jeudi 6 juillet 2006
Qu’ils sont amusants ces Français, à croire de plus en plus aux vertus des placements boursiers au moment même où la finance mondiale est sur le point d’exploser en plein vol [1], et que tous les boursicoteurs aguerris (pas que Noël Forgeard) prennent leurs bénéfices, et dégagent de là avant que tout ne pète, en un choc systémique désormais pronostiqué par tous les analystes...
C’est ce que montre le dernier baromètre TNS-Sofres réalisé pour "La Banque Postale" [2] et "Les Echos" [3] : 26% des Français estiment ainsi "qu’il s’agit d’un bon moment pour investir en Bourse". Ce n’est certes pas la majorité, mais cela représente malgré tout +9 points par rapport à juin 2005 ! Et à l’heure ou même les spéculateurs les plus cyniques y regardent à deux fois avant de risquer de tout perdre au premier missile nord-coréen [4] qui passe, les Français eux, font de plus en plus confiance aux marchés : ils ne sont plus que 33% à être indécis pour boursicoter (contre 45% en juin 2005), et 81% à estimer qu’un placement en actions est risqué, contre 87% un an plus tôt... [5]
On ne sait si cela est dû aux effets du patriotisme économique , aux charmes de la banquière ou à une lecture trop intensive de "L’Equipe", mais quand la confiance confine à l’aveuglement, ça se passe comme ça.
[1] Pardon, en langage d’analyste, cela donne "alors que l’on s’attend à tout moment à une correction abrupte des marchés, dans un contexte d’incertitudes persistantes sur la situtation géostratégique mondiale".
[2] C’est une bonne nouvelle pour la Banque Postale, qui va pouvoir continuer à vendre n’importe quoi à n’importe qui . Elle devra néanmoins rester prudente, elle qui croyait en avoir fini avec le dossier "Bénéfic" (sur sa responsabilité en cas de "refourgage" de placements hasardeux), qui a rebondi le 10/03 dernier avec sa condamnation à indemniser 17 épargnants lésés. Condamnation dont elle a fait appel...
[3] Source : "Les Français n’ont pas pris la mesure de la correction boursière", Les Echos, 06/07/2006.
[4] Au choix, vous pouvez remplacer par "attentat sanglant à Bagdad", "missile à tête nucléaire sur l’Iran" ou encore "embrasement généralisé du proche-orient"...
[5] A noter que les Français sont également de plus en plus nombreux (37% épargnant spécifiquement à cette fin, contre 30% en février) à préparer financièrement leur retraite (le fait qu’elle soit virtuelle ne semble pas les inquiéter), principalement (62%) via une assurance-vie. Là encore, la confiance dans un système financier à l’agonie est touchante, tant cette épargne risque bien de disparaître d’un coup d’un seul le jour du krach...