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La libéralisation fait baisser les prix, c’est bien connu

mardi 30 mai 2006

On se demande où sont passés les apôtres de la concurrence libre et non faussée, qui nous assènent que la libéralisation des services de réseaux est indispensable, et qu’à ce titre le démantèlement/mise en concurrence d’EDF va faire baisser les prix, et patin couffin...

On ne les a en effet pas trop entendus aujourd’hui, lendemain de la publication de l’étude de NUS Consulting sur l’impact de la libéralisation des marchés de l’électricité en Europe.

Que nous dit Nus ? [1] Qu’en 2005, la libéralisation a entraîné des hausses à deux chiffres des tarifs (libéralisés) de l’électricité partout en Europe sauf en Allemagne. Que "le record est détenu par la France qui enregistre une hausse spectaculaire de 48% par rapport à l’année dernière". [2] L’Hexagone, jusqu’ici célèbre pour sa compétitivité des tarifs grâce à son puissant parc nucléaire, se place désormais au 5e rang des pays européens les plus chers, à 86,7 euros le MWh... [3]

Bref, la libéralisation profite toujours au consommateur, c’est bien connu, cause toujours et ça se passe comme ça.

Notes

[1] Source : M.L. / La Tribune, 30/05/2006.

[2] Le tarif régulé quant à lui, a augmenté de +0%... Le tarif libéralisé est désormais à 66% plus cher que le tarif régulé !

[3] Heureusement, la culture française a imposé au politique de garantir un minimum de protection du consommateur-électeur, et un tarif régulé demeure (pour combien de temps ?), cohabitant avec le tarif libéralisé. Les chiffres indiqués dans la présente brève évoquent les tarifs libéralisés, qui s’imposent au client ayant choisi de quitter EDF (une entreprise ayant choisi de passer au tarif libéralisé ne peut retourner au tarif régulé, par essence moins élevé ; il en sera vraisemblablement de même pour les particuliers lorsqu’ils pourront choisir de se faire gruger à partir du 01/07/2007.).

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6 Messages de forum

  • Point de vue - La Tribune - édition du 14/06/06

    Électricité : des écarts de tarifs insupportables

    Par le Comité de liaison des entreprises ayant exercé leur éligibilité au marché libre de l’électricité (Cleee) (*)

    Jusqu’en 2000, la fourniture de l’électricité était en France un monopole d’EDF et des régies locales. Les clients, particuliers et professionnels, étaient facturés en fonction de tarifs publics, dits "tarif bleu", "tarif jaune" ou "tarif vert" selon leur profil de consommation. Ces tarifs publics étaient parmi les plus compétitifs d’Europe, en raison de coûts de production eux-mêmes relativement bas du fait du choix opéré dans notre pays en faveur du nucléaire.

    Pour les entreprises, l’ouverture progressive du marché à la concurrence à partir de 2000 a paradoxalement eu pour conséquence une très forte augmentation des prix, d’autant plus visible que la législation nationale laisse subsister un marché régulé au côté du marché libre. Sensiblement inférieur en moyenne au tarif réglementé en 2000, le prix de marché a dépassé le tarif réglementé fin 2003 jusqu’à atteindre en janvier 2006 plus du double du tarif réglementé applicable (et près du triple du prix de marché de janvier 2000).

    Inégalité. Mais au-delà même de cette inflation, c’est la différence de traitement entre les entreprises qui est choquante : seules les entreprises qui ont exercé leur éligibilité sur la base d’une confiance légitime dans les bénéfices annoncés du marché concurrentiel supportent ces hausses de prix.

    Et encore ne sont-elles pas toutes logées à la même enseigne. Parmi les clients professionnels qui ont choisi d’exercer leur "éligibilité" et qui se trouvent pénalisés par l’évolution haussière des prix, certains, relevant principalement du secteur industriel, se sont organisés en consortium avec l’aval de l’État, et pèsent de tout leur poids de consommateurs "électro-intensifs" pour obtenir des conditions de fourniture de l’électricité plus satisfaisantes.

