Ca se passe comme ça

> Abonnez-vous, désabonnez-vous de notre liste de discussion <
Accueil du site > Ca se passe comme ça > EDF : c’était donc pour ça le patriotisme économique !

EDF : c’était donc pour ça le patriotisme économique !

mardi 22 novembre 2005

Bon nombre d’observateurs n’avaient pas bien compris le sens de "l’affaire Danone" : il y a quelques mois, une rumeur d’OPA sur notre fleuron national de l’eau, du yaourt et des biscuits, dont tous les analystes économiques savaient pourtant depuis des années qu’il était parfaitement "opéisable", à la merci du premier raider étranger venu.

Mais là, le prédateur était une incarnation parfaite du méchant yankee en l’espèce Pepsi-Cola. Sans qu’on sache trop de quel tube elle était sortie [1], la mayonnaise monta sous l’effet du fouet médiatique, réveillant les vieilles pulsions chauvines de la France. Les politiciens furent nombreux à s’engouffrer dans la brèche [2], président de la République compris, Dominique de Villepin théorisa alors le fumeux concept de "patriotisme économique" [3], qui commença à être matraqué aux oreilles des Français. Et pas qu’un peu...

Et voilà que quelques semaines plus tard, le même gouvernement inventeur du concept proposait aux mêmes Français d’acheter des titres EDF, autre fleuron national particulièrement bien placé dans le coeur des Gaulois. L’opération fût un succès pulvérisant tous les records précédents [4] d’actionnariat populaire (salariés d’EDF compris, cherchez l’erreur [5]), ce qui a même obligé les institutionnels à battre en retraite. Une augmentation de capital politiquement très sensible, qui a réussi à séduire les Français au coeur et passer, à ce titre, comme une lettre à la poste. Heureusement qu’on leur avait auparavant inculqué le patriotisme économique ! Ca se passe comme ça.

Epilogue : la cotation d’EDF hier n’est pas un grand succès. Parmi les petits porteurs ayant succombé, un grand nombre a tenté vainement un "aller-retour" lucratif hier. Ceux qui ont cru leur banquier (vous allez gagner plein d’argent sans rien faire !), ou qui ont agi par sympathie pour EDF (merci le patriotisme) commencent dès aujourd’hui à déchanter et à perdre de l’argent [6]. Malgré tous leurs efforts, les banques n’arrivent plus à enrayer le déclin des cours, qu’elles ont difficilement maintenu au prix d’introduction hier [7]. Quant à Mandrake le magicien Thierry Breton, maintenant qu’il a refourgué sa camelote, il est désormais aux abonnés absents ! [8]

Petit porteur EDF, tu comprends pourquoi les institutionnels t’ont laissé faire ? Comprends-tu que tu va te faire diluer à sec à la prochaine augmentation de capital ?

Notes

[1] Des mauvaises langues (type AMF) allèrent jusqu’à accuser Danone de monter une opération sur son titre.

[2] A noter que certains ultra-libéraux de l’UMP, tel Patrick Ollier, profitèrent éhontément de l’occasion pour avancer sur la création de "fonds de pension à la française" : "Comprenons-nous bien : je suis libéral pour l’économie, mais en cas d’OPA hostile, nous devons être capables de défendre notre patrimoine industriel. C’est pourquoi j’ai l’intention de mettre en place, dès la rentrée, une mission d’information parlementaire sur ce thème. L’objectif est de pouvoir faire des propositions au gouvernement, avant la fin de l’année, sur deux sujets essentiels : l’actionnariat salarié, qui est, selon moi, un élément essentiel de la stabilité de l’actionnariat, et les fonds de pension à la française. A ce propos, il est urgent que les réflexions reprennent et que l’on arrive à des solutions concrètes" expliquait ainsi aux "Echos" le président de la commission des affaires économiques de l’Assemblée, le 26/07/2005.

[3] "Je sais que ça ne fait pas partie du langage habituel, mais le contexte justifie que nous rassemblions nos forces" expliquait le Premier ministre, le 27/07/2005 lors de sa deuxième conférence de presse mensuelle.

[4] "L’introduction en Bourse de l’électricien national constitue (...) un record historique en matière d’affluence populaire, puisque plus de 4,6 millions de Français ont passé commande d’actions EDF. Le sommet précédent remonte à octobre 1997 : l’entrée en Bourse de France Télécom avait à l’époque attiré 3,9 millions d’investisseurs particuliers. Plus récemment, 3,2 millions de personnes avaient souscrit à l’introduction de Gaz de France (juillet 2005), 1,7 million à celle de Sanef (mars 2005) et 1,3 million à celle d’APRR (novembre 2004). (...) En termes de fonds levés, EDF dépasse également toutes les opérations déjà réalisées à Paris. Le gouvernement en attend environ 7 milliards d’euros, soit légèrement plus que les 6,9 milliards ramassés par Orange en février 2001. Cet été, la mise sur le marché de Gaz de France a rapporté 3,5 milliards. Sanef et APRR avaient été beaucoup plus modestes en valeur, mais ASF, en mars 2002, avait réussi à lever 2,4 milliards. Fait intéressant : huit des dix plus grosses introductions à la Bourse de Paris ont concerné des opérations de privatisation ou d’ouverture de capital d’entreprises publiques" rappellent "Les Echos", n° 19543, 18/11/2005.

[5] Contre la privatisation, pour participer à l’augmentation de capital. Détenir son petit portefeuille égoïste que l’on croit capable de "rentabilité" pour soi, plutôt que d’essayer de voir que "l’Etat c’est nous/moi".

[6] "Le titre, coté depuis la veille, cède 1,97% à 31,37 euros en milieu d’après-midi après un plus bas à 31,25 euros, alors que le DJ Stoxx des services collectifs reculait de 0,18%. Plus de 10,7 millions de pièces ont été échangées, soit 0,59% du capital total. La capitalisation de l’électricien ressort ainsi à moins de 57 milliards d’euros, contre plus de 58 milliards lundi. Plus grande opération de mise sur le marché en Europe cette année, EDF risque de décevoir les petits porteurs, qui ont souscrit massivement, puisqu’ils ont été 4,9 millions et qu’ils ont obtenu 70% des actions nouvelles émises" nous apprend Reuters. Source, cit. .

[7] Les gérants interrogés pensent que le titre baisse mardi parce que les banques sont moins actives. "A mon avis, elles ont déjà utilisé pas mal de leurs munitions hier", a assuré un gérant sous couvert d’anonymat. Pour Valérie Cazaban, de Stratège Finance, "le soutien de cours d’hier semble s’essouffler et c’est pénalisant pour la valeur. Il est fort possible qu’il y ait encore davantage de retour de papier parce que les petits actionnaires, voyant que le cours baisse, risquent de revendre et amplifier le mouvement". Elle n’a pas exclu que le titre descende jusqu’à 28 euros, où il aurait alors un soutien pour rebondir". Source .

[8] "Le ministre de l’Economie et des Finances, Thierry Breton, qui avait salué vendredi un "très grand succès populaire", se refuse depuis lundi à commenter le sujet. "J’ai dit tout ce que j’avais à dire vendredi. Je ne commente jamais les cours de Bourse", a-t-il dit aux journalistes en marge d’une cérémonie à la Chambre de commerce et d’industrie de Paris (CCIP)". Source Reuteurs, cit. .

Répondre à cette brève

1 Message


Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP