Ca se passe comme ça

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En 3 mois, 15 fois plus de missiles israéliens sur Gaza que de "Qassam" sur Israël

samedi 1er juillet 2006

Une fois de plus, Israël a décidé de noyer la bande de Gaza sous les bombes, au lendemain de la reconnaissance implicite de l’Etat d’Israël par le Hamas.

Une telle reconnaissance gênait en effet considérablement l’Etat hébreu, resté fidèle à la stratégie sharonienne de fabrication/stimulation de l’extrémisme palestinien (afin de ne donner aucune chance à une solution de paix négociée ). La normalisation en cours du Hamas [1], qui avait eu l’outrecuidance quelques mois plus tôt de devenir un parti de gouvernement par la voie démocratique, commençait donc à devenir encombrante pour Tel-Aviv, qui a jugé utile de mettre les moyens nécessaires à un retour "pour longtemps" des violences, en frappant indistinctement les Palestiniens, civils, politiciens et activistes.

Et comme Israël refuse toujours d’assumer, aux yeux d’opinions publiques de moins en moins dupes, sa violence naturelle, le gouvernement Olmert, et tous les sionistes du monde, accompagnent l’offensive militaire par une offensive médiatique, comme toujours en pareil cas . C’est ainsi qu’Israël a sorti de son chapeau l’argument officiel mais fallacieux [2] du tankiste enlevé. Et comme l’argument n’a pas tenu bien longtemps, notamment face à la notion de "proportionnalité" de la réponse militaire, les communicants israéliens ont très vite été contraints d’étendre leur alibi : ce fût l’argument des tirs réguliers sur Israël de roquettes "Qassam" depuis la bande de Gaza.

Pour sûr, le tir de longue date de roquettes palestiniennes qui frappent indistinctement des villes israéliennes (et donc potentiellement des civils) devrait plus porter dans l’opinion que l’enlèvement par un groupe palestinien inconnu et incontrôlé d’un seul élément israélien, militaire de surcroît.

Pour autant, il est nécessaire de rappeler l’impact de ces roquettes artisanales [3] palestiniennes. Ce que fait Le Figaro [4], dans un grand reportage rappelant que l’impact des "Qassam" demeure largement psychologique, et leur bilan symbolique [5], avec 5 civils tués en six ans (depuis septembre 2000). De la même façon, le nombre de "Qassam" tirées depuis la bande de Gaza est plus de 15 fois inférieur à celui des missiles de l’autre camp tiré sur le territoire. Selon le décompte officiel de l’ONU, les Palestiniens ont tiré ces 3 derniers mois 479 roquettes artisanales depuis la bande de Gaza vers Israël, alors que sur la même période, Israël a tiré 7.599 obus d’artillerie sur Gaza... [6]

La "proportionnalité" invoquée par Israël dans sa stratégie de "légitime défense" ne doit donc leurrer personne. Ca se passe comme ça.

Notes

[1] Reconnaissance de l’Etat d’Israël, accord de gouvernement avec le Fatah...

[2] Aaahhh... Règne du faux , quand tu nous tiens...

[3] Loin d’égaler l’efficacité technologique des systèmes d’armes israéliens , les "Qassam" sont fabriquées clandestinement à la main avec les moyens du bord. "Avant le retrait, nous étions obligés de fabriquer des explosifs artisanaux avec de l’engrais ou du charbon ou en tirant de l’acide nitrique du crottin de cheval et du nitrate de potassium des déchets de mouton. Maintenant, il est plus facile d’importer des explosifs à travers nos tunnels situés le long de la frontière avec l’Egypte" explique un activiste palestinien, cité par Le Figaro, réf. cit. ci-dessous.

[4] Source : "L’impact psychologique des roquettes palestiniennes", P. S.-P., Le Figaro, 26/06/2006.

[5] S’il est rapporté au nombre de civils palestiniens tués sur la même période...

[6] Source : "Des Palestiniens attaquent un poste militaire israélien", P. S.-P., Le Figaro, 26/06/2006.

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2 Messages de forum

  • La logique du pire est en marche

    1er juillet 2006 12:42

    Au bout de la première semaine de l’opération « Pluie d’été », une sorte de routine s’est installée.

    (...)

    Cependant, au-delà de la libération du caporal Shalit, la perspective de mettre à bas le Hamas offre une possibilité trop tentante : « Si le caporal Gilad Shalit est assassiné par ses ravisseurs, ce sera la fin du gouvernement du Hamas », a averti un haut responsable militaire. « Israël a une occasion unique d’en finir avec le Hamas. C’est pourquoi l’objectif d’Israël n’est pas seulement de libérer Gilad Shalit, mais d’éradiquer le gouvernement du Hamas », avance le quotidien Yédiot Aharonot.

    (...)

    D’ores et déjà, les craintes d’aventurisme se font jour dans l’opinion israélienne. Car, après l’effondrement du Hamas, c’est l’Autorité palestinienne du président Mahmoud Abbas qui pourrait s’écrouler (...) Du coup, le quotidien Haaretz accuse le gouvernement d’avoir « perdu la raison » et de s’être fourvoyé « dans une escalade militaire dénuée de toute logique ».

    (...) l’opinion publique, à en croire un sondage de Yédiot Aharonot de vendredi, est moins va-t-en-guerre : 53 % sont en faveur de négociations avec le Hamas (contre 43 % pour l’option militaire) et 58 % (contre 35 %) accepteraient un échange de prisonniers. Comme disait Ariel Sharon, « parfois, le sang-froid est aussi une arme ».

    Si le sort du gouvernement Hamas est en jeu, la politique d’Olmert ne l’est pas moins. La grave crise de Gaza risque de mettre fin à son programme de « regroupement » des colons en Cisjordanie. Or c’est le fer de lance de la politique pour laquelle il a été élu.

    Jean-Luc ALLOUCHE - Libération : samedi 01 juillet 2006

    Voir en ligne : Shalit, un prétexte pour briser le Hamas

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  • L’escalade engagée par Israël à Gaza après l’enlèvement du tankiste Gilad Shalit est spectaculaire, excessive et contre-productive. Elle est d’autant plus dangereuse que le monde entier assiste passivement au nouveau drame qui est en train de se nouer au Proche-Orient.

    Capturer un tiers des membres d’un gouvernement et des dizaines de députés désignés par les urnes est un acte dont il est difficile de trouver un précédent de la part d’un État démocratique. Il est douteux que cela serve l’objectif affiché de l’opération « Pluie d’été », à savoir la libération du tankiste enlevé dimanche.

    (...)

    Tout indique que le gouvernent israélien poursuit d’autres buts que celui de sauver le soldat Shalit. La capture des ministres et des élus du Hamas révèle de façon un peu trop criante ses réelles intentions. En finir avec ce gouvernement d’islamistes serait un objectif que l’on pourrait comprendre s’il favorisait une solution de remplacement, à savoir la consolidation d’un pouvoir laïc et modéré, prêt à négocier sous la conduite du président Mahmoud Abbas. Il se trouve que la finalité réelle de l’opération militaire en cours semble plutôt être d’amener l’effondrement de l’Autorité palestinienne en tant que telle.

    (...)

    On le voit déjà. L’entrée des chars à Gaza et la capture d’un tiers du gouvernement ne font que renforcer le Hamas. Parmi les islamistes, ceux qui prêchent la modération sont durablement condamnés au silence. Le chaos et l’anarchie que l’on prépare ne peuvent servir les intérêts de l’État hébreu.

    (...)

    ***** Pierre Rousselin - Le Figaro : 30 juin 2006

    Voir en ligne : Le mauvais calcul d’Ehoud Olmert

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