    Les entreprises du secteur tertiaire ont été moins nombreuses à faire le choix de la dérégulation. Celles qui l’ont fait n’en sont que davantage lésées par les distorsions de concurrence qui résultent des écarts des tarifs réglementés et des prix de marché : ainsi, dans une même ville, deux établissements hôteliers ou deux commerces, de consommation comparable, pourront, à partir de la fin 2006, se voir appliquer un différentiel de prix de l’ordre de 60 %, selon qu’ils auront ou non exercé leur éligibilité. Or, même si l’électricité ne représente pas une part aussi importante de leurs coûts que pour les industriels "électro-intensifs", un tel différentiel peut représenter jusqu’à la totalité de la marge réalisée par ce type d’établissement.

    Une telle situation est d’autant plus insupportable pour les entreprises concernées qu’elles n’ont pas la possibilité, reconnue dans d’autres États européens, de revenir le cas échéant aux tarifs réglementés. Le législateur est en effet venu consacrer en 2005 la règle selon laquelle un client éligible au marché libre, et qui a exercé son droit à l’éligibilité, ne peut revenir sur son choix, même à l’expiration du contrat.

    Sauf à prendre leur parti de la perpétuation de telles distorsions, contraires au bon fonctionnement de l’économie de marché, les pouvoirs publics se trouvent placés devant l’alternative suivante : aménager la règle du non-retour aux tarifs réglementés... ou décider du basculement de l’ensemble des clients éligibles dans le marché dérégulé.

    Mais cette dernière option suppose que le marché libre fonctionne correctement, ce qui est loin d’être le cas actuellement. Selon les propres termes du président de la CRE devant l’Assemblée nationale, "il semble que les grands opérateurs ne soient pas en situation de concurrence réelle" sur ce marché et qu’il existe "d’importants risques d’ententes et de manipulations des prix, d’ailleurs souvent dénoncés". À cet égard, les expériences des entreprises convergent : les réponses aux appels d’offres lancés sont très proches les unes des autres, et ne sont pas améliorées en cas de regroupement des volumes ; les prix de marché sont fixés à partir du coût marginal de production de l’électricité (lui-même dépendant du coût d’approvisionnement en gaz ou en charbon) et ne tiennent donc aucun compte de la production d’origine nucléaire qui représente pourtant plus de 80 % du total de la production en France ; les fournisseurs ne proposent pas de contrats de plus de trois ans, sauf en intégrant des clauses de sortie supprimant toute sécurité pour le client.

    Lobbying. Dans un rapport publié en février dernier, la Commission européenne a dénoncé de tels dysfonctionnements. En attendant qu’il y soit mis fin, ce qui nécessite une plus grande implication des pouvoirs publics français et communautaires, il est essentiel que les entreprises de notre pays se voient reconnaître la possibilité de revenir aux tarifs réglementés, comme c’est par exemple le cas en Espagne et au Portugal. C’est en effet le seul moyen pour elles d’échapper aux distorsions insupportables de concurrence et aux effets potentiellement dévastateurs pour l’emploi que ne manquerait pas de générer à court terme le maintien du statu quo.

    Mais l’abandon de la règle du non-retour aux tarifs réglementés ne saurait constituer une solution durable, et c’est bien entendu la mise en place d’un marché libre fonctionnant de façon transparente et véritablement concurrentielle qui doit être activement recherchée. Tout échec à cet égard compromettrait de surcroît l’ouverture du marché aux consommateurs résidentiels prévue en juillet 2007. C’est tout l’enjeu du débat organisé au Parlement aujourd’hui et demain.


    (*) Le Cleee regroupe des entreprises grandes consommatrices d’électricité dans des domaines aussi divers que la grande distribution (Perifem : pour Auchan, Carrefour, Casino, Cora), la distribution spécialisée (PPR), les télécommunications (TDF, France Télécom) et l’hôtellerie (Accor).

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    • Voici la réponse au Cleee d’un ex-administrateur d’EDF, qui s’était vainement mobilisé à l’époque contre les thèses dérégulatrices... Qui sème l’ultralibéralisme en paie toujours le prix un jour, dit en substance Claude Cambus...


