jeudi 15 janvier 2004, par 16 bis
Dans une tribune publiée dans le quotidien de l’économie , Guillaume Eliet, avocat à la cour, Coudert Frères, titre : "Dénoncer, est-ce éthique ? ".
Comme ils avaient sorti l’arme imparable de la déontologie pour tenter une première fois de prévenir la déclaration de soupçon, les avocats sont rusés, et voilà que Guillaume Eliet invoque l’éthique ! Il compte sans doute utiliser le légendaire esprit français de résistance, de mépris pour les traitres... [1]
En effet, après une explication de l’essence culturelle du problème faisant l’apologie de la conception anglo-saxonne d’une dénonciation "héroïque", l’avocat entame l’habillage des vessies en lanternes. Il y a en réalité plusieurs éthiques ! C’est ça le truc ! Tout dépend de quel point de vue on se place, mais finalement ne pas dénoncer, c’est tout aussi éthique, sinon plus, que de dénoncer ! Rester fidèle à sa boîte qui nous prépare le prochain grand scandale comptable [2], demeurer loyal envers ses collaborateurs et partenaires corrompus, ne serait-ce pas avoir un comportement éthique ? [3] Bien-sûr que si, ça se passe comme ça...
Guillaume Eliet, qui ne parle plus des avocats mais des salariés de l’entreprise lambda [4], signale ses deux bonnes raisons [5] qui pourraient justifier l’injustifiable, la dénonciation.
Mais pas question de dénoncer une bonne petite [6] corruption profitable à l’entreprise ! Le salarié, tenu aux couilles qu’il est par la peur de perdre son emploi, tellement ressassée qu’elle en devient co-substantielle à son être, ne peut décemment pas se permettre de faire "tomber" sa boîte. Impensable pour l’avocat lui-même que d’"offrir aux concurrents de son employeur une occasion inespérée de l’écarter".
De toutes façons, le salarié ne pèse pas grand chose, même avec le pouvoir (l’obligation même) légal de dénoncer. Pour Guillaume Eliet, il a de fortes chances soit de ne pas savoir de quoi il retourne exactement, au risque de se livrer à une calomnie s’il dénonce (et alors, il sera aisé de le "finir" devant la Justice). Soit, effectivement, il se taira, "pour ne pas mettre en péril son emploi" dixit l’avocat, qui précise que la loi française ne prévoit aucune garantie juridique au salarié dénonçant les malversations présumées de son entreprise.
Il y a un sujet qui n’a pas encore été abordé par la presse dans ce dossier (celui de la déclaration de soupçon des avocats ), c’est celui des peines prévues pour les avocats qui passeraient outre l’obligation de déclaration de soupçon [7].
On serait curieux de savoir...
[1] L’avocat parle d’une "aversion naturelle". Et si elle n’existait plus ? Mais ne nous égarons pas...
[2] Qui se traduira en destruction de valeur, d’emplois, de vies, pour l’enrichissement Caïmans de quelques uns...
[3] Euh, pardon, sous la plume de l’avocat, cela donne : "Le respect de la hiérarchie et la solidarité avec l’entreprise, jusque dans ses errements et ses erreurs, ne pourraient-ils pas être salués, eux aussi, comme des valeurs respectables ?".
[4] Le but étant de propager une opinion contre la dénonciation, pas de remuer de façon trop visible le dossier particulier des avocats, déjà sur le fil de l’actualité...
[5] A savoir, la sacro-sainte "vie d’autrui". Et les "intérets de l’entreprise", sacro-saints eux aussi.
[6] Parfois, elles peuvent être beaucoup plus grosses...
[7] Qui malgré leurs doutes, voire leurs certitudes, rédigeraient des actes visant à blanchir des capitaux sales, sans rien dénoncer.