lundi 9 avril 2007
Ca se passe comme ça : Ségolène Royal a mené une tellement mauvaise campagne (pleine d’approximation, d’improvisation et d’égocentrisme) qu’une grande part de son électorat compte aujourd’hui se reporter sur François Bayrou, qui réalise de son côté une excellente campagne (pleine de conviction, de bon sens et d’humilité) [1].
Ca se passe comme ça : Nicolas Sarkozy a l’air tellement sincère quand il déclame à répétition de basses envolées fascistes, qu’il est en train de perdre son pari de ramener à lui les électeurs frontistes [2], tout en perdant bon nombre d’électeurs "gaullistes" [3] (y compris dans son propre parti, pourtant largement "caporalisé").
Les sondeurs recueillent actuellement une montée des intentions de vote Bayrou et Le Pen. Mais continuent leurs contorsions pour restituer le consensus qui sied à l’intellingensia : un bon 2e tour de démocratie bipartisane, soit Sarko-Ségo.
Inutile de se demander à qui ils obéissent ! [4] La France se dirigerait-elle vers un 2e tour Bayrou-Le Pen sans s’en rendre compte ?

[1] D’ailleurs, le corps électoral a pu constater la vacuité des critiques des lieutenants de campagne UMP et PS contre François Bayrou, qui, pour une fois unis, n’avaient rien d’autre comme argument à opposer au candidat centriste que "Mais Bayrou, il est quoi ? Il n’est ni à droite, ni à gauche, alors il n’est rien ! Il ne peut pas gouverner, c’est l’immobilisme assuré". Et l’opinion non convaincue semblait répondre à ces dogmatiques de toutes obédiences : "Beh non, Bayrou, pour info, il est centriste, et il propose justement de transcender vos partis malades"...
[2] Pari dont l’échec ou le succès constitue une des grandes inconnues, et en même temps un des grands enjeux, de ce scrutin... Les électeurs enclins à donner leur voix au fascisme vont-ils "préférer l’original à la copie", comme l’espère Le Pen, ou miser sur le "vote fasciste utile" incarné par Nicolas Sarkozy ?
[3] Ce terme étant anachronique, précisons notre pensée : nous voulons dire de "droite" mais pas fachos, genre républicains et éduqués, capables de comprendre autre chose que la démagogie, et qui n’ont pas spécialement peur de l’avenir...
[4] A ce titre, les périodes pré-electorales constituent des moments où il faut décrypter autrement les résultats de sondages. En période non pré-electorale, pour trouver rapidement le biais guidant un sondage, il suffit de regarder qui l’a commandé. Ce n’est en effet alors pas tant l’identité de l’institut de sondage qui importe mais bien le "client" pour qui le sondage a été réalisé. En effet, les sondeurs sont de simples mercenaires, qui s’arrangent toujours pour donner au client (celui qui in fine remplit la gamelle, et la remplira de nouveau si on le traite bien) ce qu’il a envie d’entendre. Mais en période pré-electorale, tout change, les enjeux de façonnage de l’opinion étant démultipliés (les sondeurs cherchent beaucoup plus à "faire le réel", quoiqu’ils s’en défendent). On assiste donc à une inflation du nombre de sondages, mais aussi à un changement radical des biais guidant les résultats... Ces derniers devant alors impérativement servir les intérêts du consensus des "élites parisiennes" (on en revient malgré tout un peu à la même logique qu’en période non pré-electorale car ces "élites parisiennes" sont les clients du moment des sondeurs : à savoir les partis politiques et les médias dominants).