jeudi 22 décembre 2005
Après le ministre de l’Intérieur qui feint de ne pas comprendre pourquoi de plus en plus de Français le considèrent comme un fasciste, les membres du gouvernement Villepin sont de plus en plus nombreux à réagir comme des martiens face aux initiatives citoyennes...
Ainsi, en réaction à l’opération de distribution de tentes aux SDF par Médecins du Monde, hier à Paris, la ministre déléguée à la Cohésion sociale, Catherine Vautrin, a jugé l’initiative "totalement contre-productive", estimant qu’elle allait "pérenniser" l’exclusion des sans-abris. En voilà une qui s’étonne que des humanitaires prennent en charge (de façon très symbolique) les déshérités dont son ministère devrait s’occuper... Se juge-t-elle productive elle-même ? Peut-être n’est-elle pas au courant que l’urgence commande, et que les gens meurent de froid dans la rue.
Autre grand naïf, le ministre de la Culture et de la Communication, Renaud Donnedieu de Vabres, qui face à la fronde de députés UMP, UDF et PS concernant son projet de loi visant à criminaliser les internautes adeptes de P2P [1], qui tente maladroitement de vendre son projet à des lecteurs du Figaro déjà acquis à sa cause [2] : "Il faut limiter et maîtriser Internet pour éviter de déstabiliser la filière culturelle" résume-t-il, n’ayant visiblement rien compris au fonctionnement du Réseau des réseaux [3]. Et comme les autistes ont tendance à s’enferrer dans leurs logiques, le gouvernement va sans doute demander un nouveau vote aux députés sur le sujet : vous avez mal voté, merci de recommencer ! Pathétique démonstration de démocratie... [4].
Après les députés UMP, voilà que le gouvernement semble lui aussi complètement déconnecté de la France réelle. Un syndrome Chirac ?
[1] A la surprise générale et malgré la procédure d’urgence instaurée par le gouvernement, les députés ont déposé des amendements visant au contraire à légaliser l’échange de fichiers, rendant complètement incohérent un projet de loi tout entier orienté vers une optique répressive...
[2] A ce propos, l’éditorial du Figaro du jour, consacré aux stars qui s’élèvent contre Sarkozy, se termine ainsi : "Certes, nul n’est obligé d’avoir des idées de droite ni d’aimer Nicolas Sarkozy (d’autant que l’hostilité du Tout-Hollywood envers George Bush n’a pas empêché sa réélection), mais on est en droit de souligner l’hypocrisie de ceux qui, drapés dans les plis d’une morale très commerciale, utilisent leur influence sur une partie de la jeunesse pour gauchir les mécanismes de la démocratie". A Cspcc.com, on serait tenté d’ajouter, à propos du Figaro et de ses "idées saines" (clairement passées au niveau supérieur de matraquage depuis le lancement de la nouvelle maquette du quotidien, début octobre, date où le sarkozysme est devenu tout puissant dans les colonnes du titre racheté par Dassault) : "Mais on est en droit de souligner l’hypocrisie de ceux qui, drapés dans les plis d’une morale très commerciale, utilisent leur influence sur une partie de la vieillesse pour droitiser les mécanismes de la démocratie".
[3] Et quand bien même, Donenedieu de Vabres réussissait à faire en sorte que les programmes de P2P soient illicites en France, il irait poursuivre leurs éditeurs à l’étranger ? Et quand bien même le P2P était éradiqué de la planète, notre cher ministre de la Communication est-il au courant qu’il existe d’autres techniques permettant d’échanger les fichiers ? Que compte-t-il faire in fine : interdire l’accès à Internet depuis la France ?
[4] A cspcc.com, taquins, on suggère à Dominique de Villepin d’user du 49-3 pour un sujet aussi grave...