’il arrivait, par accident, que des événements oh, pas importants au point d’être publiables dans un journal, mais pouvant, éventuellement, nuire au bon fonctionnement de la cité, surviennent, alors que faire ? Là encore, le journal municipal a la solution. Il s’appelle « Le Méruvien », et il est daté de décembre 2003 (période des échauffourées et de la dernière venue de Sarkozy sur place). Cette fois-ci, c’est en page dix, et nous vous recopions la teneur de l’encadré Sécurité : « Une enquête fait apparaître que beaucoup de faits relatés par les habitants ne sont pas signalés à la police Municipale et ne peuvent donc être suivis d’une intervention immédiate. Nous vous rappelons que le poste de police municipale est ouvert 24h/24. Si vous êtes victimes d’un problème d’insécurité de quelque nature qu’il soit, n’hésitez pas à contacter la police municipale au 03.XX.XX.XX.XX (...). La police municipale (PM) vous rappelle par ailleurs l’importance du témoignage, qui peut contribuer à l’élucidation d’un certain nombre d’enquêtes ».

En résumé : balancez, bonnes gens, balancez vos voisins, il en restera toujours quelque chose. En tout cas, nous, on dira rien à la presse. Ca se passe comme çà, des fois, dans l’Oise.

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1 Message

  • > Des consignes... oiseuses (suite)

    4 juillet 2004 22:49, par cpagrave

    Insécurité Ils ont osé braver la loi du silence

    LES FAITS récents d’incendie de véhicules à Noyon et Compiègne ont montré à quel point les témoignages étaient importants pour élucider une enquête. En mai dernier, fait exceptionnel à Noyon, plusieurs habitants du quartier du Mont Saint-Siméon ont bravé la loi du silence. Ils sont venus témoigner à la barre du tribunal de ce qu’ils avaient vu ou entendu au cours des différentes nuits où plusieurs véhicules avaient brûlé. Dans l’enquête menée par les policiers compiégnois concernant l’incendie de vingt-huit voitures début mai dans plusieurs quartiers de la ville, là encore c’est un témoignage - anonyme cette fois - qui a permis aux enquêteurs d’interpeller deux incendiaires. Policiers et gendarmes ont souvent besoin du concours de ces témoins qui, eux, ne souhaitent pas toujours apporter leur aide. « C’est une mission assez rebutante », confie Nicolas Jolibois, le directeur départemental de la sécurité publique dans l’Oise, « il faut convaincre les gens qui souvent refusent de parler par crainte de menaces ou de représailles. » Un dispositif de protection Cette peur, les militaires la ressentent aussi : « Bien souvent, des noms circulent dans les affaires mais sans plus ; on reste au stade de la rumeur. Tandis que le témoignage facilite les choses et permet l’interpellation des individus », explique le commandant Antoine Lerch, chargé de la compagnie de gendarmerie de Compiègne. Des dispositions juridiques ont été prises pour protéger au maximum celui qui témoigne. La plus fréquente de ces protections est la domiciliation du témoin au commissariat ou à la brigade, lui évitant ainsi de devoir révéler son adresse. Le témoignage sous anonymat a aussi été instauré dans le cadre d’infractions spécifiques. Cela fonctionne notamment en matière de faits liés à la bande organisée. « C’est une procédure plus lourde, qui nécessite l’accord d’un juge », explique Nicolas Jolibois. « Elle est utilisée de plus en plus régulièrement et a l’avantage d’avoir autant de poids dans la procédure », ajoute le commandant Lerch. Ces dispositions ouvrent lentement la voie au témoignage suivi du changement d’identité comme cela existe dans certains pays anglo-saxons. Pour le directeur départemental de la sécurité publique, « il faut démystifier l’idée que chaque témoignage débouche sur des représailles. Il y a finalement peu de cas avérés. Les gens se retranchent derrière cette peur pour éviter de témoigner. Cela fait partie du devoir civique et de solidarité. » Sur le terrain, la mission des enquêteurs est très souvent délicate et la psychologie est de mise. « L’approche doit se faire en douceur, à force de contacts et de temps. Et les résultats sont souvent à la hauteur, nous arrivons même à recréer une solidarité de voisinage », poursuit Nicolas Jolibois. C’est précisément ce qui s’est passé au Mont-Saint-Siméon à Noyon, « les victimes avaient vu les incendiaires qu’elles connaissaient et qui habitent à proximité », précise le commandant de gendarmerie. Mais dans d’autres situations, comme des affaires de drogue (notre encadré) , ou de violences urbaines, les témoignages s’avèrent également vitaux pour les enquêteurs. « Il faut convaincre les gens qui souvent refusent de parler par crainte de menaces ou de représailles », estime Nicolas Jolibois, directeur départemental de la sécurité publique. (LP/N.S. ET ARNAUD DUMONTIER.) « Il faut convaincre les gens qui souvent refusent de parler par crainte de menaces ou de représailles », estime Nicolas Jolibois, directeur départemental de la sécurité publique. (LP/N.S. ET ARNAUD DUMONTIER.)

    Laurence Allezy Le Parisien , lundi 05 juillet 2004

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