mardi 18 octobre 2005
Comme pour la réforme de l’Education nationale, le gouvernement a voulu se draper d’une légitimité renforcée dans le dossier du réacteur nucléaire à eau pressurisée (EPR), qu’il a projeté de construire à Flamanville (Manche).
Hélas, cela risque de prendre le même chemin que le grand débat sur l’école, qui avait permis de faire participer les citoyens à la réflexion quelques mois durant, afin de cautionner une réforme Fillon qui n’avait finalement rien retenu du débat en question.
La commission nationale du débat public (CNDP) vient en effet d’annuler hier la toute première réunion du débat , qui était prévue demain à Cherbourg. Sans explication officielle... Mais nombre d’observateurs estiment que cela a à voir avec le débat en cours sur le nucléaire plus globalement, et la protestation d’anti-nucléaires concernant le classement, à l’été 2003 [1], en secret-défense de toute information relative au transport et au stockage de déchets nucléaires. Un tel classement engendre un censure préalable du débat par la CNDP [2], qui craint d’être accusée de recel de secret-défense.
A Casepassecommca, on n’est pas forcément anti-nucléaire, mais ce qui chagrine ici, c’est que la démarche du débat-public-citoyen-transparent-démocratique-et-participatif dont en réalité aucun décideur ne tiendra compte par la suite, participe au règne du faux . Il est pathétique de voir des politiciens croire que de telles ficelles fonctionnent encore, et que les citoyens sont dupes.
L’implantation de l’EPR à Flamanville est déjà actée au sommet de toutes façons [3], le débat public peut bien commencer en retard. Ca se passe comme ça.
[1] Ce classement intervenait en urgence à la suite de photographies prises par un militant du réseau "Sortir du nucléaire", montrant un transport de déchets nucléaires très peu sécurisé, en gare de Bordeaux-St-Jean... Du jour au lendemain, il privait citoyens, journalistes et militants de toute information fiable et indépendante d’EDF et de l’Etat.
[2] "A la demande du haut fonctionnaire de défense du ministère de l’Industrie, la CNDP a décidé, le 13 septembre dernier, de supprimer "six lignes de la contribution" de l’association" écrit la Nouvelle République, datée 18/10/2005. Utile précision : on voit donc ici que la CNDP, présentée comme une "autorité administrative indépendante" sur le site de Matignon , obéit en réalité directement au gouvernement. On s’en doutait un peu remarquez...
[3] EDF a fait l’annonce publique le 21/10/2004, que l’EPR sera implanté à Flamanville au détriment des sites de Penly (Seine-Maritime) et Tricastin (Drôme).