jeudi 6 juillet 2006
Après 6 mois d’application de "sa" réforme [1] de la loi Galland, Renaud Dutreil plastronne [2]. La réforme a atteint les deux objectifs qu’elle s’était fixée, selon lui : "Protéger les PME qui créent des emplois" et "redonner aux consommateurs les bénéfices de la concurrence".
Mais Renaud Dutreil restant Renaud Dutreil (à ce propos ), il ne convainc évidemment personne à part lui. Ni la journaliste qui rend compte de ses autosatisfecits, ni les PME, ni les consommateurs.
Ne fournissant aucun élément concret pour étayer sa première assertion (il évoque un vague baromètre PME "ACNielsen" tout juste créé), il tente de consolider la seconde avec l’indicateur mensuel des prix, réalisé, depuis longtemps lui, par Panel International et publié par le magazine spécialisé Libre Service Actualités. Ce dernier indique que les produits de marque vendus en grande distribution ont vu leurs prix reculer de -0,1% en mai. "Pour la première fois depuis 1997" s’enthousiasme le ministre des PME, évitant de rappeler l’objectif initial de la réforme, que le gouvernement ne manquait pas de matraquer lors des négociations : voir les prix reculer de 5% entre 2004 et fin 2007. Ce qui "n’est manifestement pas à portée de main" rappelle judicieusement La Tribune.
Une qui a ri jaune en voyant Renaud Dutreil ainsi fanfaronner, c’est la CGPME, qui a aussitôt adressé un communiqué à la presse [3], rectifiant tant d’optimisme : "Les services facturés par la grande distribution aux PME ont crû de 3% [depuis les 6 mois où la réforme est applicable] (...) La modification du seuil de revente à perte n’a en aucune façon mis fin aux pratiques antérieures (...) Loin de parvenir à une diminution des marges arrière, [la réforme a généré] un accroissement de la pression financière des distributeurs" déplore la fédération des PME.
Donc si on résume le bilan de cette loi censée protéger les consommateurs et les PME, on obtient :
| -0,1% sur les prix des grandes marques : le consommateur apprécie
| +3% sur les "marges arrière" repassées "devant" : les PME souffrent encore plus
| l’ouverture d’une guerre des prix acharnée entre grandes surfaces, qui sont obligées de cramer un fric monstre dans la bataille [4] : les distributeurs auraient préféré qu’on les laisse tranquilles avec l’ancien système
Quelle efficacité ! Ca se passe comme ça.
[1] En réalité, il s’agit plutôt d’une réforme de Nicolas Sarkozy, qui l’a initiée quand il était à Bercy en affirmant très fort dans les médias à l’époque l’objectif de protection des consommateurs qui était (soi-disant) le sien ("redonner du pouvoir d’achat aux Français"). Puis Sarkozy a mené tambour battant des "négociations" à la hussarde, convoquant les distributeurs, petits fournisseurs et associations de consommateurs dans son bureau. Au moment où les distributeurs refusèrent de jouer le jeu -c’était inévitable-, Sarkozy leur mit alors le couteau sous la gorge, menaçant de balancer en pâture à l’opinion les chaînes de grande distribution qui "ne voulaient pas oeuvrer à la baisse des prix". C’est ainsi qu’il obtint un accord que tout le monde pensait impossible. Mais une fois dégagé de Bercy, et voyant que la réforme ne donnerait pas de résultat probant (comme toute réforme obtenue par la contrainte le plus souvent), Nicolas Sarkozy en a bien évidemment abandonné la "paternité", à un Renaud Dutreil trop content d’exister politiquement avec une loi sur le commerce portant son nom (et de surcroît étiqueté raffarino-villepino-chiraquien). La signature Sarkozy est inimitable, et sa méthode se reconnaît entre toutes (gesticuler, menacer, ne pas suivre les dossiers, dégager sa petite personne quand ça tourne vinaigre).
[2] Source : "Bilan jugé positif pour la loi Dutreil", La Tribune, 05/07/2006.
[3] Source : "La CGPME dénonce le coût de la réforme de la loi Galland", La Tribune, 06/07/2006.
[4] Dépenses évidemment répercutées sur les PME-fournisseurs (ce sont les fameux 3%), et sur les consommateurs, via l’augmentation des produits de marque distributeur...