Ca se passe comme ça

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De l’amalgame savamment géré sur les événements de la gare du Nord

jeudi 5 avril 2007

"Cette affaire de la gare du Nord est excellente. Elle replace la sécurité au centre du débat présidentiel" s’était réjoui à chaud le sarkocaporal Patrick Devedjian [1]. Mais Nicolas Sarkozy, plus fin que Devedjian [2], savait certainement, lui, qu’il s’agissait là d’une "excellence" en forme de peau de banane.

D’où tous ses efforts [3] menés plusieurs jours durant [4] -visant notamment Ségolène Royal mais dans une moindre mesure la "gauche" en général et François Bayrou-, pour créer l’amalgame entre le "soutien à un fraudeur" et la "rébellion spontanée des citoyens contre les forces de l’ordre" (et contre 4 ans de politique sarkozienne à l’Intérieur).

Pourtant il s’agit bien là de deux événements qui, s’ils sont a priori enchaînés, sont totalement distincts. En effet, ce n’est pas un quelconque soutien à un fraudeur que ce mini-soulèvement populaire stigmatisait, mais bien une arrestation musclée (d’un black de surcroît). Ce n’est pas "Transports publics gratuits pour tous !" qu’ont spontanément scandé haut et fort, en choeur et en boucle pendant que les forces de l’ordre se contentaient de filmer [5], plusieurs centaines de citoyens en colère dans le hall de la gare, mais bien "Sarko, fils de p... !". La nuance est énorme : personne -à part peut-être les quelques casseurs qui se sont introduits dans le spectacle- ne soutenait un fraudeur, mais un bastonné victime d’une interpellation musclée (que d’aucuns auront qualifiée de raciste) . Ca se passe comme ça.

Notes

[1] Cité par Le Figaro, 29/03/2007, page 6.

[2] Avez-vous remarqué que dans les corps constitués, plus le grade monte, plus le niveau de raison monte aussi (en moyenne évidemment, il y a toujours des cas individuels qui échappent à la règle commune) ? Il est donc logique ici que l’Imperator de la Sarkozie soit plus fin, nettement plus fin, qu’un simple caporal, fût-il un fidèle d’entre les fidèles...

[3] En substance : je ne suis pas un fraudeur, je ne suis pas du côté des fraudeurs et des tricheurs, les fraudeurs vivent sur le dos des honnêtes gens, ils prennent un impôt personnel sur le dos des plus pauvres, etc. Autant d’arguments portant typiquement la patte de Sarkozy. A savoir en premier lieu qu’il est irréprochable (et n’a jamais tort). A savoir ensuite qu’il sert une argumentation imparable, suscitant d’abord chez l’interlocuteur -comme on l’apprend en école de commerce- une adhésion imparable car de bon sens. Ainsi : "Vous êtes pour la fraude ? Moi non, alors je fais ratonner les fraudeurs ! Vous êtes d’accord pour que ces pauvres gens vivent en permanence dans un hangar décati, mal chauffé et en promiscuité, sans confort ni intimité ? Moi non, alors je fais fermer Sangatte ! Etc. Ces exemples sont ici (à peine) caricaturés, mais sont à la base de la communication sarkozienne. Qui évidemment ne revient jamais sur les fondements des problèmes (la misère, la pauvreté, l’exclusion...). Au final, le fraudeur dort en prison avec des bleus dans une cellule du Xe, et le sans-papier afghan avec une pneumonie chronique dans les égouts autour de Calais.

[4] Le lendemain des violences de la gare du Nord, à 12h50, Sarkozy arrive à pied, en grande pompe, impassible et derrière une escorte blindée, à la gare du Nord, pour prendre le train pour Lille, un voyage prévu de longue date précise Le Figaro, sans s’étonner une seconde que le candidat, pourtant tellement habitué à prendre l’avion (par exemple les Falcon du ministère) pour ses déplacements de campagne en province, ait choisi précisément pour ce voyage là de prendre le train à la gare du Nord... Mais passons, la suite de la scène est narrée par Le Figaro : "Traversant la gare, il essuie des sifflets. Quelques passants crient pêle-mêle "provocation", ; "récup" ; "facho". Un jeune lance "loubard en costume !". Visage fermé, le candidat UMP ne bronche pas et va saluer les représentants de la police des transports. "Les événements d’hier sont inadmissibles. Je ne serai pas du côté des tricheurs, des provocateurs, des malhonnêtes. Je serai du côté des gens qui paient leurs billets" déclare-t-il" (source : Le Figaro, réf. cit.).

[5] A propos du déroulé des événements, certains auront évoqué la "création" (sous entendu planifiée par les sarkozystes) de l’émeute. Si à cspcc.com on est assez dubitatif sur une telle hypothèse, on a tout de même relevé que le tout nouveau ministre -intérimaire- de l’Intérieur a immédiatement et éhontément "noirci" (sans vilain jeu de mots) le portrait du fraudeur, ce qui a permis à Sarkozy d’aussitôt enchaîner, pendant plusieurs jours, sur l’amalgame que l’on dénonce ici... Nous laisserons donc le mot de la fin de cette note de bas de page à François Bayrou : "On ne sait pas comment, par quel miracle, quand il y a une élection, d’une manière un peu mystérieuse, "spontanée", on voit le retour d’incidents qui ramènent le thème sécuritaire. C’est curieux, n’est-ce pas ? En tous cas, moi je trouve ceci curieux... Je trouve que le hasard fait bien les choses" déclarait le candidat centriste le 3 avril, en présentant son programme à la presse (Source : PQR, 04/04/2007).

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