Curieux comme le sujet de la réforme des retraites suscite les passions des Français, au point parfois de faire tomber le locataire de Matignon, au point en tout cas d’effrayer plus d’un politicien.
Toute une génération de moins de trente ans s’étonne pourtant de voir la puissance de "l’obsession des retraites", tant elle a déjà bien intégré à quel point le concept de retraite (par répartition) aura vécu d’ici la fin de sa vie active. Elle cotise par solidarité ou par obligation, mais elle sait bien qu’elle ne verra jamais un retour à sa contribution. Pour l’immense majorité des jeunes arrivant sur le marché du travail, quoi de plus virtuel aujourd’hui que les lignes "retraite" du bulletin de salaire ?
D’ailleurs, même ceux censés être les garants du système par répartition, les employeurs, ne se cachent plus pour en enterrer le financement. Deux articles dans la presse du jour [1] nous éclairent sur le comportement des gestionnaires. Expéditif dans le privé comme dans le public.

Dans le secteur privé, la toute nouvelle Autorité des marchés financiers (AMF) vient de tancer les grandes entreprises françaises, "pour améliorer la transparence sur la nature et l’ampleur de leurs engagements sociaux" explique La Tribune. Les entreprises du CAC 40 ne sont en effet même pas 50% à fournir "une description, même sommaire, des principaux régimes d’avantages post-emploi mis en place" comme imposé par les recommandations du Conseil national de la comptabilité. Et aucune société du CAC 40 ne fournit la totalité des informations obligatoires dans la comptabilité des retraites futures. Quatorze groupes ne livrent quant à eux "aucune information relative aux taux d’actualisation", pourtant cruciaux, a fortiori dans la perspective du passage de l’Europe aux normes comptables IAS.
L’Etat de son côté, vit actuellement une "révolution refondatrice" [2] à travers la réforme de ses normes comptables [3]. Les subtilités de l’application des concepts de la comptabilité d’entreprise sont dérisoirement inadaptés parfois, on ne peut s’empêcher de penser un instant que la privatisation de l’Etat est en marche ! Mais revenons donc à nos retraites des fonctionnaires dans ce système comptable privé [4]. Et bien, elles sont tout simplement passées à la trappe ! [5] Sur la ligne "hors bilan", d’une commodité opportune...
Maintenant que la loi réformant les retraites est passée, il en est qui ne se tiennent plus pour passer à l’étape suivante, le passage au "tout-capitalisation". Ca se passe comme ça...
[1] In La Tribune et Les Echos du 27/01/2004.
[2] Dixit Alain Lambert, secrétaire d’Etat au Budget.
[3] "Concrètement, ces (...) normes s’inspireront, en grande partie, des pratiques comptables des entreprises" comme le prévoit la loi organique relative aux lois de Finances : "une refonte de la fonction comptable autour d’une logique de contrôle des coûts et de comptabilité analytique" nous expliquent Les Echos.
[4] Lui aussi inspiré par les travaux de l’IASB, les fameuses normes IAS, qui s’appliqueront à l’ensemble des sociétés cotées en Europe à partir de 2005, et que la communauté financière attend tel un "big-bang"...
[5] Euh pardon, exprimé par le Comité des normes de comptabilité publique, cela donne : "La question des régimes financés par répartition reste ouverte dans l’attente d’une position internationale".