vendredi 1er août 2008
Après avoir planté Alcatel et Lucent avec un mariage au forceps, abreuvé d’une idéologie managériale dépassée ayant coûté des millliers et des milliers d’emplois de simples salariés, Patricia Russo et Serge Tchuruk se font finalement sortir de la direction d’Alcatel-Lucent (non sans bénéficier d’une conséquente prime).
Mais ce qui paraît logique au vu du fiasco de cette fusion ne l’est pas forcément en règle générale : il n’y a que 2,1% de chances qu’un PDG soit débarqué en cas de contre-performance boursière de son groupe, selon l’enquête annuelle du cabinet Booz & Company [1] portant sur les dix dernières années. Cette probabilité ne monte qu’à 5,7% de chances pour les 10% de PDG les plus incompétents.
Alors que la langue de bois habituelle le monde des affaires n’a de cesse de vanter les progrès de la gouvernance ou de dénoncer les renforcements de la réglementation, le turnover des PDG s’inscrit dans une tendance baissière (13,8% en 2007 contre 14,3% en 2006 et 15,4% en 2005) montre l’étude.
"La règle des deux ans [selon laquelle un conseil d’administration congédie le plus souvent un PDG décevant après 24 ou 36 mois] est un mythe" lance Gary L. Neilson, vice-président senior de Booz & Company : en moyenne, un PDG conserve son poste pendant 6 ans.
Et quand il est renvoyé, c’est plus souvent suite à des querelles intestines au sein du conseil d’administration que pour une question de performance : seuls 30,4% de PDG ayant quitté leur poste l’ont fait suite à de mauvais résultats, une faute déontologique ou un désaccord avec le conseil d’administration.
Pendant ce temps, les destructions d’emploi des simples salariés se comptent en dizaines de milliers. Ca se passe comme ça.
[1] Source : Les Echos, 31/07/2008.