vendredi 15 octobre 2004
Ca se passe comme ça. Maintenant que la privatisation d’EDF est sur les rails, on peut reconnaître le vrai poids de sa dette. Le moment était opportun.
La Commission Roulet examine depuis 3 jours les comptes de l’électricien public [1]. Plusieurs membres de la commission ont été "abasourdis" nous apprennent Les Echos [2], révélant que la dette réelle d’EDF s’évalue à 41 milliards d’euros, au lieu des 24,35 milliards officiels des livres de comptes [3].
La dette réelle serait nichée au sein même d’EDF pour 24 milliards, et saupoudrée dans les filiales pour 17 milliards (alors qu’on s’attendait à "seulement" 12 milliards). Le tour de passe-passe est tout à fait lisse, légalement neutre : c’est ce qu’on appelle la case "hors-bilan" [4], celle du "règne du faux ".
En ce royaume, la conclusion revient à l’agence Fitch [5] : "Le maintien de la note d’EDF dans la catégorie AA- dépend de sa capacité à garder ses ratios d’endettement à un niveau proche de celui de fin 2003. Cette condition paraît deplus en plus difficile à remplir sans un substantiel apport de capitaux".
Vous savez ce qu’il reste à faire : vendre EDF. Ca se passe comme ça.
[1] Lequel électricien est par ailleurs en train de se débarrasser de la douloureuse question du financement des retraites des industries électriques et gazières (IEG) françaises. Après un vigoureux bras de fer CNAV/Gouvernement (durant lequel la Caisse nationale d’assurance-vieillesse s’est montrée particulièrement vaillante et résistante face au politique), EDF va verser une soulte de 7,7 milliards d’euros. La CNAV estimait le coût réel de la prise en charge des retraites des IEG à 9,5 milliards, le gouvernement ne voulait au début lacher que 6,9 milliards...
[2] Les Echos, n° 19266, 15/10/2005.
[3] A noter que Pierre Gadonneix, ex-président de GDF désormais à la tête d’EDF par la volonté de Jean-Pierre Raffarin contre tous (Chirac, Sarkozy, le PS) refuse, bien évidemment, d’assumer la moindre responsabilité sur ces engagements hors-bilan de l’époque de François Roussely.
[4] Mais si, souvenez-vous, c’est le "véhicule" actuellement utilisé par l’Etat pour transporter les retraites du secteur public .
[5] L’agence de notation Fitch s’inquiète sur les "engagements de retraite, le coût de démantèlement des installations nucléaires et l’existence des options de vente".