Située dans l’Oise, à une soixantaine de kilomètres de Paris, Méru est la capitale de la nacre. Mais ce n’est pas pour ça que cette ville de 14000 habitants a défrayé la chronique. C’est plutôt parce que Nicolas Sarkozy a été obligé de s’y rendre par trois fois. La première fois pour inaugurer une gendarmerie flambant neuve. Et deux autres fois à cause des violences commises dans le secteur - du style l’Intermarché du coin qui brûle où le caillassage en règle de la nouvelle gendarmerie à la suite d’une interpellation musclée en décembre dernier.
Mais bon. Après coup on ne sait plus trop qui fait peur à qui. Est-ce qu’un ministre qui débarque en Puma -l’hélicoptère de l’armée, pas les baskets- pour féliciter ses troupes n’est pas tout aussi apeurant qu’une cinquantaine de casseurs s’en prenant au commissariat ?
Parce qu’après avoir ainsi « apaisé » les esprits, il s’en va, le ministre, il rentre chez lui. Et chez lui, ce n’est pas forcément le quartier de la Nacre à Méru.
Bon. Alors qu’est-ce qui reste, à Méru ? Ben des gens qui ont peur. Et comme le ministre est parti, ben ils ont peur des jeunes. Normal, quoi.
Surtout qu’ils sont pas bien informés, les Méruviens. La preuve : ce filet dans le journal « 7 jours Méru, Chambly et Neuilly » daté du 28 mars 2003, que nous recopions mot pour mot : « La gendarmerie de Méru nous a signifié cette semaine que, dans le but de ne pas affoler la population, elle ne nous communiquera plus désormais que les faits divers « importants ». Nous laissons nos lecteurs juges de cette situation... ». Ben voui, tant qu’à faire, autant laisser aux gendarmes le soin de faire le tri dans l’information, y’a plus qu’à dormir tranquille.
Oui, mais, quand même, s’il arrivait, par accident, que des événements oh, pas importants au point d’être publiables dans un journal, mais pouvant, éventuellement, nuire au bon fonctionnement de la cité, surviennent, alors que faire ? Là encore, le journal municipal a la solution. Il s’appelle « Le Méruvien », et il est daté de décembre 2003 (période des échauffourées et de la dernière venue de Sarkozy sur place). Cette fois-ci, c’est en page dix, et nous vous recopions la teneur de l’encadré Sécurité : « Une enquête fait apparaître que beaucoup de faits relatés par les habitants ne sont pas signalés à la police Municipale et ne peuvent donc être suivis d’une intervention immédiate. Nous vous rappelons que le poste de police municipale est ouvert 24h/24. Si vous êtes victimes d’un problème d’insécurité de quelque nature qu’il soit, n’hésitez pas à contacter la police municipale au 03.XX.XX.XX.XX (...). La police municipale (PM) vous rappelle par ailleurs l’importance du témoignage, qui peut contribuer à l’élucidation d’un certain nombre d’enquêtes ».
En résumé : balancez, bonnes gens, balancez vos voisins, il en restera toujours quelque chose. En tout cas, nous, on dira rien à la presse. Ca se passe comme çà, des fois, dans l’Oise.