jeudi 4 août 2005

Le contrat nouvelle embauche (CNE) qui entre en vigueur aujourd’hui est largement critiqué par les syndicats, qui y voient un outil de renforcement de la flexibilité.
Ce contrat, qui permet à un employeur de licencier un salarié sans justification pendant deux ans, ne devrait pas générer beaucoup d’emplois [1], vu qu’au niveau des "freins à l’embauche", le principal souci des entreprises ne porte pas sur la facilité à licencier mais bien sur les charges sociales jugées trop lourdes. De plus, ce n’est pas parce qu’une entreprise peut licencier plus facilement qu’elle a de facto besoin d’embaucher [2].
Par contre, un des effets les plus négatifs du CNE sera de renforcer le pouvoir des "petits chefs", ces salariés incompétents occupant une fonction de cadre ou de responsable (acquise à l’usure), et qui en abusent au détriment de leurs subordonnés (et in fine au détriment de leur entreprise).
Les "petits chefs", et Dieu sait qu’ils sont légion en France, se sentiront renforcés dans leur pouvoir stérile, par la "précarisation" des personnes embauchées en CNE dans leur service. On peut d’ores et déjà prédire le grand retour des abus d’autorité et autres mains baladeuses... Gare à celui qui déplaît s’il ne se soumet pas au "petit chef", la porte de sortie ne sera plus jamais loin.
La motivation des salariés travailleurs et compétents, sous les ordres de "petits chefs", va durement s’en ressentir... Voilà encore un gouvernement qui n’a pas saisi l’importance de l’aspect psychologique des choses en matière d’emploi. Ca se passe comme ça.

[1] Avantage du CNE pour le gouvernement : son impact sera quasi-impossible à évaluer, puisque les emplois créés en CNE auraient très bien pu l’être malgré tout en CDD ou en CDI. Il y aura forcément un effet d’aubaine de la part des employeurs, qui empêchera tout bilan chiffré fiable des CNE.
[2] Sur ce point, les politiques qui nous gouvernent, obnubilés par l’emploi, feraient bien de rester plus humbles (en évitant les verbiages sur leurs "volontaires" politiques de l’emploi), en reconnaissant qu’ils n’ont pas prise sur la sphère économique, et que ce n’est pas eux qui créent des emplois mais les agents économiques...