mercredi 15 octobre 2008
Il n’y a pas qu’à Nantes ou à Poitiers, que la France sarkozyste enterre les trésors archéologiques sous le béton. A Angoulême la semaine dernière, le promoteur Vinci, qui a décroché le chantier de réaménagement de l’immeuble Charbonnaud à l’état de friche depuis des lustres, est tombé sur une nécropole, découvrant une bonne quinzaine de sarcophages [1], dont on ignore encore l’âge, mais dont les premières hypothèses laissent supposer qu’ils remontent aux VIIème, IXème ou Xème siècle [2].
Mais plutôt que de signaler immédiatement la découverte, comme cela aurait dû être fait si la loi avait été respectée, Vinci a préféré continuer le chantier, et a commencé à saccager le trésor archéologique, faisant valser les squelettes à coups de pelleteuse. Ca se passe comme ça. Pas un mot au service régional d’archéologie, ces empêcheurs de bétonner en rond. "Réglementairement pourtant, je devrais en être informé" précise Jérôme Primault, responsable de l’archéologie préventive pour le département de la Charente, qui a finalement ordonné l’arrêt du chantier, uniquement sur la partie du site où se trouvent les sarcophages. Une réunion de la DRAC demain (16/10) doit décider si des fouilles doivent être menées.
La question est déjà tranchée pour Jacques de Passemar, directeur régional de Vinci : les ossements, les sarcophages, l’archéologie, c’est pas ça qui va permettre de finir le chantier dans les temps. "Pour moi c’est peanuts. On va faire un plan de repérage pour les archives du lieu. Mais sur place on va continuer le travail" explique l’homme qui reconnaît à peine qu’en brisant les sarcophages, un de ses gars "a fait une connerie en manipulant la pelleteuse" à un endroit où il ne devait pas y avoir de creusement [3]. "On ne travaillera plus sur cette partie-là" promet-il.
A écouter Passemar, on pourrait presque croire que la connerie de son ouvrier est avant tout d’avoir mis à jour ce foutu merdier archéologique plutôt que de l’avoir ensuite détruit. Sa panique en tous les cas ne concerne pas tant la destruction d’un bien commun, d’un trésor archéologique ou d’un élément de notre histoire que le chantier Vinci : "Heureusement, on n’a pas trouvé de tombes au milieu du chantier. Sinon ca aurait été une catastrophe" commente le bétonneur. Pour l’archéologie ou pour Vinci ?
[1] Source : Charente Libre, 15/10/2008.
[2] Selon les spécialistes, il pourrait s’agir d’une nécropole du VIIIe, IXe ou Xe siècle. « Un élément en plomb recueilli sur l’une des tombes brisées devrait permettre aux archéologues de dater plus précisément le cimetière », estime Loïc Guilbot, l’architecte des bâtiments de France. Des sarcophages dans les sous-sols de Charbonnaud ? Tous les historiens angoumoisins sont catégoriques, cela n’a rien d’étonnant. On sait en effet que l’usine de papier à cigarettes a été échafaudée sur les ruines l’abbaye de Saint-Cybard. Un monastère édifié au VIe siècle, remodelé voire reconstruit en totalité au Xe, au XVe et au XVIIe. Or, la tradition est séculaire, les moines et les hommes d’Eglise ont toujours été enterrés à l’intérieur ou à proximité de leur lieu de culte. « On sait aussi que les comtes d’Angoulême, du IXe au XIIe siècle, ont souhaité être inhumés dans ce périmètre, insiste Florent Gaillard, le président de la société archéologique et historique de Charente. L’un d’eux a même été exhumé il y a moins d’un siècle, découvre-t-on dans les livres d’histoire contemporaine : en 1910, on a ainsi retrouvé à deux pas de Charbonnaud, sur le site qui deviendra bien plus tard le CNBDI, les restes de Guillaume IV Taillefer, l’un des plus célèbres comtes d’Angoulême, mort en 1028. « On ne s’en rend pas compte quand on descend l’avenue de Cognac, mais on a sous les pieds d’un gigantesque cimetière », détaille encore l’ABF. Source : Charente Libre, 15/10/2008.
[3] Cité par Charente Libre, réf. cit.