lundi 28 novembre 2005
Les mères et les consommateurs en général ont de quoi être rassurés, en ce qui concerne l’affaire du lait pour bébés contaminé par un agent chimique interdit.
En effet, dans cette affaire qui commence à mettre dans la panade l’industrie agroalimentaire dans son ensemble, les investigations apportent chaque jour leur lot (contaminé) de révélations peu susceptibles de redonner confiance en nos assiettes d’homo occidentalis.
Premièrement, on apprend que tous les opérateurs sont susceptibles d’être contaminés, et pas seulement Nestlé. Ainsi, les producteurs de lait pour bébés Milupa et Numico ont également dû annoncer ce week-end que leurs produits étaient contaminés. Numico a même été contraint par les autorités italiennes à retirer du marché 100.000 litres de son lait [1]. Cette généralisation potentielle de la contamination découle du fait que le problème provient de chez Tetra Pak, leader mondial de la brique alimentaire en position archi-dominante [2], qui emballe dans ses briques la plupart des aliments liquides de la planète [3]. Ce qui fait dire au Figaro du jour [4], qu’il "n’est pas exclu que d’autres marques soient obligées de reconnaître qu’elles ont, elles aussi, été touchées par la contamination à l’ITX".
Deuxièmement, on apprend que la contamination durait vraisemblablement depuis une vingtaine d’années ! Rien de moins. Numico explique en effet que "l’emballage cause de la migration d’ITX (isopropylthioxanthone) dans le produit a été utilisé pendant plus de 20 ans par toute l’industrie agroalimentaire et ce, dans une palette très large de produits englobant les aliments pour bébés, les desserts à base de lait, soupes, crèmes, etc." [5]. Voilà un etc. qui n’engage à rien...
Troisièmement, l’attitude des opérateurs a de quoi laisser perplexe sur leur capacité à privilégier la sécurité des consommateurs au détriment de leur image de marque [6]. L’attitude hautaine et méprisante de Peter Brabeck, avant qu’il ne s’excuse , montre le niveau de mépris pour les clients dont peuvent faire parfois preuve les grandes firmes [7]. Le fait que Numico "balance" ses petits camarades [8] est révélateur du malaise d’avoir été pris... Et les grandes marques continuent de fredonner la chanson de leur prétendue capacité accrue de sécurité [9], niant l’évidence (Nestlé est présentement touché, plus grosse marque tu meurs) et prenant le consommateur pour un zozo. On peut donc craindre que les politiques de communication de crise soient encore plus verrouillées à l’avenir en matière de sécurité sanitaire des aliments (surtout en l’absence de toute régulation politique ).
Notre saga du soleil vert a donc de beaux jours devant elle.
[1] Source : Reuters 25/11/2005.
[2] Et donc présent auprès des marques et des non-marques.
[3] Et même solides, depuis que la firme a inventé pour Bonduelle le procédé -encore un concept marketing révolutionnaire- de la brique pouvant être cuite en autoclave, et qui à ce titre, peut contenir des éléments solides...
[4] Source : Le Figaro, n° 19072, 28/11/2005.
[5] Source : Reuters 25/11/2005.
[6] A noter que sur ce point, il semble que le comportement de Tetra Pak soit exemplaire dans la présente affaire. Le géant suédois de l’emballage réagit en effet dans la plus grande transparence et avec un pragmatisme professionnel évident, sans doute inspirés par la culture scandinave de la maison...
[7] Le cas de Nestlé restant malgré tout assez particulier, la société ayant déjà pu montrer le peu d’égards qu’elle accordait à l’avis de ses clients, lorsqu’elle abandonna il y a quelques années sa politique de développement d’ingrédients OGM sous la pression de l’opinion publique. Nestlé avait alors pris acte de l’hostilité des consommateurs, mais sans pouvoir s’empêcher d’ajouter en substance que, selon elle, les consommateurs n’avaient rien compris.
[8] Comme l’avait fait Leclerc dans l’affaire des steacks contaminés...
[9] "Une telle alerte aurait causé la faillite d’une petite marque indépendante. Heureusement au sein d’un grand groupe on peut mettre de gros moyens sur la sécurité" explique, tel un Leclerc , un porte-parole du groupe Besnier, non touché par la présente affaire. Source : Le Figaro, n° 19072, 28/11/2005.