mardi 17 janvier 2006
Il avait deserté suite à une blessure à l’ego, un soir de 21 avril. Trop sûr de lui et inconscient encore de son échec, il avait fui la scène piteusement, annonçant son "retrait". Il avait laissé désemparé les militants de son parti, qu’il abandonnait alors à une "fraise des bois" sans aucun charisme, simple gestionnaire à la petite semaine, incapable de la moindre vision d’avenir. Par sa fuite, la France s’était retrouvée dépourvue de parti d’opposition audible, livrée aux assauts d’une vague bleue qui allait, jusqu’à nos jours, bouleverser le visage de la République.
Ce "il" bien sûr, c’est Lionel Jospin. Dont les amis les plus proches sont en train d’organiser le retour secrètement. Plus ou moins secrètement, puisque Le Figaro a relaté une réunion de ces conspirateurs [1], tenue mardi 10 janvier au soir, dans le bureau de Daniel Vaillant, maire du XVIIIe arrondissement parisien et fidèle parmi les fidèles de Jospin.
L’organisation du retour programmé du "déserteur" se ferait soi-disant dans le dos du principal interessé, ce qui paraît bien évidemment cousu de fil blanc. Pis encore, le "clan Jospin" se satisferait grandement de l’émergence médiatique de Ségolène Royal dans la course, pour contrecarrer Fabius et Strauss-Khan, avant de laisser la place au "Yoyo" ! Ainsi, Vaillant "invite en conséquence les amis de Jospin à vanter les qualités de Ségolène Royal, pour faire monter sa candidature qui embête les autres présidentiables, afin que dans trois ou quatre mois, Lionel Jospin puisse faire son retour sur le thème : entre elle et moi, il n’y a pas photo" écrit Le Figaro.
On croit rêver : entre un Jospin qui a fui ses responsabilités laissant tout le monde en plein désert, qui n’a même pas la franchise d’organiser un retour franc, direct et assumé, et une "Zapaterreur" [2] qui a eu le talent d’être la seule femme à remporter une région, celle du Premier ministre d’alors de surcroît... les jospinistes s’imaginent qu’on va plébisciter l’exilé de l’île de Ré tel un messie.
Les Français ont exprimé une vaste sympathie pour Ségolène Royal, qui dispose de larges compétences pour assumer l’investiture suprême . Qui n’a jamais abandonné son mandat en cours de route... S’il osait briser la meilleure chance du parti socialiste (dont il se targue de n’être désormais qu’un "simple militant") pour les élections de 2007, ce macho de Lionel Jospin n’a qu’à continuer à se croire tellement supérieur aux autres. Et aux femmes d’une façon générale. Ca se passe comme ça.
[1] Le Figaro, 13/01/2006, "Opération Jospin contre Ségolène Royal", Myriam Lévy.
[2] Surnom donné à Ségolène Royal par ses collaborateurs du conseil régional Poitou-Charentes. En effet, au moment de son élection à la tête de l’exécutif picto-charentais, Ségolène Royal a d’abord été surnommée la "Zapatera", en référence au précédent succès électoral socialiste en Espagne (auquel Ségolène Royal avait activement affiché son soutien). Mais quelques mois plus tard, parce que Mme Royal est une femme à poigne, et gère son exécutif de façon autoritaire, sans s’en laisser conter par tous ces messieurs, le sobriquet s’est ensuite mué en "Zapaterreur"...