jeudi 6 juillet 2006
A cspcc.com, on attend toujours avec impatience de voir émerger un homme politique qui aura autre chose que "l’emploi" comme priorité (affichée). Surtout quand on voit le prix payé par la collectivité humaine, à force d’abdications des Etats face aux entreprises, sous l’influence, justement, du chantage à l’emploi.
Ainsi, la Confédération internationale des syndicats libres (CISL) a présenté hier [1] son rapport "Le beurre et l’argent du beurre" [2], qui tente de faire le point sur l’évasion fiscale dans le monde [3]. "A cause des paradis fiscaux, les pays en développement perdent 50 milliards de dollars annuellement" affirme la CISL, qui dénonce en outre la lâcheté de gouvernants toujours enclins à baisser les impôts pour se montrer plus "attractifs" que le voisin. Dans les pays développés par exemple, l’impôt sur les sociétés a baissé entre 30 et 45% ces 20 dernières années. Si bien que la CISL ironise : "A ce rythme là, les taux d’IS atteindront 0% au milieu du siècle" (c’est le principe du paradis fiscal).
Le pire, c’est à quel point les "puissants" (chefs d’entreprise et gouvernants) réussissent à passer leurs réformes au vu et au su du peuple et des travailleurs. C’est l’argument imparable [4] de ce début de brève : "Mais mon pauvre hère, on fait tout ça au nom de l’emploi ! Le sacro-saint emploi". Il en va ainsi pour les zones franches (niche fiscale ciblée géographiquement), qui sont passées de 850 en 1998 à plus de 5.000 en 2004 selon le rapport de la CISL.
Et quand le bon peuple s’interroge, échaudé par les frasques d’un feu-Kenneth Lay, d’un Antoine Zaccharias ou d’un Noël Forgeard, on peut toujours donner le change en renforçant la réglementation. Juste histoire de calmer l’opinion, puisque de toutes façons, il existe tout un arsenal pour contourner toute réglementation : "Les entreprises aussi importantes que Boeing, Halliburton, Morgan Stanley, Pepsi, Citigroup, et Xerox, sont comptabilisées ou disposent d’un grand nombre de filiales dans les paradis fiscaux" rappelle la CISL, qui n’hésite pas à rappeler qu’un tel comportement "aurait donné lieu, pour un citoyen quelconque, à un emprisonnment de plusieurs années".
L’ultracapitalisme. Ca se passe comme ça.
[1] Source : Le Figaro, 06/07/2006.
[2] La CISL a baptisé ainsi son travail car, explique-t-elle, "après tout, c’est grâce aux investissements du gouvernement dans l’infrastructure et l’éducation que ces entreprises ont pu rester compétitives".
[3] Ce terme recouvre diverses techniques d’ingéniérie financière, allant de "l’optimisation" (légale) à "la fraude" (illégale) . En général, plus l’entreprise est grosse, plus elle met en oeuvre une évasion, et plus cette évasion recèle de la fraude.
[4] Le procédé est purement machiavélique : on fait passer la pilule du démembrement de l’Etat (l’espace collectif et de long-terme) au nom de l’emploi du citoyen électeur (l’individu, le court-terme). En cette période d’égoïsme/individualisme forcené, à tous les coups l’on gagne. Mieux encore, on stimule ledit égoïsme/individualisme, permettant d’entretenir le système.