(...) L’ambiance était électrique, ce mercredi 6 juillet, dans le bureau du président de l’UMP, à Paris, rue La Boétie. C’est là, et non Place Beauvau, que Nicolas Sarkozy, le ministre de l’intérieur, avait choisi de recevoir, en compagnie de son directeur de cabinet, Claude Guéant, le président de l’Union syndicale des magistrats (USM, modérée). Dominique Barella était venu avec un autre membre du syndicat, Luc Barbier, juge à Paris.
M. Barbier garde de cet entretien un souvenir "apocalyptique". Ce jour-là, M. Sarkozy a dressé lui-même le constat de son inimitié : "Sarkozy n’aime pas Barella. Et Barella n’aime pas Sarkozy", aurait dit, selon les deux magistrats, le ministre de l’intérieur, avant de convenir : "C’est moi qui ai allumé la mèche." (...)
Les relations entre M. Sarkozy et M. Barella sont tendues depuis longtemps. Début 2004, après l’émission de France 2 "100 minutes pour convaincre" dont le ministre de l’intérieur était l’invité, le responsable syndical lui avait demandé de lui transmettre son dossier établi par les renseignements généraux (RG). Il l’a finalement obtenu après avoir saisi la Commission nationale informatique et libertés (CNIL). Celui-ci contient de nombreuses informations personnelles, évoquant notamment un procès gagné contre le maire de Saintes (Charente-Maritime) pour radiation abusive des listes électorales.
"VOUS NE ME FAITES PAS PEUR !"
La tension entre les deux hommes est montée d’un cran quand M. Sarkozy, le 22 juin, a appelé à faire "payer pour sa faute" un juge, après un meurtre commis par un homme en liberté conditionnelle. Le ministre avait été rappelé à l’ordre par Dominique de Villepin. La rencontre du 6 juillet est intervenue dans ce contexte.
"J’ai voulu partir, raconte M. Barbier. Je suis sorti de là choqué. Le ton du ministre était celui d’un homme qui ne supporte pas que quelqu’un se dresse sur son chemin." Responsabilité des juges, collaboration police-justice : au-delà des thèmes de travail, la conversation a dérapé. A trois reprises, le ministre de l’intérieur aurait lancé à M. Barella : "Vous ne me faites pas peur !"
Le ton est monté quand l’USM a affirmé que les magistrats allaient créer des "observatoires des erreurs policières" pour répondre aux "observatoires des bavures judiciaires" des syndicats de policiers. "Le directeur de cabinet m’a dit : mais vous aussi, vous avez eu affaire à la justice" , en référence au contenu de son dossier des RG, assure M. Barella.
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Voir en ligne : LE MONDE | 18.10.05 | 13h35
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