Ca se passe comme ça

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Juste après avoir officiellement enterré toute idée de Constitution...

Barroso veut balancer à la corbeille les lois qui ne plaisent pas aux lobbies

samedi 24 septembre 2005, par 16 bis


- Le président de la Commission européenne Jose Manuel Barroso demandera le 27 septembre le retrait de 70 projets de directives ou règlements européens, actuellement dans les tuyaux du législateur.
- Au vu des textes qui pourraient disparaître par le seul bon vouloir d’une Commission omnipotente, on ne se demande évidemment plus pour qui ce pouvoir travaille...

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&copy 1991 Gilbert Shelton

Officiellement, l’opération vise à "mieux légiférer". Et comme la justification est un peu courte, il a été précisé qu’il s’agissait de ne plus donner l’impression aux citoyens que l’Europe intervient à tout propos et à mauvais escient dans la vie quotidienne des Européens [1].

La réalité est bien plus prosaïque. Comme M. Barroso est un ultra-libéral outrancier , incapable de voir que la déréglementation menace l’existence même des politiciens et de l’Humanité, et qu’il s’est entouré d’une équipe aux ordres des multinationales, il est clair qu’il n’agit là que dans le seul intérêt de quelques industriels sans scrupules, pour effacer des projets de réglementations gênantes pour les multinationales, le plus souvent héritées de la Commission Prodi.

Ainsi, si on ne sait pas encore quelles seront les directives supprimées, tant le débat suscité par ce projet de grand nettoyage est vif [2], il est possible de se faire une idée des textes dont la mort est programmée, puisque la porte-parole de la Commission, Françoise Le Bail a déjà annoncé que 3 projets de directives devraient être supprimés avec certitude.

Il s’agit de :
- la directive en préparation sur l’étiquetage alimentaire (et qui visait notamment à encadrer les "allégations nutritionnelles" [3] en empêchant les industriels de mentir par omission sur les ingrédients contenus dans nos aliments ou nos produits de beauté [4], ou à les présenter sous des formules floues et vides de sens autre que marketing) [5] ;
- la directive sur la promotion des ventes (qui pareillement que la première visait à réfréner les abus du mass-marketing) ;
- la directive sur l’interdiction de circulation des poids lourds le dimanche (qui visait à harmoniser "par le haut" au niveau européen la circulation des poids lourds le dimanche, c’est à dire à l’interdire dans la plupart des cas) [6].

Par contre, la porte-parole de la Commission a prévenu : ni la directive REACH (sur la réglementation et l’encadrement de l’industrie chimique, déjà vidée de sa substance suite à l’intervention de plusieurs chefs d’Etat dont Jacques Chirac), ni la directive Bolkestein (qui organise la libéralisation des services et le dumping social dans le secteur tertiaire) ne passeront à la corbeille... Les eurocitoyens sont rassurés ! Ca se passe comme ça.

Le travail de sape continue (ajout du 26/10/2005)

Comme cette première atteinte au droit européen est passée plutôt sans heurts auprès d’une opinion publique anesthésiée, Jose Manuel Barroso a compris les potentialités énormes que lui offre actuellement l’état politique délabré de l’Union européenne. A la veille du sommet européen des chefs d’Etat à Londres, le chef de la Commission avance ses pions pour faire tomber les contraintes réglementaires pesant sur l’industrie. En défiant -niant même- au passage sa fonction de politique (qui consiste à légiférer et non à déréglementer).

Ainsi après avoir déclaré mortes-nées près de 70 directives en gestation, la Commission Barroso continue son travail de sape de la loi européenne. Le commissaire européen à l’Industrie a proposé le 25 octobre 2005 "d’abroger, de codifier, de refondre ou de modifier", sous 3 ans, 222 règlements ou directives, déjà en application ceux-là, soit plus de 1.400 textes et 15.000 pages [7].

Justification du commissaire : "réévaluer la pertinence de règles qui, pour certaines d’entre-elles, remontent à 1968". Sans doute une année noire pour le commissaire...

Méthodologie proposée : commencer par l’abrogation pure et simple d’une dizaine de textes de lois "inutiles, insignifiants ou archaïques". Puis enchaîner sur une "codification" (fusion de plusieurs textes sans modification). Puis terminer par une "refonte" (fusion de plusieurs textes avec modifications).

