lundi 19 mars 2007
La commisération des professionnels de la publicité et du marketing à l’égard des "pauvres" [1] atteint parfois les limites de la décence.
Ainsi, au détour d’un article sur l’émergence d’un marché de biens alimentaires conçus et produits uniquement pour les "pauvres", le journaliste Michel Taille décrypte la stratégie de Nestlé en Amérique latine [2], avant d’expliquer comment les grandes agences mondiales de marketing se penchent sur ce phénomène pour lequel elles manquent de données (et sans doute d’empathie pour pouvoir le comprendre)...
Ainsi nous explique notre confrère, "l’agence de pub américaine McCann World Group doit envoyer, en mars, une centaine d’agents vivre chez des familles défavorisées de toute l’Amérique latine".
Et de citer Luca Lindner, le "marketeur" responsable de ce programme d’études qui s’émerveille dans le Wall Street Journal à propos des "pauvres" Sud Américains : "Ils ont des bas revenus, mais ils mangent encore, et se lavent, conduisent dans quelques cas".
Ca se passe de commentaires.

[1] Nous plaçons ici le terme pauvres entre guillemets pour bien signifier que la richesse d’une personne ne se limite évidemment pas à l’épaisseur de son portefeuille, loin de là (la présente brève démontre justement le contraire). C’est le même problème que la dichotomie entre les niveaux de développement théorique et réel d’un pays, en fonction que le calcul se base sur la seule croissance de son PIB, ou en intégrant les facteurs de développement humain, social et environnemental...
[2] Source : Ouest-France, 09/03/2007. Citant l’implantation d’une usine Nestlé dans le Nordeste brésilien, l’article résume la stratégie du géant suisse de l’agroalimentaire : "vendre moins cher mais vendre plus de volumes". Et de citer ce douloureux exemple d’un lait que les services marketing refourgueront comme "enrichi en vitamines" car il aura été au préalable, pour des raisons de rentabilité, délesté de ses graisses animales (probablement revendues ou utilisées ailleurs).