mardi 8 novembre 2005
En commentant l’actualité des émeutes dimanche soir à casepassecommeca, on concluait en se disant qu’on n’avait plus qu’à attendre le premier mort et la loi martiale... On ne pensait pas que cela viendrait si vite malheureusement, puisque 24 heures plus tard, les "infos" annonçaient le premier mort, collatéral [1], et le premier couvre-feu, que l’on doit bien évidemment à un sarkozyste, le député-maire du Raincy Eric Raoult .
Et alors que le Premier ministre annonçait la généralisation du procédé face aux caméras de TF1 lundi soir, on s’interroge aujourd’hui : concrètement à quoi va servir un couvre-feu ? Sera-t-il applicable ? Faut-il s’attendre à ce que des bandes qui sortent pour casser et affronter la police cessent leurs mouvements pour cause de couvre-feu ? De leur côté, les forces de l’ordre vont-elles disposer des moyens de faire respecter le couvre-feu, alors qu’elles apparaissent débordées et en limite de charge (puisqu’il a fallu faire appel aux réservistes) ? Que feront-elles si quelqu’un refuse de s’y plier ? Tireront-elles à vue, alors qu’elles ont pour consigne expresse d’éviter toute bavure susceptible de jeter de l’huile sur le feu ?
Non, cette histoire de couvre-feu n’est pas sérieuse, car inapplicable. En résumé, le couvre-feu sera appliqué par les bons citoyens respectueux de la loi (qui sont déjà absents des scènes d’émeutes aujourd’hui) et les émeutiers continueront.
Par contre, le couvre-feu est parfaitement utile politiquement, pour entretenir l’ambiance de xénophobie et de racisme ordinaire actuellement à l’œuvre dans le pays, pour justifier toujours plus de répression. Un couvre-feu est un dispositif militaire qui annonce la prochaine étape : l’envoi de l’Armée de terre dans les banlieues. La radicalisation est à l’œuvre, quelques jours après qu’un politicien ait réclamé qu’on puisse incorporer les jeunes désœuvrés des banlieues dans des contingents militaires [2], et alors que des "milices citoyennes" se constituent dans les quartiers touchés [3], la France retombe dans ses plus odieux travers [4].
En bref, Sarkozy est en train de réussir son pari : entretenir l’esprit vichyiste et fasciste des plus primaires des Français, et cela sans qu’aucun politicien (de son camp ou de celui d’en face) ne parvienne à le contenir [5]. Ca se passe comme ça.
[1] Un habitant de Stains qui serait autant victime du climat de violence que d’un règlement de comptes selon les premiers éléments recueillis et publiés par les enquêteurs.
[2] A cspcc.com, on ne juge pas forcément négativement cette idée, ayant eu l’occasion de travailler sur une expérience de ce genre, qui peut porter des résultats efficaces pour tous, à condition qu’elle soit basée sur le volontariat (des deux côtés : de celui des militaires encadrants et de celui des jeunes encadrés)...
[3] A cspcc.com, on ne juge pas les citoyens constituant ces milices. On ne se permettrait pas de juger des actes qui répondent à 12 jours de violences en bas de chez eux. Mais on reste malgré tout foncièrement hostile au concept de milice citoyenne, et on s’inquiète de voir le pouvoir politique favoriser de tels groupements.
[4] A titre d’exemple, le désormais célèbre forum associé à l’article de ZDNet.fr sur l’achat par l’UMP de mots-clés associés au émeutes pour poser une pub "Soutenez la répression sarkozyste !". Cspcc.com n’a pas eu le temps d’en faire une capture d’écran avant l’intervention des modérateurs (avisés) de ZDNet, mais les très nombreux messages de soutien à Nicolas Sarkozy et à la répression donnaient vraiment envie de vomir.
[5] On notera le calendrier particulièrement bien choisi : à la veille de son congrès où il s’entredéchire, le PS est paralysé. De son côté, Dominique de Villepin, en tant que chef de l’exécutif se retrouve obligatoirement solidaire du fasciste Sarkozy, qui le "droitise" .