      La Tribune - édition du 28/06/06

      Pan sur le bec !

      Réponse à un point de vue du Cleee dans "La Tribune" du 14 juin 2006.

      C’est l’expression célèbre utilisée par un journal satirique paraissant le mercredi, lorsqu’il a commis une erreur. C’est bien ce qui s’est passé avec les entreprises qui ont demandé à cor et à cri la libéralisation du marché de l’électricité et la mise en concurrence d’EDF, ce monopole souvent décrié pour la rigidité de son offre tarifaire.

      J’étais, dans les années 90, parmi les ingénieurs qui ont essayé d’expliquer que la Commission européenne faisait fausse route, que ce n’est pas la concurrence qui fait baisser les prix d’une énergie fournie en réseau comme l’électricité, mais les options retenues pour les énergies primaires (le nucléaire), les gains d’échelle résultant de l’intégration des systèmes de production, de transport et de distribution, et enfin l’optimisation des tarifs par le calcul économique à long terme.

      Certaines entreprises ont cru gagner sur les prix avec l’apparition d’un marché (d’une Bourse !) de l’électricité, l’invention de produits financiers farfelus comme les ventes "spot" qui sont une aberration pour un produit non stockable soumis à l’impérieuse nécessité d’équilibrer à chaque instant l’offre et la demande.

      Maintenant, ces entreprises, membres du Cleee (Comité de liaison des entreprises ayant exercé leur éligibilité au marché libre de l’électricité), se plaignent d’avoir fait un choix perdant et irréversible. Elles se voyaient jouer au casino de l’électricité ; elles ont perdu à la roulette russe ! Si elles étaient cohérentes et responsables, non seulement elles reconnaîtraient s’être trompées, mais elles demanderaient en outre à la France de ne pas commettre la même erreur pour les clients particuliers dont le marché devrait lui aussi être ouvert à la concurrence en 2007.

      Je gage que leurs patrons échaudés, à titre personnel pour leur habitation, ne demanderont pas à quitter le tarif régulé ! Ils peuvent au moins se consoler en se disant qu’ils sont de très bons Européens puisqu’ils ont accepté de partager la "rente nucléaire" française avec tous les pays d’Europe qui refusent le nucléaire chez eux ! Ils payent plus cher leur électricité en France pour que les antinucléaires européens payent la leur moins cher. Bravo !

      Claude Cambus, ingénieur, administrateur d’EDF de 1984 à 1994

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      • L’instrumentalisation de l’étude NUS est bien pratique.

        Non, les prix du marché libre n’ont pas augmenté de 66 % pour les petits clients professionnels. Voyez les offres dédiées à cette clientèle : les prix sont inférieurs aux tarifs.

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        • Bonjour, cher contempteur de la déréglementation...

          Et pendant ce temps, la marmotte, elle plie le papier d’alu autour du chocolat...

           ;)

          Expliquez-nous donc alors pourquoi le gouvernement (à "droite" aux dernières nouvelles) se voit contraint de préparer une compensation pour les entreprises lésées par la déréglementation du marché de l’électricité...

          cordialement,

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          • Les grands comptes ne récoltent que ce qu’ils ont semé... 22 janvier 2007 23:06, par Fred, simple agent EDF...

            Bonsoir, Effectivement, depuis le 10 janvier 2007, les entreprises peuvent bénéficier d’un tarif intermédiare : le TARTAM. Il est écrété à +20% par rapport au tarif régulé et permet ainsi de contenir la hausse du tarif dérégulé... Toutes les entreprises ayant souscrites un contrat unique (nouvelle offre) peut demander le passage à son nouveau fournisseur.

            Il est à noter que la facture de la différence (disons entre le +20 et +66%) est au nom des producteurs, alias EDF production et CNR (les centrales le long du Rhones). Bref, EDF paye les autres fournisseurs pour compenser leur manque à gagner. Trouvez ça normal vous ? Que des privés touchent de l’argent d’un société encore à 70% publique... ?

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