mercredi 29 juin 2005
Parmi les innombrables dépêches sur le cas Sarkozy, celle de dimanche sur le "simplet" qui aurait soi-disant brandi une arme factice en direction du premier flic de France est bien révélatrice de la mainmise de Sarkozy sur les médias [1].
Ainsi toutes les dépêches disponibles sur le web précisent qu’un homme aurait brandi la fausse arme en question, avant de préciser que cette pseudo-information est affirmée par "un collaborateur du ministre" [2], "l’entourage de ce dernier" [3] ou encore "l’entourage du ministre" [4]. Or la source bien informée en question est très vraisemblablement Brice Hortefeux [5], le "porte-flingue" officiel de Nicolas Sarkozy, fidèle parmi les fidèles, en transe devant son mentor depuis 25 ans.
Curieusement, la dépêche AFP [6] reprise par certains journaux [7] n’apparaît quant à elle nulle part via GoogleNews.
Elle ne relate pourtant aucun acte de "pointage" ou de "brandissement" en direction de Sarkozy. Elle ne rapporte que l’arrestation puis la mise en garde à vue "pendant quelques heures" d’un homme "porteur d’une arme factice". Forte de son exactitude (cette dépêche là n’est pas sourcée de l’entourage du ministre), elle précise que l’homme ainsi arrêté est un handicapé considéré comme "simplet", qui a expliqué aux policiers avoir acheté ce jouet aux puces "pour que son chien puisse jouer avec et le ronger". Plus fort encore, la dépêche AFP fait parler la police, laquelle précise : "Il ne savait même pas que M. Sarkozy était à proximité et ne s’en est jamais préoccupé".
Moralité : l’opinion aura vaguement compris qu’un déséquilibré aurait tenté de s’en prendre à Sarkozy (sous-entendu : qui dérange donc). La réalité, c’est que les services de Sarkozy ont arrêté (on se demande au nom de quel motif) un arriéré mental qui avait le malheur de passer par là, pour les besoins du SarkoShow.
[1] Quelques heures plus tôt, l’histoire des "15 caïds" soi-disant remis en liberté par un juge et qui ont fait la "Une" de tous les médias était aussi significative. Dès le jour même sur les ondes et médias de flux, le lendemain sur les médias imprimés, les "15" redevenaient "3", le nombre réel qu’ils avaient toujours été. Seulement, c’est Sarkozy lui-même qui avait évoqué ce chiffre de 15 personnes remises en liberté. En réalité, le dossier d’instruction concernait 15 personnes, mais seulement trois avaient été remises en liberté suite à une erreur de procédure... Les médias semblent désormais prendre pour argent comptant ce que déclare Sarkozy et ses sbires (gênant quand on sait qu’en général il s’agit d’écrire sur des faits concernant le ministre de l’Intérieur lui-même, ou son action...).
[2] Sur NOUVELOBS.COM .
[3] Sur Reuters - 26/06/2005 - 13h41 .
[5] "Lui, dans les articles, c’est "l’entourage"" prévient Le Canard Enchaîné à propos de Hortefeux, in Sarkozy, l’homme (trop) pressé. Les dossiers du Canard Enchaîné, 2003, 82 pages.
[6] Très certainement arrivée plus tard que les autres, car ça demande plus de temps d’aller sur les lieux, de mener une enquête de voisinage et d’interroger les policiers ayant mené l’interpellation, que de recevoir sans bouger de sa rédaction un coup de fil de "l’entourage du ministre". "Tu sais pas ?! On a tiré sur Nicolas !"...
[7] Des journaux datés du 27/06/2005, donc une dépêche du 26/06/2005.