lundi 19 mars 2007
Fidèle à sa stratégie de la girouette, qui consiste à saucissonner l’électorat en tranches afin de distiller autant de messages contradictoires, Nicolas Sarkozy donnait, hier dimanche au Zénith de Paris, dans le registre "jeunes, je vous aime".
Passons sur l’amertume que nous inspirent certaines déclarations pleines de certitudes assénées [1], et focalisons nous sur le retour d’une verve à la lexicologie guerrière. En effet, après la "blitzkrieg" à mener à la France, le discours sarkozyste a accouché hier de la promesse d’un "grand plan Marshall de la formation de tous les jeunes de nos quartiers, pour qu’aucun ne soit laissé de côté" [2]. On ne sait ce que cela peut inspirer aux auditeurs de cspcc.com, ni aux "jeunes de nos quartiers", les premiers visés... mais une phraséologie guerrière n’est guère encourageante dans l’ici et le maintenant.
Mais peut-être sommes-nous paranoïaques en anticipant un service du travail obligatoire et des formateurs siglés CRS... Car après tout, ceci n’est sans doute qu’un énième plan de comm’ pré-électorale bien huilé, sans conviction aucune. Car comme le relève Le Figaro himself, l’auteur même du discours annonce la couleur (de l’esbrouffe) : "On a voulu montrer que Sarko a un coeur gros comme ça", a glissé, un brin ironique, Henri Guaino, la plume de Nicolas Sarkozy" [3].
[1] On aimerait par exemple comprendre ce que Nicolas Sarkozy met derrière le terme "petite vie" quand il déclame : "Si vous ne rêvez pas aujourd’hui, vous serez des adultes à la "petite vie". Je ne veux pas que vous la connaissiez". Sa vie à lui ne peut-elle pas être considérée comme l’exemple d’une "petite vie" sans grandeur, ponctuée uniquement d’élans arrivistes, opportunistes, de félonies, de bassesses et de vanités ?
[2] Source : Le Figaro n°19.479, 19/03/2007, page 1.
[3] Source : Le Figaro n°19.479, 19/03/2007, page 7. L’ironie atteint le cynisme quand le discours, écrit par Guaino, déclame dans la bouche de Sarkozy que "Je veux remettre la fraternité au coeur du projet républicain. La fraternité (...) c’est d’être avec les victimes, avec les condamnés quand les conditions de détention sont indignes. (...) Avec le jeune qui a besoin d’une deuxième chance. Avec l’immigré qui veut devenir français". Bref, Sarkozy explique sans ciller qu’il est du côté de tous ceux qu’il réprime sans pitié depuis 5 ans. Le summum de la duplicité, ça se passe comme ça.