lundi 16 janvier 2006
Voilà hélas un fait divers qui sied parfaitement à notre rubrique "On va vous habituer au fascisme" [1]. Le maire/conseiller général d’Ensisheim (Haut-Rhin), Michel Habig (UMP), vient mercredi 11/01/2006 de faire raser par le feu un camp de roumains illicite qui zonait sur sa commune. Un élu local de la République a pris l’initiative d’ordonner à la hâte, -et on subodore dans une validité juridique plus que douteuse [2]- l’incendie d’un campement de clandestins [3]. Dans la symbolique directe des flammes (Oradour-sur-Glane, etc.)... Dans une région qui fût la seule à demeurer UMP le soir du résultat des dernières élections régionales, et où ces maires UMP ont une pression politique frontiste très concrète aux entournures.
Le Kärcher du maire d’Ensisheim s’est mué en lance-flammes. On imagine que les Roumains sans-papiers (dont on a brûlé des effets personnels au passage [4], non content d’avoir détruit leur lieu de vie) auront une belle histoire à raconter sur l’hospitalité de la France quand ils seront expulsés. De retour au pays, ils pourront toujours se consoler en surfant sur le site web d’Ensisheim , qui présente une "ville d’accueil, de rencontres et d’échanges" [5]. Ca se passe comme ça.
[1] Pour mémoire, le descriptif de la rubrique est : "De ces subtilités "purement techniques" ou "administratives", présentées comme des opérations anodines de défense du droit, mais constituant en réalité autant d’étapes pour habituer peu à peu les esprits au fascisme. Souvent présentées par leurs promoteurs comme "inévitables", "pragmatiques", "de bon sens", voire même "naturelles".
[2] En effet, sauf erreur de notre part, aucune procédure administrative ne prévoit la démolition d’habitats insalubres au moyen des flammes. Sur la façon de procéder, les "idées saines" relatent ceci : "Arrivé sur place à 7 heures, Michel Habig a constaté que le camp était vide. Depuis trois jours, semble-t-il. Dans un premier temps, il a fait demander une benne à une société spécialisée. Mais, « devant l’impossibilité de celle-ci d’intervenir », il a demandé aux services municipaux « de détruire ce bidonville par le feu »." (Source : Le Figaro, 16/01/2006 ). Le journal de Serge Dassault n’a néanmoins pas oublié auparavant de tenter de faire croire à un semblant de régularité juridique : "Une réunion avait eu lieu avant Noël à la mairie, en présence du sous-préfet et des gendarmes. « Il avait été décidé d’un contrôle-évacuation du camp et du nettoyage des lieux, mais j’ignorais quand elle aurait lieu », affirme le maire, en précisant avoir « introduit une demande en référé pour destruction de carcasses » auprès du tribunal, comme convenu lors de la réunion.", description qui montre une réalité toute autre, celle des services de l’Etat -en l’occurence le sous-préfet et la gendarmerie, tous sous les ordres directs du ministre de l’Intérieur- et d’un maire -d’étiquette politique du parti dirigé par le chef de l’UMP- qui s’entendent pour nettoyer le camp. Le maire a demandé une procédure : a-t-il attendu d’avoir la réponse quand il a pris sur lui de cramer les caravanes ?
[3] Ou du moins présumés tels... Et même si tous ne l’étaient pas, peu importe selon le maire incendiaire : "Les contrôles ont montré que certains étaient en situation irrégulière" déclare-t-il, cité par Le Figaro, source cit.
[4] "
L’un des derniers occupants du camp s’est plaint à la gendarmerie que son permis de conduire avait disparu dans l’incendie. Une enquête a été diligentée par le parquet de Colmar. Le procureur de la République annoncera aujourd’hui la suite qu’il compte donner à cette affaire. « Le maire a agi de manière intempestive, en ne veillant pas à préserver les effets personnels des occupants des caravanes », observe un magistrat" ajoute en fin de texte Le Figaro, source cit.
Maire-info, le portail des maires précise la position du maire incendiaire : "« La présence des forces de l’ordre, en permettant l’accès au site, a autorisé la prise immédiate des mesures imposées par les circonstances, la destruction de ce dépotoir », souligne-t-il. Un transport en décharge de ces « épaves de caravanes et carcasses diverses » aurait « nécessité des moyens techniques importants et non disponibles immédiatement. Cela aurait représenté un coût important pour la collectivité », se justifie-t-il, précisant avoir agi « en vertu de ses pouvoirs de police ».
Selon la mairie, la descente des forces de l’ordre de mercredi faisait suite à une décision de justice.", source : maire-info.com .
[5] Relevé par Libération, 16/11/2006 .