mardi 11 septembre 2007
La "jurisprudence Juppé", ayant contraint Alain Juppé à quitter son poste de ministre de l’Ecologie, du Développement et de l’Aménagement du territoire suite à sa défaite aux législatives, instaurée tel un fait du prince par Nicolas Sarkozy et son valet François Fillon [1], ne s’appliquera pas aux ministres sarkozystes qui se présenteraient aux municipales de 2008 et qui perdraient.
C’est ce que nous apprend Le Figaro du jour [2] en évoquant les velléités de Brice Hortefeux, porte-flingue de l’Empereur depuis toujours et ministre de l’Immigration, de Laurent Wauquiez, secrétaire d’Etat porte-parole du gouvernement, de Roger Karoutchi, secrétaire d’Etat des Relations avec le Parlement et de Luc Châtel, secrétaire d’Etat à la Consommation et au Tourisme. Ces quatre sarkozystes patentés se tâtent donc pour se présenter en 2008 dans des villes -c’est tout à leur honneur- qu’ils ne sont vraiment pas sûrs de remporter. S’ils ne voient aucun problème à cumuler un mandat de maire avec un mandat de ministre, ils seraient par contre contrariés qu’on leur impose de quitter le gouvernement en cas de défaite municipale. Comme on l’imposa, donc, à Alain Juppé aux législatives...
François Fillon a tenu d’emblée à les rassurer, leur précisant qu’ils ne seraient pas obligés de quitter leur fonction ministérielle en pareil cas, relate Le Figaro [3].
Bref, le principe ayant permis de virer Juppé du gouvernement sans avoir l’air d’y toucher, serait déjà périmé 3 mois plus tard [4]. Après la concomitance de certaines déclarations de Michèle Alliot-Marie (demandant des peines plus sévères pour les bandes de délinquants qui se mettent sur la gueule à coups de hachoir dans les rues de Paris) et de Rachida Dati (annonçant qu’elle va mettre en oeuvre une vaste dépénalisation du droit des affaires), l’Elysée et Matignon nous montrent une fois encore que désormais il y a deux types de citoyens, inégaux devant les lois : les bons (les patrons corrompus par exemple) et les méchants (les voleurs de pommes par exemple). Et que dans le champ politique, cette dichotomie s’exprime ainsi : les féaux sarkozystes ayant juré fidélité à l’Empereur dans un panier, et les autres dans un autre.
Le retour vers la féodalité politique s’est accéléré en France depuis le 6 mai. Ca se passe comme ça.
[1] Enrobé de faux sous l’angle "Il subit un désaveau des urnes, donc il n’a plus de légitimité pour rester au gouvernement".
[2] Le Figaro n°19.629, 11/09/2007, page 8.
[3] Le quotidien précise que malgré ces assurances de Fillon, les intéressés préfèrent attendre néanmoins une "position claire et nette" du président de la République, une saine prudence qui révèle au grand jour à quel point gouvernement et UMP sont caporalisés...
[4] Ca tombe bien, après 3 mois, l’opinion a sûrement déjà oublié. Et puis Google News ne remonte qu’un mois en arrière alors...