mercredi 5 avril 2006
La reprise en main du dossier CPE par Nicolas Sarkozy "en tant que chef de l’UMP" (précision des médias officiels) est révélateur de la tactique "perso" du chef du parti majoritaire, bien connu depuis des lustres pour être un félon [1].
Ainsi s’il a soutenu le Premier ministre sur le CPE (sans réserve face à lui, du bout des lèvres face à l’opinion), Nicolas Sarkozy s’est très vite départi de Dominique de Villepin, pour cultiver une image d’homme de dialogue (comme si les Français allaient oublier si vite... ). De bonne guerre diront certains, face à celui qui est le principal rival de sa famille politique pour l’élection présidentielle de 2007.
Seulement, il semble que l’appareil UMP ait aussi suivi la consigne "isoler Villepin d’abord, soutenir Sarkozy ensuite". Dans les régions, en effet, les députés UMP sarkozystes en font désormais des tonnes pour appeler au dialogue avec les étudiants et les anti-CPE. Et que faisaient-ils avant, tant que Villepin était en première ligne ? Ils restaient silencieux, se contentant de faire protéger leurs permanences des assauts manifestants par des cordons policiers...
Ce petit manège de l’UMP a bien évidemment été remarqué par les villepinistes. Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy se sont même salement accrochés à ce sujet hier matin à Matignon. "Nous sommes gaullistes, la Ve République, ce n’est pas le régime des partis" a fulminé Jean-Louis Debré [2], qui visiblement, ne lit pas cspcc.com . Tandis que le très villepiniste député de l’Hérault, Jean-Pierre Grand, déclarait l’après-midi [3] : "Est-ce que le Premier ministre doit continuer si tous les gens qui sont censé l’aider, à commencer par les responsables de l’UMP, lui tirent dans les pattes, si dans son propre camp, il y a des coupeurs de jarrets au plus haut niveau de l’UMP ?". Et de suggérer la création d’un parti villepiniste !
On se demande comment ces villepinistes n’ont pas saisi plus tôt l’évidence : spécialiste du détournement de mandats, Sarkozy ne roule pas pour le gouvernement, pour la "droite", pour des idées, pour l’UMP ou autre... Ni même pour la Nation, mais pour lui. Et pour lui seul. Ca se passe comme ça.
[1] Depuis qu’il a raflé en 1983 la mairie de Neuilly-sur-Seine à Charles Pasqua dans son dos (alors que celui-ci était hospitalisé), ou encore en choisissant en 1995 le camp balladurien contre Jacques Chirac...
[2] Source : Le Figaro n°19182, 05/04/2006.
[3] Source : France-Info, 04/04/2006, tranche 14-16.