A chaque fois, le commissaire a donné quelques exemples des secteurs qui seront concernés par ce toilettage évidemment politiquement désintéressé. Il s’agira en priorité des "secteurs les plus fortement réglementés, tels que l’automobile, les déchets et la construction". Puis "d’autres secteurs comme l’alimentation, les cosmétiques, les produits pharmaceutiques ou les services suivront prochainement" a-t-il prévenu.

"L’abrogation" concernera en premier lieu les textes relatifs au secteur automobile, la "codification" ceux relatifs au secteur cosmétique et la "refonte" ceux concernant la sécurité et la santé des salariés au travail.

Et personne pour se demander pourquoi ces secteurs, comptant parmi les plus polluants mais aussi les plus rémunérateurs de l’activité économique, sont encadrés de près par la règlementation. Ca se passe comme ça. Si on résume, Barroso veut libérer les industries les plus nuisibles à l’environnement écologique et humain de toute contrainte réglementaire. Et si au passage on peut tuer les ouvriers à la tâche productiviste, ce sera toujours ça de pris...

Il faudrait vraiment que quelqu’un daigne un jour rappeler à cette Commission qu’elle est censée agir pour le bien des citoyens, et non pas pour accélérer leur fin.

Notes

[1] Source : J.D. / Les Echos, 15/09/2005.

[2] Députés et syndicats européens attendent la Commission au tournant. "Ce retrait pur et simple en cours de procédure montre que la Commission dispose de pouvoirs qu’elle ferait mieux d’utiliser pour d’autres textes... comme la directive Bolkestein" a ainsi déclaré Gilles Savary, eurodéputé (PSOE) français. "Je m’étonne que le président Barroso risque ainsi de mettre en péril l’important débat sur le futur de l’Europe sociale. La CES ne participera pas à ce débat si des frappes préventives sont effectuées contre des règlements-clés de l’Union" a de son côté prévenu John Monks, secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats (CES). Cités par J.D. / Les Echos, réf. cit.

[3] A ce propos, sur le site "Destination Santé"  : "Quant aux allégations, surtout lorsqu’elles ont trait à la santé, elles deviennent de plus en plus envahissantes. Certains fabricants ont tenté "de donner un statut d’alicament à leurs produits sous des prétextes souvent non scientifiques. L’Agence française de Sécurité des Aliments encadre désormais cette notion et ne l’autorise que dans un cadre scientifique après expertise". Autant d’informations qui selon Jean-Louis Schlienger, doivent être "plus attrayantes, plus compréhensibles afin de mieux aider les consommateurs à traduire en action les informations nutritionnelles qui leur sont livrées". Mais pour le moment, l’art de lire les étiquettes reste du ressort des spécialistes... en divination !".

[4] A ce propos, lire l’excellent article de "alaroz" sur AgoraVox : "Produits naturels : le marketing nous intoxique !" .

[5] La Commission Barroso se rendra alors coupable, en favorisant la malbouffe, de transformer l’Europe en continent d’obèses, à l’instar des Etats-Unis d’Amérique.

[6] La Commission Barroso compte sans doute niveler cette question par le bas, c’est à dire d’autoriser la circulation le dimanche partout, et de préférence à bas coût !

[7] Source : Les Echos, 26/10/2005.

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1 Message

  • Je découvre cet article avec 1 an de retard, ce qui expliquera peut-être le décalage avec mon commentaire. L’auteur dresse un protrait peu élogieux de M. Barosso, président de la Commission européenne (c’est son droit, bein sûr). Par contre, il explique que 3 projets de directives sont ou seront abandonnées. Je souhaitais réagir sur un projet de directive que je connais bien : celui sur les allégations nutritionnelles et de santé. Ce projet est en bonne voie car en cours de lecture entre le Parlement et la Commission. Pour ceux qui sont intéressés par le suivi de ce projet, cf. le lien suivant : http://ec.europa.eu/prelex/detail_dossier_real.cfm ?CL=fr&DosId=184390

    Voir en ligne : Réaction

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