lundi 19 septembre 2005
Pas de chance pour le gouvernement dites donc ! Les Français se sont aperçus que la réforme fiscale de de Villepin servait avant tout les intérêts des plus riches ! Ce n’est pourtant pas faute d’avoir matraqué le message que le principal bénéficiaire serait la "classe moyenne", puis en désespoir de cause "tous les contribuables".
La ficelle était bien grosse et a semblé passer pendant deux jours. Mais pas de chance : pour une fois les journalistes ont fait leur travail et ont dénoncé une réforme inique [1]. Si bien que l’inénarrable Jean-François Copé, porte-parole du gouvernement, a été obligé de monter au créneau. [2]
Ainsi a-t-il déclaré [3] : "Il n’y aura dans cette réforme aucun perdant. S’il apparaît qu’il y a une distorsion, nous la corrigerons" [4].
Et d’égréner ensuite une litanie de nouvelles mesures catégorielles édulcorant la réforme, pour tenter d’amadouer l’opinion :
les revenus mobiliers verront leur abattement réduit (de 50 à 40%) et les revenus fonciers leur abattement (14%) supprimé. Au début, la réforme ne supprimait l’abattement (20%) que sur les seuls revenus du travail, ce qui constituait évidemment une mesure favorisant les "riches" puisque par définition ce sont les "pauvres" qui travaillent et les "riches" qui possèdent.
le plafonnement des abattements d’impôt sera non rétroactif, et surtout la liste des niches fiscales concernées sera amendable par les députés ! Concrètement cela veut dire qu’il est l’heure pour les lobbies divers de solliciter leur député favori... [5] Au début, la réforme instituait un plafonnement des abattements d’impôt, ce qui constituait une véritable révolution vers plus d’égalité, puisque cela signifiait l’impossibilité de cumuler trop d’avantages fiscaux catégoriels (et les plus souvent réservés aux "riches").
Un peu plus et Copé allait nous dire qu’il remettait en place les 7 tranches de l’impôt (au lieu de 5 avec la réforme), histoire de rétablir mécaniquement les niveaux précédents d’ISF. Faut pas rêver.
[1] A noter les excellentes analyses de Laurent Mauduit (Le Monde du 10/09 ), de Anne Eveno (La Tribune, 15/09 ) et de Françoise Fressoz (Les Echos du 19/09 ).
[2] Inénarrable parce qu’avec Renaud Dutreil, Jean-François Copé est un de ces "jeunes loups" de droite qui n’a pas compris que les recettes politiciennes à papa ont de moins en moins prise sur les citoyens. Ainsi, il fait son "show" en croyant réellement que les gens prennent ce qu’il dit pour argent comptant, et répétant à qui veut bien l’entendre que son "expérience d’élu de terrain" (du côté de Meaux en Seine-et-Marne) lui permet d’être en prise avec la réalité quotidienne des Français. Persuadé que tout va bien dans le meilleur des mondes, Jean-François Copé imagine déjà son avenir brillant de politique, sans réaliser que les Français lisent sa duplicité comme dans un livre... Disposant semble-t-il d’une réelle sincérité vis-à-vis de leurs convictions ("le marché sauvera le monde"), ces jeunes loups sont d’autant plus pathétiques qu’ils paraissent croire en leurs verbiages comme source d’action... Sans réaliser la défiance qui couve et en se jugeant très utiles à un gouvernement qu’au final ils desservent par tant de candeur. Ainsi par exemple, il suffit d’écouter ce que Jean-François Copé déclare en tant que porte-parole du gouvernement pour connaître les volontés de l’éxecutif (c’est à dire exactement le contraire des déclarations). Le cas de Renaud Dutreil lors de son passage au ministère de la Fonction publique est aussi révélateur : l’homme était tellement peu capable de comprendre la logique des syndicalistes, qu’il a fallu tout le talent d’un Gérard Larcher (alors secrétaire d’Etat) pour mener les négociations de la réforme de l’Etat (en lieu et place du ministre)... Ces "jeunes loups" en réalité, sont comme le renard dans "Le Génie des Alpages" (celui qui se jette sur la brebis après avoir crié "Oh ! Une poule !"), ou encore comme le chien dans "Garfield"...
[3] Les Echos, n° 19501, 19/09/2005.
[4] Voici typiquement une déclaration illustrant notre propos dans la note de bas de page précédente. Dans la même phrase, Copé dit de façon policée une chose et son contraire, grillant le gouvernement d’un semi-aveu : "Il n’y a aucun perdant, mais les perdants seront indemnisés".
[5] Tant qu’on y est, la rédaction de casepassecommeca.com demande aux députés de bien vouloir veiller à préserver le privilège fiscal de ses membres, au titre des "frais d’emploi des journalistes". Merci. ;)