mercredi 7 novembre 2007
Il y a en France, chacun le sait depuis l’odyssée médiatique d’un certain Augustin Legrand [1], un grave problème de logement. Et pas seulement pour les SDF, mais aussi au niveau du nombre de logements disponibles et notamment de logements sociaux.
Dans la même veine que celle-ci, les offices HLM de France subissent les assauts des politiques de "droite" : un des derniers en date vise à "geler" l’étendue de leur patrimoine [2]. En ne construisant pas de nouveaux logements sociaux, pourtant ultra-nécessaires au vu de la demande actuelle...
Nicolas Sarkozy et sa famille politique, dont on sait déjà qu’ils préfèrent souvent payer des amendes plutôt que de construire des logements sociaux sur leur commune, font preuve sur ce dossier, une nouvelle fois, du plus effrayant cynisme d’une part, et du plus effarant des court-termismes d’autre part.
En effet, "La Tribune" [3] rappelait récemment que la loi ENL ’Engagement national pour le logement’ du 13/07/2007 autorise désormais un outil extraordinaire, qui vise le développement de nombre de logements disponibles via un "rabotage" de la pression fiscale pesant sur les propriétaires !
Ca se passe comme ça : l’usufruit locatif social permet à un propriétaire privé de céder l’usufruit d’un logement à un bailleur social qui l’exploite pendant au moins 15 ans. Le propriétaire, qui n’a alors plus besoin de s’occuper de la gestion de son bien, perçoit 50 à 60% des loyers qu’il aurait perçus au prix de marché. Et tant qu’à gâter les propriétaires (électorat naturel de la "droite") jusqu’au bout, autant les exonérer d’ISF et de taxes foncières ! Après les 15 milliards du paquet fiscal et le bouclier fiscal, on n’est plus à une ristourne clientéliste près... La société Perl apprécie, elle qui s’est déjà temporairement délestée de 1.000 logements via l’usufruit locatif social.
Résumons les avantages de ce dispositif, dont on voudrait encore sans doute nous faire croire qu’il s’agit d’un truc "gagnant-gagnant".
Pour l’office HLM : disposer de logements supplémentaires à proposer sans débourser un centime pour les acheter.
Pour le propriétaire : ne plus avoir à s’embêter à gérer son bien (ou ne plus avoir à payer un gestionnaire de biens), baisser (ou faire disparaître) son ISF, ne plus payer de taxes foncières.
Et pendant ce temps, le parc de logements sociaux stagne, aucune mesure concrète n’est prise sur le long terme pour le développer [4]. Bref on ne résout pas le problème, on cache artificiellement la misère, on fait reculer l’Etat (pseudo-privatisation du parc de logements sociaux) et on indemnise les riches en faisant croire qu’ils contribuent à l’effort social... Pas d’action, que de la gesticulation, et la défiscalisation en prime. On commence à avoir l’habitude. Ca se passe comme ça.
[1] Face à l’arme médiatique -arme sarkozienne par excellence- maniée avec verve par AL, le gouvernement a été contraint de promettre une loi, tout en tentant piteusement de s’asseoir sur ses engagements une fois les JT partis...
[2] Avez-vous remarqué ? Quel que soit le sujet et la méthode de la réforme, on retrouve toujours, en arrière-plan, le même objectif dans toutes les réformes de Sarkozy : faire reculer l’Etat.
[3] "Christine Boutin lance l’usufruit locatif pour accroître le parc HLM", La Tribune, 03/10/2007.
[4] Comme le précise La Tribune : "Reste que ce parc social ainsi créé est, par définition, à durée déterminée. Comme l’explique Alain Laurier, cofondateur de Perl, "on travaille sur le flux, plutôt que de constituer un stock de logements sociaux"."