Ca se passe comme ça

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Sarkozy continue son patient travail de criminalisation du syndicalisme

lundi 12 décembre 2005

Ils n’auraient pas dû, les futurs chômeurs, outrepasser un tant soi peu la loi dans leur action syndicale... Car désormais, à l’instar de l’opération de répression du détournement du Pascal-Paoli [1], le ministre du Fascisme de l’Intérieur Nicolas Sarkozy a décidé de réprimer sauvagement tout débordement. D’abord c’est très bon pour l’image et l’ego, ensuite ça permet d’habituer la France à la répression du syndicalisme, aux images d’actions syndicales illégales...

C’est ce que les grévistes de la Compagnie française de fonte en coquille (CFFC) [2] de Rochefort (Charente-Maritime) ont pu réaliser ce week-end dans la nuit de vendredi à samedi [3].

Ca avait débuté le vendredi, par une incartade syndicale : voyant la venue de Didier F., le PDG de la maison-mère CF2M, sur le site rochefortais, pour régler une question financière annexe, les salariés grévistes de la CFFC prirent l’initiative l’après-midi de fermer les portes du site, pour empêcher le PDG de repartir sans n’avoir rencontré les salariés qu’il s’apprête à sacrifier en jouant avec ses "effets-levier" appris à l’école...

Juridiquement, le délit de séquestration était constitué. Humainement, l’opération est restée très courtoise et sans menace. Le directeur (local) du site a pu rentrer, lui, tandis que la meilleure cantine ouvrière du secteur mitonnait un bon plat chaud (lapin à la moutarde et ratatouille) au "séquestré".

Pour la préfecture de Charente-Maritime, l’opération était feutrée. Pour des "métallos", les hommes de CFFC restaient très mesurés. Les RG, sur le front, avaient déjà organisé la sortie de crise pour le samedi matin. A l’évidence, cette affaire attendrait quelques heures pour se dénouer sans heurts...

C’était sans compter que Nicolas Sarkozy, qui a repris en main les Renseignements Généraux à partir de 2002, a eu vent, en quasi temps réel, de cette info-susceptible-d’être médiatiquement-payante. Et a aussitôt senti bouillir en lui son désormais légendaire "esprit de rupture".

Ca n’a pas trainé. Vers 2 heures du matin, plus de 4 dizaines de policiers en tenue anti-émeutes, flash-ball, boucliers, béliers, chiens de combat, ont investi l’usine, bloquant les grévistes dans un réfectoire. En chargeant et en sectionnant les grilles, la force publique a extirpé illico le PDG de son sommeil, l’a recouvert d’un blouson et d’un casque moto, avant de l’exfiltrer promptement, via La Rochelle en sécurisé, puis vers Paris... "On aurait dit une charge du GIGN. Personne n’a eu le temps de réagir" dépeint un délégué syndical. L’opération a été imposée par la place Beauvau à la pauvre préfecture n° 17. On ne fait plus dans la conciliation désormais : quand un facho cherche à prendre le pouvoir, les syndicats n’ont qu’à bien se tenir. Ca se passe comme ça.

Notes

[1] En septembre dernier, le GIGN prenait d’assaut le ferry de la SNCM détourné par les grévistes du Syndicat des travailleurs corses, par voie héliportée (5 appareils).

[2] La CFFC est la dernière fonderie française qui fond en coquille, ne fondant plus que 800 tonnes mensuelles. Elle emploie encore à ce jour 162 métallos, mais elle est en crisse depuis 10 ans, en cessation de paiement depuis plusieurs semaines. Un plan de restructuration prévoit la suppression de 76 postes, licenciables de préférence avant Noël... Vite et bien. Les salariés remerciés craignent de pas obtenir grand chose en matière de prime de licenciement, et demandaient donc à leur direction de pouvoir obtenir la création de primes de préjudice moral. La plupart d’entre-eux n’ayant que l’expérience de la fonte en coquille, vont arriver peu outillés sur le marché du travail local (un bassin d’emploi déjà dégradé). C’est dans cette optique de restructuration-modèle (avec un suivi et un accompagnement social digne d’un "Magic" Borloo), que les grévistes ont agi comme ils l’ont fait.

[3] Source : Sud Ouest (Charente-Maritime), 12/12/2005.

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3 Messages de forum

  • Le Sud Ouest (seul quotidien régional présent à Rochefort) du lendemain, daté 13/12, ouvre sa Une sur les suites du conflit social en cours. Comme un fait exprès, l’ouverture de Une se focalise uniquement sur la revendication de la paternité de l’opération policière par le préfet :

    (surtitre) Opération policière à Rochefort
    (titre) L’ordre est venu du préfet Tomasini
    (chapo) Estimant la situation bloquée, le préfet a demandé, lui-même, aux forces de police d’intervenir dans la nuit de vendredi à samedi dans les locaux de la fonderie CFFC. "L’Ordre n’est pas venu de plus haut" a-t-il précisé, hier matin, devant les conseillers généraux.

    Et Sud Ouest de citer le préfet en pages intérieures : "Trente policiers appartenant à la brigade régionale d’intervention, que j’ai créée à mon arrivée à La Rochelle, sont intervenus à ma demande. Ce n’était ni le GIGN ni le RAID. L’ordre n’est pas venu de plus haut. J’ai pris seul cette décision en m’appuyant sur une réquisition signée par le parquet".

    Marrant comment Sud Ouest et le préfet sont en phase. Le quotidien déclamait avec insistance et moult détails exactement l’inverse dans son édition de la veille... Alors de deux choses l’une : soit il s’est monstrueusement vautré la veille et tente de recoller les morceaux pour préserver ses bonnes relations avec la préfecture, soit le préfet de Charente-Maritime a été chargé de produire une petite brouette de règne du faux pour dissiper tout malentendu dans la population... Ca se passe comme ça.

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