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Les gueux tondus pour financer les élucubrations d’Attali

jeudi 7 février 2008

Le récent emballement de certains, ces deux dernières semaines à propos du rapport Attali, nous a fait un peu sourire à cspcc. Ca a commencé lors d’une visite chez le vétérinaire, qui nous interpelle tant elle est effarée de voir à quel point les préconisations concernant sa profession sont aberrantes et contraires au bon sens : "Nous ne sommes concernés que par une proposition du rapport. Mais si les préconisations touchant aux autres professions sont de cet acabit, on court à la catastrophe" nous lâcha cette praticienne habituellement peu encline à commenter l’actualité. Et puis ça a continué avec les taxis, qui ont réussi à mettre Matignon à genoux après avoir instillé un peu de "chienlit" dans la circulation automobile des grandes villes de France... [1].

Ces réflexes épidermiques, ces corporatismes, qu’ils soient désabusés ou vindicatifs, sont logiques tant il est vrai que la commission Attali a oeuvré d’une façon foncièrement sarkozyste : mise en place d’une commission autoproclamée sommité omnisciente, méconnaissance fondamentale des dossiers, absence totale de concertation avec les "sachants" (professionnels, usagers, etc.) concernés par les réformes, technocratisme aigu des propositions (très beaux sur le papier mais absolument impraticables dans les faits...), etc.

Mais que les personnes se sentant menacées par les propositions Attali se rassurent. Car ces propositions recèlent une autre tare typiquement sarkozienne : pure esbrouffe médiatique, elles ne sont absolument pas financées ! [2] Ou plutôt si, mais sans aucun apport nouveau d’argent public. Comme le montre la note transmise par la commission Attali à la commission des Finances de l’Assemblée (merci Les Echos), sur le financement des propositions, ces dernières se répartissent grosso modo en trois grandes familles : celles qui ne coûtent rien à l’Etat, celles qui coûtent quelque chose à l’Etat-mais-alors-dans-ce-cas-on- s’arrange-pour-ne-pas-bourse-délier [3] et celles qui permettent à l’Etat d’économiser de l’argent (sur son propre fonctionnement). Et là, le sieur Attali est en phase totale avec Nicolas Sarkozy : quand il s’agit de démembrer l’Etat, le technocrate désincarné a bétonné un "plan budgétaire documenté et compatible avec les mesures".

Ce qui est très intéressant dans le détail, c’est la deuxième famille de mesures, sur laquelle Les Echos se sont penchés [4], celles qui nécessitent un redéploiement de crédits. Car le côté cocasse de l’histoire, c’est que bien évidemment, les économies -souvent chiffrées au petit bonheur la chance mais ceci est encore une autre histoire- sont prévues pour se faire sur le dos des plus faibles : les chômeurs, les étudiants les moins riches, les petites entreprises aidées, les offices HLM [5]...

En gros, les gueux sont là pour être saignés pour financer les mirifiques élucubrations géniales du néo-libéral Attali. Ca se passe comme ça.

Notes

[1] Comme quoi les corporatismes sont bien un corollaire du sarkozysme (comme ils le sont du fascisme) : on n’en a jamais vu autant s’exprimer que depuis que Sarkozy gouverne...

[2] Et risquent, du coup, de mettre du temps à éclore... CQFD.

[3] C’est à dire qu’on déshabille Paul pour habiller Pierre (en langage Attali, on dit "redéploiement budgétaire").

[4] Source : "Les pistes d’Attali pour financer ses mesures les plus coûteuses", Les Echos, 01/02/2008.

[5] Evalué à 10 milliards d’euros par an, le coût du « contrat d’évolution » pour les chômeurs serait financé à hauteur de 50% par l’économie sur les allocations liée à un retour à l’emploi plus rapide. Pour les 5 milliards restant, la commission propose de plafonner strictement l’indemnisation des chômeurs : au lieu des quelque 5.000 euros actuels, le plafond serait abaissé à 2.250 euros mensuels après six mois de chômage, puis à 1.125 euros après un an. (...) Pour le solde, « entre 2 à 3 milliards d’euros pourraient être mobilisés » sur les crédits de la formation professionnelle, ce qui représente « 10 % des dépenses annuelles », indique la note. (...) Concernant l’implantation du très haut-débit sur tout le territoire (...) « cette mesure pourra être financée par un redéploiement des aides aux entreprises aujourd’hui distribuées par l’Etat et les collectivités territoriales ». (...) Enfin, concernant les Ecopolis, « le reste à charge devra être intégralement financé par redéploiement budgétaire des fonds consacrés à la politique du logement, ce qui peut a minima dégager 1,5 milliard d’euros », indique la note. Elle propose de revoir l’éligibilité des étudiants aux aides personnelles au logement (APL), pour une économie de 200 à 250 millions d’euros. L’indexation des APL sur l’inflation, déjà votée, doit aussi dégager 220 millions par an. La commission propose aussi « l’activation » des 10 milliards de trésorerie des bailleurs sociaux « par la création d’un mécanisme de taxation positivement corrélé au niveau de trésorerie des bailleurs et négativement corrélé à celui de l’effort de construction ». Quant au 1 % logement des entreprises, il serait budgétisé, « la gestion paritaire et les objectifs qui lui sont assignés laissant à désirer ». Enfin, la commission prône l’application « effective » des surloyers. Source : Les Echos, 01/02/2008, réf. cit.

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