Sur volonté du gouvernement et avec la complaisance de l’institution censé l’empêcher...
Mais Béatrice Schönberg nous parlera sans doute en long et en large du "CV anonyme"
mercredi 9 février 2005, par 16 bis
Mais revenons en 2005... Maintenant que la CNIL a été réformée, transformée en "organisme alibi" sans aucun pouvoir, il est aisé de lui faire légitimer toutes sortes de dérives sécuritaires en contradiction totale avec son rôle initial [1], sans que personne ne bronche excepté Lafil .
C’est ainsi que "pressée par le gouvernement d’aller plus loin, la CNIL vient de créer un groupe de travail afin de réfléchir à des critères légitimes pour établir l’origine ethnique et raciale" [2] des salariés dans les grandes entreprises françaises (+ de 250 salariés).
Parmi les critères prévus à l’enregistrement/inscription dans les bases de données figurent "le lieu de naissance, déjà autorisé, la couleur de la peau ou encore un éventuel classement par types, à la manière américaine : "caucasien", "afro-français", "maghrébin"..." prévient Le Figaro.
Outre que les modèles à l’américaine, on s’en défierait plutôt de ce côté-ci de l’Atlantique (y’a qu’à voir où ça mène ), cette façon de ficher les gens fait surtout ressurgir des limbes du passé des concepts pseudo-scientifiques fumeux, et surtout très dangereux...
Mais le journal de Dassault rassure : "Officiellement, ces chiffres ne sont destinés qu’à dresser un diagnostic".
Et de dresser une menace ultime bien fade, la tentation naturelle des ultra-libéraux perdus dans leur fuite en avant : l’instauration de quotas par races dans les entreprises ! Pour faire bien, pour gérer des quotas de travailleurs par tranches de races proportionnées, bref pour se donner bonne conscience comme avec le développement durable... [3]
On est sans doute paranoïaque à Casepassecommeca, car on imagine des applications bien pires encore, pour un tel fichier.
Que les Français se rassurent néanmoins, on ne risque pas de leur présenter les choses de cette façon... Pas à la télévision du moins. Ce dont ils entendront parler dans les journaux télévisés sera la contre-mesure médiatique censée faire oublier ce fichage ethnique : le bien-nommé "CV anonyme".
A l’origine le "CV anonyme" est un concept là encore importé des Etats-Unis, et récemment suggéré en France par Claude Bébéar (fondateur d’Axa) dans un rapport remis au gouvernement en novembre dernier [4].
Mais il avait déjà servi à Jean-Louis Borloo mi-septembre 2004 comme liant d’une sauce médiatique nommée "plan de cohésion sociale". A l’époque, ce principe en apparence généreux [5], qui devait prendre vie sous forme d’un amendement parlementaire express, avait finalement été remisé. S’est-il alors trouvé un ministre de l’Economie pour empêcher sa concrétisation ?? [6] En tous les cas, il avait alors été balayé dans les règles de l’art : on retire l’amendement, et on confie la mission d’un rapport sur le sujet à un ponte quelconque [7]. Ca se passe comme ça.
Les auditeurs de Casepassecommeca n’apprennent rien d’ailleurs sur le fait que tandis que Jean-Louis Borloo brandissait la cohésion sociale à pleins tubes , les députés UMP (ou le gouvernement) détricotaient derrière lui les mesures les plus "sociales" pour ne laisser que les plus "cohésion".
Si bien qu’on pensait le "CV anonyme" perdu corps et biens. Mais voilà qu’il est revenu deux mois plus tard, à la mi-novembre 2004 [8]. Comment expliquer un tel retour en grâce, si ce n’est pour disposer d’une mesure très "vendeuse" pour l’opinion ? Une mesure d’un excellent raport qualité-prix puisque ultra "droitdelhommiste" tout en étant parfaitement inneficiente ! [9] Voilà un bon placement démagogique...
Et à tout hasard, on en rajoute une petite couche, on ne sait jamais : la "Conférence nationale pour l’égalité des chances" vient ainsi de s’ouvrir le 03/02/2005... [10].
[1] Connaissez-vous le "règne du faux" ?
[2] In "Les entreprises sont invitées à recenser leurs minorités ethniques", C. G., Le Figaro, 04/02/2005, p. 9.
[3] Le 21/10/2004, 35 grandes entreprises françaises (AXA, PSA, Accor...) ont signé une "charte de la diversité contre les discriminations".
[4] Un rapport titré : "Des entreprises aux couleurs de la France". Tout un programme !
[5] En apparence seulement, dans la mesure où le "recruté" doit bien un jour ou l’autre se trouver physiquement en face de son "recruteur", et donc en face de la discrimination si discrimination doit s’opérer... Reculer pour mieux sauter en quelque sorte. A ce propos, lire Fabrice Amedo in le Figaro Entreprises du 28/11/2004 : le CV anonyme permettra une meilleure égalité des chances pour l’accès au premier entretien. Mais après ?
[6] A l’époque, il va sans dire que Nicolas Sarkozy était à Bercy...
[7] En l’occurence au président du Haut-Conseil à l’intégration.
[8] La commission des Affaires sociales de l’Assemblée l’a voté le 24/11/2004, comme un amendement au projet de loi de cohésion sociale.
[9] Se référer à la note de bas de page n°5.
[10] La "conférence" en question réunit les partenaires sociaux, qui ont un an pour négocier une politique de lutte contre les discriminations au travail. La base de départ : le rapport Bébéar.