La vidéosurveillance pour cadrer la petite délinquance
Une enveloppe de 200.000 €. C’est la ligne budgétaire que Soyaux a décidé d’attribuer pour la mise en place d’un système de vidéo surveillance sur certains équipements municipaux. Cette commune, de 10.000 habitants, dont la moitié vit dans le seul quartier du Champ-de-Manœuvre, va, dans un premier temps, lancer une étude pour savoir sous quelles conditions elle pourra installer ce système.
Mais 200.000 €, c’est largement suffisant pour investir dans de l’équipement. Premiers bâtiments visés : le gymnase municipal du lycée Jean-Albert-Grégoire, le foyer du centre social, saccagé à plusieurs reprises et qui doit rouvrir dans les prochaines semaines. L’espace Matisse est également concerné, et sans doute certains bâtiments scolaires.
Tous ces équipements ont déjà été l’objet d’effractions, de tentatives d’intrusions voire de dégradations ou d’agressions. « Au gymnase Grégoire, il n’y avait pas un week-end sans que nous constations des intrusions et des dégradations. Nous avons installé des alarmes, sans succès, des vigiles, j’y suis allé moi-même », détaille François Nebout, le maire, passablement agacé par la situation. Un local du Rased (soutien scolaire) a brûlé en octobre dernier. D’autres incidents plus ou moins graves ont été constatés dans d’autres écoles.
A l’automne dernier, François Nebout avait mobilisé tous les acteurs concernés par les problèmes de délinquance, y compris les services de la police.
« Dérive sécuritaire »
Mais entre les deux institutions, on ne parle pas toujours le même langage. Les uns - les policiers - ont besoin de plaintes et de témoins pour enquêter. La ville, elle, enregistre les récriminations, constate les dégradations et doit réparer ou nettoyer avec les conséquences financières que cela implique. « Nous avons tout essayé, il y a eu les politiques de prévention, l’intervention de travailleurs sociaux avec des résultats limités. Là, c’est une autre piste que nous souhaitons explorer », indique le maire.
Il est conscient des réticences qu’une telle initiative peut susciter. Au sein du conseil, elle n’a pas tardé. Bernard Rivalleau (PS), redoute « la dérive sécuritaire et l’atteinte à la vie privée ». Surtout, il estime que « l’on se contente de déplacer le problème » et, qu’à la veille d’élections municipales, « c’est assez démagogique ». En revanche, cet opposant, par ailleurs receveur du bureau de poste de Montbron, est à ce titre habitué à la vidéosurveillance, peut admettre cet équipement à l’intérieur de certains locaux, comme le foyer du centre social, « quand il s’agit de protéger le personnel ».
Si à l’Association des maires de Charente, Marie-France Michaud, sa présidente, reconnaît que ce n’est pas une préoccupation, à la mairie d’Angoulême, on réfléchit au problème, notamment pour le musée des Beaux-Arts, en cours de complète rénovation, ou dans certains quartiers comme celui de Ma Campagne, qui subit des dégradations régulières. Mais cela ne reste qu’une hypothèse. Les parkings souterrains d’Angoulême sont déjà sous surveillance vidéo, de même qu’un équipement comme Nautilis.
A Soyaux, il s’agit de franchir un pas supplémentaire, avec des caméras extérieures. Comme dans la commune de Ludon, 3.000 habitants, à une quinzaine de kilomètres de la banlieue bordelaise. Elle s’y est attelée en 2002. « J’ai été le premier à le faire, raconte Joseph Forter, son maire. A l’époque, les plans Vigipirate avaient été réactivés sur Bordeaux et une certaine délinquance s’est déplacée chez nous. Nous avons huit caméras au centre-ville où sont concentrés beaucoup d’équipements communaux qui étaient régulièrement visités ou dégradés. Depuis l’installation de ces caméras, il n’y a pratiquement plus de problème. »
Il a fait école puisque la communauté de communes à laquelle il appartient a décidé de placer sous vidéosurveillance ses propres équipements, notamment les déchetteries, et vient de créer la première police communautaire.
L’effet dissuasif
A Soyaux, ce ne sont pas les bandes des grandes villes que l’on redoute, ce sont plutôt les actes d’incivilités. François Nebout veut croire dans l’effet dissuasif d’un tel système. Dans le camp sécuritaire, Héloïse Pruche, directrice départementale adjointe de la sécurité publique, reconnaît bien volontiers que ses services sont « très favorables à l’utilisation de vidéosurveillance, par leur effet dissuasif et parce qu’elles peuvent aider les enquêtes ».
Gilles Ayrault, directeur de l’association de prévention spécialisée est évidemment beaucoup plus réservé. « Je ne peux pas m’exprimer sur ce que veut faire Soyaux, mais je me méfie de la société Big Brother vers laquelle on nous entraîne. J’y vois un effet de mode. »
Même chose chez Philippe Vinot, secrétaire départemental du syndicat des enseignants SE-Unsa. Certes, « il condamne les dégradations d’établissements scolaires qui pénalisent les élèves d’une part et les contribuables ». Il préférerait largement une politique de prévention plus soutenue. L’un et l’autre s’interrogent sur l’efficacité, à long terme.
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